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Desnos - Le pélican


                Interprété avec humour par "L'oiseau du Colorado"

Une autre version chantée
Interprétation : Les Quat' Jeudis
Composition : Jean Wiener
- Diffusé par DEEZER -



Robert Desnos - Chantefables


Le pélican

Le Capitaine Jonathan,
Étant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une île d’Extrême-orient.

Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond à son tour, un oeuf tout blanc
D’où sort, inévitablement
Un autre qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l’on ne fait pas d’omelette avant.



Ecouter la version Beaucarne
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -

Marcel Thiry - Toi qui pâlis au nom de Vancouver


Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Marcel Thiry - (1897-1977)


Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n'as pourtant fait qu'un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maints steamers.
Nul sous-marin ne t'a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Sturmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu'il suffise à ton retour chagrin
D'avoir été ce soldat pérégrin
Sur le trottoir des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D'avoir aimé les grâces Greenaway
D'une Allemande aux mains savamment nues.


Max Elskamp - La nuit



Ecouter la version chantée
Composée et interprétée
par Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -




Max Elskamp - (1862-1931)


La nuit

Et maintenant c'est la dernière
Et la voici et toute en noir,
Et maintenant c'est la dernière
Ainsi qu'il fallait la prévoir,

Et c'est un homme au feu du soir
Tandis que le repas s'apprête,
Et c'est un homme au feu du soir
Qui mains croisées, baisse la tête,

Or pour tous alors journée faite
Voici la sienne vide et noire,
Or pour tous alors journée faite,
Voici qu'il songe à son avoir,

Et maintenant la table prête
Que c'est tout seul qu'il va s'asseoir,
Et maintenant la table prête
Que seul il va manger et boire,

Car maintenant c'est la dernière
Et qui finit au banc des lits,
Car maintenant c'est la dernière
Et que cela vaut mieux ainsi.



Du même auteur :
A ma mère
Et chacun faisant son métier
La nuit

Jammes - Le vent triste


Ecouter la version chantée
Composée et interprétée
par Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Francis Jammes (1868-1938)


Le vent triste

Le vent triste souffle dans le parc,
comme dans un livre que je lus enfant,
où une écolière perdue était hagarde.
Le vent.

Il va casser, peut-être, le tulipier.
Il fait voir le dessous des feuilles blanc
du vernis du Japon qu’il semble essuyer,
Le vent.

Le baromètre est descendu subitement.
Peut-être que ça va être un ouragan.
Il ne peut pas pleuvoir, mais on entend
Le vent.

Dans les livres de prix, monsieur et madame d’Arvan
reviendraient en pressant le pas chez eux,
vers un château tout bleu malgré le mauvais temps.
Le vent.

Sortez de ma tête, ô manoirs moisissants
où devaient se passer d’étranges adultères,
par les temps tristes, en Angleterre.
Le vent.

Sortez de ma tête, gentilles écolières
qui jouiez à cache-cache dans la clairière
et reveniez vers le grenier sombre, à cause du grand
vent.

Sortez de ma tête, vieux marquis des villes
qui, dans les maisons pluvieuses, lisiez Virgile
dans des fauteuils à oreillettes, par des temps
de vent.

Sors de ma tête, ma douce tristesse,
et va-t’en vers le coteau fané, va-t’en
où va, sur un air un peu Chateaubriand,
le vent.



Du même auteur :
Entre (L'évier sent fort)
Je garde une médaille d'elle
Laisse les nuages
Le vent triste
Nous nous aimerons tant
Prière
Prière à Marie

Emile Nelligan - Soir d'Hiver


        La version récitée de Claude Léveillée

Ecouter la version chantée
Première partie
Interprétation : Monique Leyrac
Composition : André Gagnon
- Diffusé par DEEZER -
Seconde partie
Interprétation : Monique Leyrac
Composition : André Gagnon
- Diffusé par DEEZER -



Émile Nelligan - (1896-1941)


Soir d'hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai.

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire ! où-vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !



Une autre version
Composée et interprétée par :
Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -

Carco - Il pleut


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Francis Lemarque
Musique de Henri Jacques Dupuy
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Julos Beaucarne



Francis Carco (1886-1958)


Il pleut

Il pleut. C’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.

Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit... qu’on ne s’entend plus !

C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte...
Et tu me souris tendrement.

Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.



Du même auteur :
Au pied des tours de Notre-Dame
Bohème
Chanson Tendre
Complainte
Il pleut
Le doux caboulot
Les fiacres
Nuits d'hiver
Rengaine
Ton ombre

De Obaldia - La Sologne



Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



René De Obaldia - Innocentines


La Sologne

Vivement mes dix ans,
Ah cogne, mon cœur cogne !
Vivement mes dix ans
Pour aller en Sologne

En Sologne la neige
Tombe jusqu'au mois d'août
On y chasse en cortège
On y chasse le loup

Des loups qui sont tout blancs
Mais avec des dents noires
Leur pattes de devant
Ecrivent des histoires

En Sologne, il y a
Princesses et Troïkas
C'est un peu la Pologne,
Mais en plus délicat

Loups et princes sans cesse
Font que fatalement
Surgissent des princesses
Aux plus petits moments

Des princesses de neige
Avec des yeux de loup
Qui vous passent en rêve
Leur bras autour du cou

L'une vers moi s'avance
Et me dis en dormant :
"Petit homme de France
Tu seras mon amant"

Ah ! viennent mes dix ans
Et bien plus d'avantage
Qu'un tel frémissement
Fasse avancer mon âge !

Dans les foret perdues
Quelque part en Sologne
Mon cœur déjà fendu
Bat pour les autochtones

Mon corps sous les étoiles
Grandit à pas de loup
Ma princesse-sans-voiles
Dormez ! je suis à vous

Je serai fort et brave
Et vous prenant la main
Légers et pourtant graves
Irons par les chemins

Les longs chemins d'automne
Qui mènent au ronds-points
Ou les loups de Sologne
Viennent lécher nos mains.



Du même auteur :
Antoinette et moi
Berceuse
Chez moi
La Sologne

Liliane Wouters - C'est le premier jour


        Liliane Wouters

Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Liliane Wouters - (1930-2016)


C'est le premier jour

C'est le premier jour
De son grand voyage
Elle ouvre les yeux
Dans l'autre univers

Elle a fait le tour
De tous nos mirages
Elle voit bien mieux
Le monde à l'envers

Elle a perdu corps
C'est pour prendre espace
Elle a trouvé mort
Mais vit Dieu sait où

Adieu, faux décor
Esprit cherche place
Dans le désaccord
De ce qui fut nous


Max Elskamp - Et chacun faisant son métier


        Claude Monet en son jardin de Giverny

Ecouter la version chantée
Composée et interprétée
par Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -




Max Elskamp - (1862-1931)


Et chacun faisant son métier

Et chacun faisant son métier
Voici planter le jardinier
Selon sa vie
D'être aux plantes avec ses mains
Doux et bon comme à des humains
Sous le soleil et sous la pluie

En son royaume des jardins
Des parterres et des chemins
Où tout concerte
Tonnelles quinconces berceaux
Et par ses soins branches rameaux
Pour faire à tous musique verte

Or c'est ici ses harmonies
Et voyez lors et tout en vie
Chanter les fleurs
Et pour l'ornement du feuillage
Mûrir les fruits sur les treillages
En senteurs parfums et couleurs

Et yeux alors comme un dimanche
Voici fête d'arbres et branches
De toute part
Et la terre comme embellie
De tant de choses accomplies
Par ses mains et selon son art

Et chacun faisant son métier
Voici planter le jardinier
Selon sa vie



Du même auteur :
A ma mère
Et chacun faisant son métier
La nuit

Verhaeren - Un matin



Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : F. Didier
- Diffusé par DEEZER -
Une version plus récente et plus complète
Interprétation : Grégoire
Composition : Grégoire Boissenot
- Diffusé par DEEZER -



Émile Verhaeren (1855-1916)


Un matin

Dès le matin, par mes grand'routes coutumières
Qui traversent champs et vergers,
Je suis parti clair et léger,
Le corps enveloppé de vent et de lumière.

Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ;
C'est fête et joie en ma poitrine ;
Que m'importent droits et doctrines,
Le caillou sonne et luit sous mes talons poudreux ;

Je marche avec l'orgueil d'aimer l'air et la terre,
D'être immense et d'être fou
Et de mêler le monde et tout
A cet enivrement de vie élémentaire.

Oh ! les pas voyageurs et clairs des anciens dieux !
Je m'enfouis dans l'herbe sombre
Où les chênes versent leurs ombres
Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.

Les bras fluides et doux des rivières m'accueillent ;
Je me repose et je repars,
Avec mon guide : le hasard,
Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.

Il me semble jusqu'à ce jour n'avoir vécu
Que pour mourir et non pour vivre :
Oh ! quels tombeaux creusent les livres
Et que de fronts armés y descendent vaincus !

Dites, est-il vrai qu'hier il existât des choses,
Et que des yeux quotidiens
Aient regardé, avant les miens,
Se pavoiser les fruits et s'exalter les roses !

Pour la première fois, je vois les vents vermeils
Briller dans la mer des branchages,
Mon âme humaine n'a point d'âge ;
Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil.

J'aime mes yeux, mes bras, mes mains, ma chair, mon torse
Et mes cheveux amples et blonds
Et je voudrais, par mes poumons,
Boire l'espace entier pour en gonfler ma force.

Oh ! ces marches à travers bois, plaines, fossés,
Où l'être chante et pleure et crie
Et se dépense avec furie
Et s'enivre de soi ainsi qu'un insensé !



Du même auteur :
Décembre
Le ciel en nuit s'est déplié
Roses de juin
Ta bonté
Un matin

Verlaine - N'est-ce pas ?


  Compositeur : Nicolas Decker - Interprète : Emmanuelle Drouet

Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Magali Léger
Composition : Gabriel Fauré
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


N'est-ce pas ?

N'est-ce pas ? en dépit des sots et des méchants
Qui ne manqueront pas d'envier notre joie,
Nous serons fiers parfois et toujours indulgents.

N'est-ce pas ? nous irons, gais et lents, dans la voie
Modeste que nous montre en souriant l'Espoir,
Peu soucieux qu'on nous ignore ou qu'on nous voie.

Isolés dans l'amour ainsi qu'en un bois noir,
Nos deux coeurs, exhalant leur tendresse paisible,
Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.

Quant au Monde, qu'il soit envers nous irascible
Ou doux, que nous feront ses gestes ? Il peut bien,
S'il veut, nous caresser ou nous prendre pour cible.

Unis par le plus fort et le plus cher lien,
Et d'ailleurs, possédant l'armure adamantine,
Nous sourirons à tous et n'aurons peur de rien.

Sans nous préoccuper de ce que nous destine
Le Sort, nous marcherons pourtant du même pas,
Et la main dans la main, avec l'âme enfantine

De ceux qui s'aiment saris mélange, n'est-ce pas ?


Max Elskamp - A ma mère


                                                 Max Elskamp par Vallotton

Ecouter la version chantée
Composée et interprétée
par Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Max Elskamp - (1862-1931)


A ma mère

Ô Claire, Suzanne, Adolphine,
Ma Mère, qui m’étiez divine,

Comme les Maries, et qu’enfant,
J’adorais dès le matin blanc

Qui se levait là, près de l’eau,
Dans l’embrun gris monté des flots,

Du fleuve qui chantait matines
À voix de cloches dans la bruine ;

Ô ma Mère, avec vos yeux bleus,
Que je regardais comme cieux,

Penchés sur moi tout de tendresse,
Et vos mains elles, de caresses,

Lorsqu’en vos bras vous me portiez
Et si douce me souriiez,

Pour me donner comme allégresse
Du jour venu qui se levait,

Et puis après qui me baigniez
Nu, mais alors un peu revêche,

Dans un bassin blanc et d’eau fraîche,
Aux aubes d’hiver ou d’été.

Ô ma Mère qui m’étiez douce
Comme votre robe de soie,

Et qui me semblait telle mousse
Lorsque je la touchais des doigts,

Ma Mère, avec aux mains vos bagues
Que je croyais des cerceaux d’or,

Lors en mes rêves d’enfant, vagues,
Mais dont il me souvient encor ;

Ô ma Mère aussi qui chantiez,
Parfois lorsqu’à tort j’avais peine,

Des complaintes qui les faisaient
De mes chagrins choses sereines,

Et qui d’amour me les donniez
Alors que pour rien, je pleurais.

Ô ma Mère, dans mon enfance,
J’étais en vous, et vous en moi,

Et vous étiez dans ma croyance,
Comme les Saintes que l’on voit,

Peintes dans les livres de foi
Que je feuilletais sans science,

M’arrêtant aux anges en ailes
À l’Agneau du Verbe couché,

Et à des paradis vermeils
Où les âmes montaient dorées.

Et vous m’étiez la Sainte-Claire,
Et dont on m’avait lu le nom,

Qui portait comme de lumière
Un nimbe peint autour du front.

*

Mais temps qui va et jours qui passent,
Alors, ma Mère, j’ai grandi,

Et vous m’avez été l’amie
Aux heures où j’avais l’âme lasse,

Ainsi que parfois dans la vie
Il en est d’avoir trop rêvé

Et sur la voie qu’on a suivie
De s’être ainsi souvent trompé.

Et vous m’avez lors consolé
Des mauvais jours dont j’étais l’hôte,

Et m’avez aussi pardonné
Parfois encore aussi mes fautes,

Ma Mère, qui lisiez en moi,
Ce que je pensais sans le dire,

Et saviez ma peine ou ma joie
Et me l’avériez d’un sourire.

*

Claire, Suzanne, Adolphine,
Ô ma Mère, des Écaussinnes,

À présent si loin qui dormez,
Vous souvient-il des jours d’été,

Là-bas en Août, quand nous allions,
Pour les visiter nos parents

Dans leur château de Belle-Tête,
Bâti en pierres de chez vous,

Et qui alors nous faisaient fête
À vous, leur fille, ainsi qu’à nous,

En cette douce Wallonie
D’étés clairs là-bas, en Hainaut,

Où nous entendions d’harmonie,
Comme une voix venue d’en-haut,

Le bruit des ciseaux sur les pierres
Et qui chantaient sous les marteaux,

Comme cloches sonnant dans l’air
Ou mer au loin montant ses eaux,

Tandis que comme des éclairs
Passaient les trains sous les ormeaux.

Ô ma Mère des Écaussinnes,
C’est votre sang qui parle en moi,

Et mon âme qui se confine
En Vous, et d’amour, et de foi,

Car vous m’étiez comme Marie,
Bien que je ne sois pas Jésus,

Et lorsque vous êtes partie,
J’ai su que j’avais tout perdu.





Du même auteur :
A ma mère
Et chacun faisant son métier
La nuit

Odilon-Jean Périer - Je t’offre un verre d’eau glacée


Ecouter la version chantée
Composée et interprétée
par Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Odilon-Jean Périer - (1901-1928)


Je t’offre un verre d’eau glacée

Je t’offre un verre d’eau glacée
N’y touche pas distraitement
Il est le prix d’une pensée
Sans ornement

Tous les plaisirs de l’amitié
Combien cette eau me désaltère
Je t’en propose une moitié
La plus légère

Regarde Je suis pur et vide
Comme le verre où tu as bu
Il ne fait pas d’être limpide
Une vertu

Plus d’eau Mais la lumière sage
Donne à mon présent tout son prix
Tel, un poète où Dieu s’engage
Et reste pris



Eluard - Pour vivre ici



Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Julos Beaucarne
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Dan Sabathie



Paul Eluard - (1895-1952)


Pour vivre ici

Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,
Un feu pour être son ami,
Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver,
Un feu pour vivre mieux.

Je lui donnai ce que le jour m'avait donné:
Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leur chaleur;
J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.


Edmond Rostand - Souvenir vague ou les parenthèses


Composé et interprété par Gaël Liardon - Son site officiel

Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Edmond Rostand - (1868-1918)


Souvenir vague ou les parenthèses

Nous étions, ce soir-là, sous un chêne superbe
(Un chêne qui n'était peut-être qu'un tilleul)
Et j'avais, pour me mettre à vos genoux dans l'herbe,
Laissé mon rocking-chair se balancer tout seul.

Blonde comme on ne l'est que dans les magazines
Vous imprimiez au vôtre un rythme de canot ;
Un bouvreuil sifflotait dans les branches voisines
(Un bouvreuil qui n'était peut-être qu'un linot).

D'un orchestre lointain arrivait un andante
(Andante qui n'était peut-être qu'un flon-flon)
Et le grand geste vert d'une branche pendante
Semblait, dans l'air du soir, jouer du violon.

Tout le ciel n'était plus qu'une large chamarre,
Et l'on voyait au loin, dans l'or clair d'un étang
(D'un étang qui n'était peut-être qu'une mare)
Des reflets d'arbres bleus descendre en tremblotant.

Et tandis qu'un espoir ouvrait en moi des ailes
(Un espoir qui n'était peut-être qu'un désir),
Votre balancement m'éventait de dentelles
Que mes doigts au passage essayaient de saisir.

Votre chapeau de paille agitait sa guirlande
Et votre col, d'un point de Gênes merveilleux
(De Gênes qui n'était peut-être que d'Irlande),
Se soulevait parfois jusqu'à voiler vos yeux.

Noir comme un gros paté sur la marge d'un texte
Tomba sur votre robe un insecte, et la peur
(Une peur qui n'était peut-être qu'un prétexte)
Vous serra contre moi. - Cher insecte grimpeur !

L'ombre nous fit glisser aux chères confidences ;
Et dans votre grand oeil plus tendre et plus hagard
J'apercevais une âme aux profondes nuances
(Une âme qui n'était peut-être qu'un regard).



Du même auteur :
Ballade des gros dindons
La princesse
Ode à la musique
Pastorale des cochons roses
Souvenir vague ou les parenthèses
Toutes les fleurs

Péguy - Quand nous aurons joué nos derniers personnages


Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Charles Péguy - (1873-1914)


Quand nous aurons joué nos derniers personnages

Quand nous aurons joué nos derniers personnages,
Quand nous aurons posé la cape et le manteau,
Quand nous aurons jeté le masque et le couteau,
Veuillez vous rappeler nos longs pèlerinages.

Quand nous retournerons en cette froide terre,
Ainsi qu’il fut prescrit pour le premier Adam,
Reine de Saint-Chéron, Saint-Arnould et Dourdan,
Veuillez vous rappeler ce chemin solitaire.

Quand on nous aura mis dans une étroite fosse,
Quand on aura sur nous dit l’absoute et la messe,
Veuillez vous rappeler, Reine de la promesse,
Le long cheminement que nous faisons en Beauce.

Quand nous aurons quitté ce sac et cette corde,
Quand nous aurons tremblé nos derniers tremblements,
Quand nous aurons râlé nos derniers râlements,
Veuillez vous rappeler votre miséricorde.

Nous avons gouverné de si vastes royaumes,
Ô Régente des rois et des gouvernements,
Nous avons tant couché dans la paille et les chaumes,
Régente des grands gueux et des soulèvements.

Nous n’avons plus de goût pour les grands majordomes,
Régente des pouvoirs et des renversements,
Nous n’avons plus le goût pour les chambardements,
Régente des frontons, des palais et des dômes.

Nous n’avons plus de goût pour le métier des armes,
Reine des grandes paix et des désarmements,
Nous n’avons plus le goût pour le métier des larmes,
Reine des sept douleurs et des sept sacrements.

Nous avons tant appris dans les maisons d’école,
Nous ne savons plus rien que vos commandements,
Nous avons tant failli par l’acte et la parole,
Nous ne savons plus rien que vos amendements.

Quand nous aurons joué nos derniers personnages,
Quand nous aurons posé la cape et le manteau,
Quand nous aurons jeté le masque et le couteau,
Veuillez vous rappeler nos longs pèlerinages.





Du même auteur :
Adieux à la Meuse
Châteaux de la Loire
Heureux ceux qui sont morts
J'aimais la cloche
Le soir est descendu
Mère, voici vos fils
Quand nous aurons joué nos derniers personnages

Claudel - Le temps a fui


    Paul Claudel au temps où il ne mangeait pas encore de câpres
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne



Paul Claudel (1868-1955)


Dissipabitur capparis

Le temps a fui
Mars est fini
Tu n’es plus jeune, mais vieux.
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

Mars est fini
Novembre aussi
Où sont tes jambes et tes yeux ?
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

Fini l’amour !
Pauvre vieux sourd !
Finis, les fêtes et les jeux !
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

La route est dure
La mort est sûre
Chaque tournant est dangereux.
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

Le temps a fui
Tout est fini !
Il reste Dieu !
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !



Du même auteur :
Ah le monde est si beau
Bruit de l'eau
Brûlure en moi
Comment vous parler de l'automne
Entre ce qui commence ...
J'ai respiré le paysage
Le rendez-vous
Le temps a fui
Sieste

De Obaldia - Antoinette et moi


        Céramique de Francisque Poulbot

Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



René De Obaldia (né en 1918)


Antoinette et moi

Antoinette et moi
On va dans les bois.
On connaît un coin
Où n’y a qu’des lapins.

Antoinette et moi
On va dans les bois.
C’est à qui des deux
Grandira le mieux.

Quand on sera grand
On s’ra des amants
On s’embrassera
Comme Elise et Nicolas.

Mais il faut pousser
Pour bien s’emboîter
Et pas avoir peur
De perdre sa pudeur.

On s’ra des amants
Des bouches, des bras
Des regards flambants
Des et cætera.

Mais il faut grandir
On est trop petits
C’est comme un navire
Qui s’rait pas bâti.

Antoinette et moi
On va dans les bois
Pour grandir ensemble
Un peu chaque fois.

Elle me tire les jambes
Je lui tire les bras
Elle me tire la langue
Je lui tire les doigts

A force de tirer
De nous faire craquer
On doit bien gagner
Un peu d’chaque côté.

Parfois on s’met nus
Quand y’a du soleil,
Ça frappe la vue
Qu’on n’est pas pareils.

Mais on est bien fait
Pour se délecter:
Sa peau c’est du lait
Et moi j’suis du thé.

Et quand on s’endort
Tous les deux comme ça
Je sens très très fort
Que je n’mourrai pas.



Du même auteur :
Antoinette et moi
Berceuse
Chez moi
La Sologne

Anna de Noailles - L'automne



Ecouter la version chantée
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -



Anna de Noailles (1876-1933)


L'automne

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l'air sévère, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l'été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de manteaux aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l'eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s'envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l'Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S'en revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison qu'il va transfigurer
Tressaille et s'attendrit de le sentir entrer...



Du même auteur :
Chanson pour avril
L"automne
Le Repos
Offrande à Kypris
Offrande à Pan
Violons dans le soir

Carême - L'eau passe

Maurice Carême

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
Par Julos Beaucarne




Maurice Carême - (1899-1978)


L'eau passe

Comment retenir ce qui passe
Et fuit plus fluide que l’eau?
Ah! Que nos mains sont vite lasses
De parfaire de vains travaux

À l’aube d’hiver qui s’allume
Quel songe étreint mais décevant
Et saurons-nous ce que nous fûmes
Paille battue ou graine au vent

Nous avançons dans les brouillards
Devinant à peine nos frères
À cette trace de lumière
Qui reste prise en leur regard

Comment retenir ce qui passe
Et fuit plus fluide que l’eau?
Ah! Que nos mains sont vite lasses
De parfaire de vains travaux



Du même auteur :
Du bleu
Il pleut doucement, ma mère
L'eau passe
La reine de coeur
La tour Eiffel
Le carafon
Le givre
Les anges musiciens