Fonction Calldeezer

Cliquer sur un auteur pour lire et entendre chanter ses textes. Les auteurs précédés d'un astérisque (*) ont une page permettant l'accès rapide à leurs oeuvres.
Pour écouter les enregistrements musicaux sur DEEZER il faut que le module complémentaire Flash Player (ou Shockwave Flash) soit "toujours activé" dans le navigateur.
(à faire pour chaque nouvelle version de Firefox
: Outils / Modules complémentaires / Shockwave / Toujours activer).

*Apollinaire Guillaume (40) *Aragon Louis (76) *Banville Théodore de (31) *Baudelaire Charles (91) Beart Guy (8) Belleau Rémy (4) Beranger (10) Berimont Luc (11) Bourget Paul (7) *Brassens Georges (42) Brel Jacques (10) Bruant Aristide (6) Cabrel Francis (5) Cadou René-Guy (16) Carco Francis (10) Carême Maurice (8) Caussimon Jean-Roger (6) Chateaubriand (4) Claudel Paul (9) Cocteau Jean (8) Coppée Francois (10) Corbière Tristan (8) Corneille (4) *Couté Gaston (19) *Cros Charles (18) De Baïf (6) *Desbordes-Valmore Marceline (19) *Desnos Robert (16) Desportes Philippe (5) Dimey Bernard (12) Du Bellay Joachim (9) *Eluard Paul (25) Ferré Léo (6) Florian Claris de (7) Fort Paul (13) *Gautier Théophile (28) Genet Jean (4) Gerard Rosemonde (4) Haraucourt Edmond (5) *Hugo Victor (113) Jacob Max (11) Jammes Francis (7) *La Fontaine Jean de (31) Labé Louise (10) Laforgue Jules (4) *Lamartine Alphonse de (20) Leclerc Félix (6) *Leconte de Lisle (23) Mac Orlan Pierre (8) Machaut Guillaume de (11) Malherbe Francois de (5) Mallarmé Stéphane (10) *Marot Clément (29) Mendès Catulle (7) *Musset Alfred de (30) *Nerval Gérard de (24) Noailles Anna de (6) Norge (4) Nougaro Claude (6) *Orléans Charles d' (22) Peguy Charles (7) Pisan Christine de (6) *Prévert Jacques (28) Queneau Raymond (14) Racine Jean (4) Radiguet Raymond (4) Regnier Henri de (6) Richepin Jean (9) Rilke Rainer Maria (8) *Rimbaud Arthur (44) *Ronsard Pierre de (86) Rostand Edmond (6) Saint-Amant (5) Samain Albert (10) Silvestre Armand (12) Souchon Alain (4) Soupault Philippe (6) *Sully Prudhomme (18) Supervielle Jules (8) Toulet Paul J. (5) Trenet Charles (5) Verhaeren Emile (5) *Verlaine Paul (71) Vian Boris (6) Vigneault Gilles (5) *Villon Francois (22) Vilmorin Louise de (8) Voltaire (3)
Affichage des articles dont le libellé est Ogeret Marc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ogeret Marc. Afficher tous les articles

Aragon - Ainsi Prague


                Interprétation de Marc Ogeret sur une musique d'Hélène Martin

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Hélène Martin
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Francesca Solleville
Composition : Hélène Martin




Louis Aragon - (1897-1982)


Ainsi Prague

Autre titre : Prose de Nezval

Ainsi Prague a perdu son âme et son poète
Lorsque j'irai tantôt je ne l'y verrai pas
Et son coeur s'est brisé comme un verre qu'on jette
À la fin du repas

Lorca Maïakovski Desnos Apollinaire
Leurs ombres longuement parfument nos matins
Le ciel roule toujours les feux imaginaires
De leurs astres éteints

Contre le chant majeur la balle que peut-elle
Sauf contre le chanteur que peuvent les fusils
La terre ne reprend que cette chair mortelle
Mais non la poésie

Ce siècle est au-delà du minuit de son âge
Ses poètes n'ont plus besoin d'être achevés
Ils ont usé leur vie au danger des images
Et croient avoir rêvé

Il se fit dans Paris un silence de neige
Un réveil de novembre à neuf heures battant
Quand Éluard partit rejoindre le cortège
Nezval meurt au printemps

C'est de sa belle mort comme disent les hommes
Qu'il meurt Nezval et tout par conséquent est bien
Il ne faut pas pleurer dans ce siècle où nous sommes
Cela ne sert à rien

Il meurt l'enfant terrible aux jours des primevères
Pâques éperdument auront sonné pour lui
Ses paupières fermées ses doigts se sont rouverts
Ses derniers vers ont lui

Dans le monde en gésine inhumain pathétique
Il tourne au firmament à jamais ses yeux bleus
Visage émerveillé des peintures gothiques
Soleil de quand il pleut

Il est entré vivant dans les cieux du folklore
Y chantant sa mère et la paix pareillement
Il nous montre demain comme une bague d'or
Dans la main d'un amant

Nezval de qui le nom notre lèvre façonne
Nezval attends un peu j'arrive à tes côtés
Du jour qui fut si beau déjà le soir frissonne
Et d'autres vont chanter



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marie Maya
Composition : Hélène Martin

Aragon - Les oiseaux


                La isla Desolación - Terre de Feu - Aucun habitant

Ecouter la version chantée
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Patrice Lacaud
- Diffusé par DEEZER -




Louis Aragon - (1897-1982)


Les oiseaux

"La isla Desolación" est située au Chili
ce qui suffit à expliquer le texte qui suit.


Il neige des cris et des plumes
Dans la neige australe des brumes
Les oiseaux entre eux se chamaillent
Et du sang perle à leur camail
Sur l'île Désolation

Les oiseaux blancs les oiseaux noirs
Emmêlent leur doubles grimoires
Les oiseaux bleus, les oiseaux blêmes
Comme les données d'un problème
Sur l'île Désolation

Les oiseaux que la saison chasse
Qui passent passent et repassent
L'aile mouillée à l'eau de mer
Dessinent des signes amers
Sur l'île Désolation

Que disent-ils que disent-ils
Dans leur clameur couleur d'exil?
Il s'agit du coeur pris pour cible
Et d'une étoile inaccessible
Sur l'île Désolation

Il s'agit de ce libre amour
Plus grand que le soleil du jour
Il s'agit d'un pays qui meurt
Et d'un poète sans demeure
Et les oiseaux comme moi-même
Parlent sans fin de ceux qu'ils aiment
Sur l'île Désolation


Jules Jouy - Fille d'ouvriers


      Jouy était un des principaux auteurs du Chat Noir
      Affiche de Théophile-Alexandre Steinlen


Ecouter la version chantée
Compositeur : Gustave Goublier
Interprète : Marc Ogeret
- Diffusé par YOUTUBE -
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Michele Bernard
Composition : Gustave Goublier




Jules Jouy - (1855-1897)


Fille d'ouvriers

Pâle ou vermeille, brune ou blonde,
Bébé mignon,
Dans les larmes ça vient au monde :
Chair à guignon !
Ebouriffée, suçant son pouce,
Jamais lavée,
Comme un vrai champignon ça pousse :
Chair à pavé !

A quinze ans ça rentre à l'usine,
Sans éventail.
Du matin au soir ça turbine :
Chair à travail !
Fleur des fortifs ça s'étiole,
Quand c'est girond.
Dans un guet-apens ça se viole :
Chair à patrons !

Jusque dans la moelle pourrie,
Rien sous la dent;
Alors ça rentre en brasserie :
Chair à clients !
Ça tombe encore, de chute en chute,
Honteuse un soir,
Pour un franc ça fait la culbute :
Chair à trottoir !

Ça vieillit et plus bas ça glisse,
Un beau matin,
Ça va s'inscrire à la police :
Chair à roussins !
Ou bien sans carte ça travaille
Dans sa maison,
Alors ça se fout sur la paille :
Chair à prison !

D'un mal lent souffrant le supplice
Vieux et tremblant,
Ça va geindre dans un hospice :
Chair à savants !
Enfin ayant vidé la coupe,
Bu tout le fiel,
Quand c'est crevé ça se découpe :
Chair à scalpel !

Patrons, tas d'Héliogabales !
D'effroi saisis,
Quand vous tomberez sous nos balles,
Chair à fusils !
Pour que chaque chien, sur vos trognes,
Pisse à l'écart,
Nous leur laisserons vos charognes :
Chair à Macquart !



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Chanson Plus Bifluorée
Composition : Gustave Goublier

Aragon - Quatorzième arrondissement


  Rue de Vanves (Rue Losserand aujourd'hui) au coeur du quartier Plaisance (XIVe)

Ecouter la version chantée
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Marc Robine
- Diffusé par DEEZER -




Louis Aragon - (1897-1982)


Quatorzième arrondissement

Lieux sans visage que le vent
Ô ma jeunesse rue de Vanves
Passants passés printemps d’avant
Vous me revenez bien souvent

Quartier pauvre où je me promène
Reconnais celui qui t’aima
La sonnette du cinéma
S’entendait avenue du Maine

Très tôt tes maisons s’aveuglaient
Je m’enfonçais dans tes façades
Les affiches des palissades
Avaient des loques et des plaies

J’arrivais au chemin de fer
Qui bordait la ville et la vie
Au fossé tant de fois suivi
Sans savoir vraiment pour quoi faire

Les trains n’y passaient presque plus
C’était un lieu d’herbe et de flâne
Où dans l’ortie et le pas d’âne
Des papiers ornaient les talus

Qui s’en souvient tous des pareils
L’air m’échappe à vous la chanson
O mes amis perdus ce sont
Choses qui sortent par l’oreille

Nous étions comme un rire amer
Au seuil de ce siècle sans voix
Ô mes compagnons je vous vois
Et vos bouteilles à la mer

Ce que vous avez jamais cru
Déjà décroît comme un faubourg
Dans un bruit lointain de tambours
On a changé le nom des rues

L’histoire a passé dans son van
Votre grain songes décevants
Et voici que dorénavant
Il n’y a plus de rue de Vanves


Aragon - On fait l'homme




Ecouter la version chantée
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Lino Leonardi
- Diffusé par DEEZER -
Interprétation : Monique Morelli
Composition : Lino Leonardi
- Diffusé par DEEZER -




Louis Aragon - (1897-1982)

Le roman inachevé


On fait l'homme

On se croit libre alors qu'on imite On fait l'homme
On veut dans cette énorme et plate singerie
Lire on ne sait trop quelle aventure à la gomme
Quand bêtement tous les chemins mènent à Rome
Quand chacun de nos pas est par avance écrit

Regardez les jeunes gens avec ce qu'ils traînent
La superstition qui s'attache à leurs pas
Comme une branche morte et comme à la carène
D'un bateau démâté le chant de la sirène
Contre quoi rien ne sert boussole ni compas

Regardez ces jeunes gens qu'est-ce qui les pousse
Comme ça vers les bancs de sable les bas-fonds
Ils n'avaient après tout de neuf que la frimousse
Eux qui faisaient tantôt les farauds ils vont tous
Où les songes d'enfance à la fin se défont

Bon Dieu regardez-vous petits dans les miroirs
Vous avez le cheveu désordre et l'oeil perdu
Vous êtes prêts à tout obéir tuer croire
Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs
On vous solde à la pelle et c'est fort bien vendu

Vous êtes de la chair à tout faire Une sorte
De matériel courant de brique bon marché
Avec vous pas besoin d'y aller de main morte
Vous êtes ce manger que les corbeaux emportent
Et vos rêves les loups n'en font qu'une bouchée


Aristide Bruant - A la Bastoche



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Aristide Bruant
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Monique Morelli
Composition : Aristide Bruant




Aristide Bruant - (1851-1925)


A la Bastoche

Il était né près du canal,
Par là... dans l'quartier d'l'Arsenal,
Sa maman, qu'avait pas d'mari,
L'appelait son petit Henri...
Mais nous on l'appelait la Filoche,
A la Bastoche.

I' faisait pas sa société
Du génie de la liberté,
Il était pas républicain,
Il était l'ami du Rouquin
Et le p'tit homme à la Méloche,
A la Bastoche.

A c't'époque-là, c'était l'bon temps:
La Méloche avait dix-huit ans,
Et la Filoche était rupin:
Il allait des fois, en sapin,
Il avait du jonc dans sa poche,
A la Bastoche.

Mais ça peut pas durer toujours,
Après la saison des amours
C'est la mistoufle et, ben souvent,
Faut s'les caler avec du vent...
Filer la comète et la cloche
A la Bastoche.

Un soir qu'il avait pas briffé,
Qu'i' rôdait comme un enragé;
Il a, pour barboter l'quibus
D'un conducteur des Omnibus,
Crevé la panse et la sacoche,
A la Bastoche.

Et sur la bascule à Charlot,
Il a payé sans dire un mot:
A la Roquette un beau matin,
Il a fait voir, à ceux d'Pantin,
Comment savait mourir un broche
De la Bastoche!

Il était né près du canal,
Par là... dans l'quartier d'l'Arsenal,
Sa maman, qu'avait pas d'mari,
L'appelait son petit Henri...
Mais nous on l'appelait la Filoche,
A la Bastoche.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Mistigri
Composition : Aristide Bruant
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Daniel Guichard
Composition : Aristide Bruant

Du même auteur :
A la Bastoche
A la place Maubert
La chanson des canuts
Les loupiots
Rue Saint-Vincent
Sur le tas

André Hardellet - Bal chez Temporel


Ecouter la version chantée
Interprétation : Guy Béart
Composition : Guy Béart
- Diffusé par DEEZER -
Interprétation : Patachou
Composition : Guy Béart
- Diffusé par DEEZER -



André Hardellet - (1911-1974)


Bal chez Temporel

Si tu reviens jamais danser chez Temporel
Un jour ou l'autre
Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
Auprès du nôtre

D'une rencontre au bord de l'eau
Ne restent que quatre initiales
Et deux coeurs taillés au couteau
Dans le bois des tables bancales

Si tu reviens jamais danser chez Temporel
Un jour ou l'autre
Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
Auprès du nôtre

Sur le vieux comptoir tu pourras
Si le coeur t'en dit boire un verre
En l'honneur de nos vingt carats
Qui depuis se sont fait la paire

Si tu reviens jamais danser chez Temporel
Un jour ou l'autre
Pense aux doigts qui tous ont laissé quelques "je t'aime"
Auprès du nôtre

Dans ce petit bal mal famé
C'en est assez pour que renaisse
Ce qu'alors nous avons aimé
Et pour que tu le reconnaisses

Si tu reviens jamais danser chez Temporel
Un jour ou l'autre
Pense aux bonheurs qui sont passés là simplement
Comme le nôtre



Ecouter la version chantée
Interprétation : Cora Vaucaire
Composition : Guy Béart
- Diffusé par DEEZER -
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Guy Béart
- Diffusé par DEEZER -

Bruant - A la place Maubert



Ecouter la version chantée
Interprétation : Georges Brassens
Composition : Aristide Bruant
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version originale
Interprétation : Aristide Bruant
Composition : Aristide Bruant
- Diffusé par DEEZER -




Aristide Bruant - (1851-1925)


A la place Maubert

Je m'demande à quoi qu'on songe
En prolongeant la rue Monge
A quoi qu'ça nous sert
Des esquares, des estatues
Quand on démolit nos rues
A la place Maubert

Avant qu’on n’y démolisse
On craignait pas la police
L’été comme l’hiver
On était toujours à l’ombre
Dans un coin plus ou moins sombre
A la place Maubert

Quand on n'avait pas d'marmite
On bouffait chez l'père Lafrite
Pour un peu d'auber
Le soir, on levait une pétasse...
Un choléra sans limace
A la place Maubert

Pour trois ronds chez l'père Lunette
Où qu'chantait la môme Toinette
On s'payait l'concert
Pour six ronds au Château-Rouge
On sorguait avec sa gouge
A la place Maubert

Aussi, Bon Dieu ! j'vous l'demande
Quand y aura plus d'rue Galande
Plus d'Hôtel Colbert
Ousque vous voulez qu'ils aillent
Les purotins qui rouscaillent
A la place Maubert

Qu'on leur foute au moins des niches
Comme on en fout aux caniches
Qu'ils soyent à couvert
Sous quèqu' chose qui les abrite
Quans ils trouveront plus de gîte
A la place Maubert

Et quand ils r'fileront la cloche
Ils auront tous dans leur poche
Le surin ouvert
Et c'jour-là mes camarluches
La nuit, gare aux laquereauxmuches
De la place Maubert.



Une autre version
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Aristide Bruant
- Diffusé par DEEZER -

Du même auteur :
A la Bastoche
A la place Maubert
La chanson des canuts
Les loupiots
Rue Saint-Vincent
Sur le tas

Aragon - Un jour un jour


                                                Federico García Lorca

sur DEEZER
Interprétation :
Marc Ogeret
Version Audio
Composition :
Jean Ferrat

sur DEEZER
Interprétation :
Isabelle Aubret
Version Audio
Composition :
Jean Ferrat




Louis Aragon - (1897-1982)

Le fou d'Elsa


Un jour un jour

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche



Version audio
Interprétation : Jean Ferrat
Composition : Jean Ferrat
- Diffusé par DEEZER -

Ferré - Avec le temps


Ecouter la version originale
interprétée par Léo Ferré
- Diffusé par DEEZER -
Une autre version
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Léo Ferré
- Diffusé par DEEZER -



Léo Ferré (1916-1993)


Avec le temps

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix
Le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit
Avec le temps tout s'évanouit

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Même les plus chouettes souvenirs, ça, t'as une de ces gueules
A la galerie "J'farfouille" dans les rayons de la mort
Le samedi soir, quand la tendresse s'en va toute seule

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
L'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l'on se traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l'on se sent floué par les années perdues, alors vraiment
Avec le temps on n'aime plus



Du même auteur :
Avec le temps
Cette Blessure
La mémoire de la mer
Les poètes
Merci mon Dieu
Saint-Germain-des-Prés

Genet - Le condamné à mort (3)


         Jean Genet

Ecouter la version chantée
Interprétée par Marc Ogeret
sur une musique d'Hélène Martin
- Diffusé par DEEZER -



Jean Genet (1910-1986)


Pardonnez-moi mon Dieu

Pardonnez-moi mon Dieu parce que j’ai péché !
Les larmes de ma voix, ma fièvre, ma souffrance,
Le mal de m’envoler du beau pays de France,
N’est-ce assez monseigneur pour aller me coucher
Trébuchant d’espérance.

Dans vos bras embaumés, dans vos châteaux de neige !
Seigneur des lieux obcurs, je sais encore prier.
C’est moi mon père, un jour, qui me suis écrié :
Gloire au plus haut du ciel, au dieu qui me protège
Hermès au tendre pied !

Je demande à la mort la paix, les longs sommeils,
Les chants des Séraphins, leurs parfums, leurs guirlandes,
Les angelots de laine en chaudes houppelandes,
Et j’espère des nuits sans lunes ni soleils
Sur d’immobiles landes.

Ce n’est pas ce matin que l’on me guillotine.
Je peux dormir tranquille. A l’étage au dessus
Mon mignon paresseux, ma perle, mon jésus,
S’éveille. Il va cogner de sa dure bottine
À mon crane tondu.

Il paraît qu’à côté vit un épileptique.
La prison dort debout au noir d’un chant des morts.
Si des marins sur l’eau voient s’avancer les ports
Mes dormeurs vont s’enfuir vers une autre Amérique.



Du même auteur :
Les assassins du mur
Où sans vieillir
Pardonnez-moi mon Dieu
Sur mon cou

Aragon - Il faisait si beau ce matin


    Interprété par Marc Ogeret - Musique de Jean-Paul Marchand




Louis Aragon - (1897-1982)


Il faisait si beau ce matin

Mais dans la maison tiède et douce
Où sous le toit de tuiles rousses
Un enfant nu dort sur son lit
Le petit poste en galalithe
Dit soudain des mots insolites
Qu'on croyait tombés dans l'oubli

La fenêtre obscure est ouverte
Au contre-jour de vignes vertes
Où le vent pousse le rideau
Ses contrevents pâles s'accrochent
Au mur qui s'appuie à la roche
Avec un figuier dans son dos

On entend marcher sur la sente
Sans doute la mère est absente
Qui laissa son fils endormi
Et c'est comme un essaim de mouches
Ces vocables d'aucune bouche
L'enfant se retourne et gémit

Sans oreilles à ces paroles
L'ombre fait le maître d'école
Devant la cuvette et le broc
Et leur dit comme un fait vulgaire
Qu'à l'aurore aujourd'hui la guerre
A levé son front de taureau

Il faut recommencer qu'on meurt
Des gens dormaient dans leurs demeures
Comme ici dort cet enfant-là
L'armoire se tait, mais la porte
Proteste : Après tout, que m'importe
Ça se passe au Guatemala

Je saisis mal toutes ces choses
Notre voisine est peinte en rose
Il faisait si beau ce matin
Sur la terrasse on pouvait voir
Sécher du linge et des bas noirs
Devant les volets bleus déteints


Aragon - Tu avais beau faire


    Interprété par Marc Ogeret - Musique de Michel Villard



Louis Aragon (1897-1982)


Tu avais beau faire et beau dire

Tu avais beau faire et beau dire
Je fus cette ombre qui te suit
Le temps par tes doigts qui s'enfuit
Comme le sable noir des nuits
Le soleil brisé dans la pluie

Tu avais beau faire et beau dire
Je fus là l'hiver et l'été
Un air dans la tête resté
D'avoir été sans fin chanté
Ou simplement d'avoir été

Tu avais beau faire et beau dire
Sur tes pas où tu vas je veux
Etre ce bruit que fait le feu
Cet écho qui semble un aveu
L'ave du vent dans tes cheveux

Tu avais beau faire et beau dire
Tu ne te parvins démêler
De ce qui fut ou m'a semblé
De ce amour dont j'ai tremblé
De ce bonheur que j'ai volé

Tu avais beau faire et beau dire
Te fermer à ce que je dis
Jurer Dieu que j'en ai menti
Détourner tes yeux vers l'oubli
Nier mon coeur et ma folie

Tu avais beau faire et beau dire
Voici venu les jours sans nous
Et pour les gens de n'importe où
Je demeure sur tes genoux
Comme un bouquet qui se dénoue
Tu avais beau faire et beau dire


Aragon - Les larmes se ressemblent


    Les troupes françaises à Mayence en 1930

Ecouter la version chantée
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Marc Robine
- Diffusé par DEEZER -



Louis Aragon - (1897-1982)

Les Yeux d'Elsa


Les larmes se ressemblent

Dans le ciel gris des anges de faïence
Dans le ciel gris des sanglots étouffés
Il me souvient de ces jours de Mayence
Dans le Rhin noir pleuraient des filles-fées

On trouvait parfois au fond des ruelles
Un soldat tué d'un coup de couteau
On trouvait parfois cette paix cruelle
Malgré le jeune vin blanc des coteaux

J'ai bu l'alcool transparent des cerises
J'ai bu les serments échangés tout bas
Qu'ils étaient beaux les palais les églises
J'avais vingt ans Je ne comprenais pas

Qu'est-ce que je savais de la défaite
Quand ton pays est amour défendu
Quand il te faut la voix des faux-prophètes
Pour redonner vie à l'espoir perdu

Il me souvient de chansons qui m'émurent
Il me souvient des signes à la craie
Qu'on découvrait au matin sur les murs
Sans en pouvoir déchiffrer les secrets

Qui peut dire où la mémoire commence
Qui peut dire où le temps présent finit
Où le passé rejoindra la romance
Où le malheur n'est qu'un papier jauni

Comme l'enfant surpris parmi ses rêves
Les regards bleus des vaincus sont gênants
Le pas des pelotons à la relève
Faisait frémir le silence rhénan


Villon - Ballade des Rois du temps jadis

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Marc Ogeret
Compositeur : François Lancelot




François Villon - (1431-1463?)


Ballade des Rois du temps jadis

Ballade des seigneurs du temps jadis

Qui plus, où est le tiers Calixte,
Dernier décédé de ce nom,
Qui quatre ans tint le papaliste,
Alphonse le roi d'Aragon,
Le gracieux duc de Bourbon,
Et Artus le duc de Bretagne,
Et Charles septième le bon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

Semblablement, le roi scotiste
Qui demi face ot, ce dit-on,
Vermeille comme une émastiste
Depuis le front jusqu'au menton,
Le roi de Chypre de renom,
Hélas ! et le bon roi d'Espagne
Duquel je ne sais pas le nom ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

D'en plus parler je me désiste ;
Ce n'est que toute abusion.
Il n'est qui contre mort résiste
Ne qui treuve provision.
Encor fais une question :
Lancelot le roi de Behaygne,
Où est-il ? où est son tayon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?

Où est Claquin, le bon Breton ?
Où le comte Dauphin d'Auvergne,
Et le bon feu duc d'Alençon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?


Berimont - Madame à minuit


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Jacques Douai
Sur une musique de Léo Ferré




Luc Bérimont - (1915-1983)


Noël

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n'est plus de fous,
L'heure de minuit, cette heure où l'on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx

J'avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l'été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d'hiver a tout emporté

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n'est rien venu d'autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l'orange amère
Et ton souvenir m'arrache le cœur

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Sur une musique de Léo Ferré
Ecouter sur YOUTUBE
Compositeur : Léo Ferré
Interprète : Marc Ogeret

Du même auteur :
Chanson de l'été
Chanson pour la nommer
Haute plainte en plaine l'hiver
Je parle de la mer
Je t'attends aux grilles des routes
La nuit
Le voyageur
Noël (Madame à minuit)
Rémouleur
Soleil
Stances

André Salmon - Fraternité

Modigliani, Picasso, Salmon en 1916

Ecouter sur YOUTUBE
Interprétation : Marc Ogeret
Composition : Charles Aznavour



André Salmon - (1881-1969)


Fraternité

Nous rentrions très tard, mêlant
Des vers purs à des chants obscènes
Et l'on s'asseyait sur un banc
Pour regarder rêver la Seine.

Sur l'eau rien ne vivait encore ;
Ainsi qu'une ouvrière lasse
Pressant sur son flanc ses fils morts
La Seine dormait dans sa crasse.

Nos coeurs d'ivrognes s'emplissaient
D'une bienfaisante latrie
Si le soleil levant dorait
Les marronniers des Tuileries.

Pour mieux évoquer d'anciens soirs,
Le plâtre et le vin des tavernes
Égayaient nos vieux habits noirs
Et nos plastrons d'hommes modernes.

Alors ayant honte, vraiment
De nous connaître aussi lyriques
Nous offrions un coup de blanc
Au balayeur mélancolique.

Vaine ruse ! et l'on découvrait
Dans le balayeur un poète,
Si bien que les verres tremblaient
Sur le comptoir, autel de fête !

Et pour que ce soir sans égal
Fut perpétué, un pandore
En dressait le procès-verbal
Parsemé d'attendus sonores.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Charles Aznavour
Composition : Charles Aznavour

Genet - Le condamné à mort (2)

        Prison de Rennes devant laquelle fut exécuté Maurice Pilorge

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Marc Ogeret
sur une musique d'Hélène Martin



Jean Genet - (1910-1986)


Les assassins du mur

Les assassins du mur s'enveloppent d'aurore
Dans ma cellule ouverte au chant des hauts sapins
Qui la berce, accrochée à des cordages fins
Noués par des marins que le clair matin dore.

Qui grava dans le plâtre une Rose des Vents?
Qui songe à ma maison, du fond de sa Hongrie?
Quel enfant s'est roulé sur ma paille pourrie
A l'instant du réveil d'amis se souvenant?

Divague ma folie, enfante pour ma joie
Un consolant enfer peuplé de beaux soldats,
Nus jusqu'à la ceinture, et des frocs réséda,
Tire ces lourdes fleurs dont l'odeur me foudroie.

Arrache on ne sait d'où les gestes les plus fous.
Dérobe des enfants, invente des tortures,
Mutile la beauté, travaille les figures,
Et donne la Guyane aux gars, pour rendez-vous.

O mon vieux Maroni, ô Cayenne la douce!
Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots
Autour du mino blond qui fume les mégots
Crachés par les gardiens dans les fleurs et la mousse.



Du même auteur :
Les assassins du mur
Où sans vieillir
Pardonnez-moi mon Dieu
Sur mon cou

Aragon - Je chante pour passer le temps

Ecouter sur YOUTUBE
Mieux chanter ou réciter Aragon
que Marc Ogeret est impossible.
Compositeur : Leo Ferré (photo)




Louis Aragon - (1897-1982)

Le roman inachevé


Je chante pour passer le temps

Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l’étang
Je chante pour passer le temps

J’ai vécu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j’ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n’est plus pareil
J’ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d’avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir
Les nuages plus bas que nous
Et l’alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues
Qu’importe à présent qu’on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s’est mise en Commune
Nous avons fait des clairs de lune

Et j’en dirais et j’en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l’homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j’en dirais et j’en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s’use l’archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l’ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je passe le temps en chantant
Je chante pour passer le temps


Aragon - Second intermède

                                Louis Aragon

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Marc Ogeret
sur une musique de Marc Robine



Louis Aragon - (1897-1982)


Second intermède

Dans ce pays plein de cendres amères
Il va germer ce que les cieux semèrent
C’est un avril avant le temps venu
C’est un enfant de parents inconnus

Et comme au vent un peu d’eau qui frissonne
C’est un enfant qui ne tient de personne
C’est un enfant entre hier et demain
Tout le passé dans le creux de sa main

Bien sûr la vie est toujours la plus forte
Quand le soleil s’assied devant la porte
On a repeint tous les volets en vert
Les jours s’en vont pourtant comme en hiver

Mais déjà l’oeil de l’herbe s’écarquille
Pour laisser voir le jaune des jonquilles
Un long parfum fleurit dans les passants
Une musique à leur lèvre se sent

Tout semble prêt au venir des vertiges
L’air semble fait pour ce pas du prodige
Comme un joueur cachant son point aux dés
Trahit des yeux son secret mal gardé

Un mot ferait que tout s’évanouisse
Laissez le lin traîner pour qu’il rouisse
Taisez même à dieu ce que vous rêviez
Faites semblant que c’est toujours janvier

Laissez venir cette mer haute et lente
Laissez grandir en vous comme une plante
Ce doux bonheur facilement brisé
Laissez la force aboutir au baiser

Laissez former le chant dans votre bouche
La main frémir de la main qui la touche
Et regardez dans vos miroirs troublés
Lever en vous la jeunesse du blé

En quelle année où sommes-nous mon âme
Tout peut changer mais non l’homme et la femme
Tout peut changer de sens et de nature
Le bien le mal les lampes les voitures

Mêmes le ciel au-dessus des maisons
Tout peut changer de rime et de raison
Rien n’être plus ce qu’aujourd’hui nous sommes
Tout peut changer mais non la femme et l’homme