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Armand Silvestre - Aurore


        Interprétation : Barnra Bonney - Composition : Gabriel Fauré

Ecouter la version chantée
Interprétation : Renée Doria
Composition : Gabriel Fauré
- Diffusé par DEEZER -




Armand Silvestre - (1837-1901)


Aurore

Des jardins de la nuit s'envolent les étoiles,
Abeilles d'or qu'attire un invisible miel,
Et l'aube, au loin tendant la candeur de ses toiles,
Trame de fils d'argent le manteau bleu du ciel.

Du jardin de mon coeur qu'un rêve lent enivre
S'envolent mes désirs sur les pas du matin,
Comme un essaim léger qu'à l'horizon de cuivre,
Appelle un chant plaintif, éternel et lointain.

Ils volent à tes pieds, astres chassés des nues,
Exilés du ciel d'or où fleurit ta beauté
Et, cherchant jusqu'à toi des routes inconnues,
Mêlent au jour naissant leur mourante clarté.



        Interprétation : Gérard Souzay - Composition : Gabriel Fauré




Du même auteur :
Aurore
Automne
Le plus doux chemin
Le ramier
Le secret
Le voyageur
Madrigal
Noël d'amour
Noël païen
Pensée de printemps
Tristesse
Voici que les grands lys

La Fontaine - Les deux pigeons


                                Illustration de Gustave Doré

Ecouter la version chantée
Interprétation : Gérard Souzay
Composition : Charles Gounod
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Les deux pigeons

Seul le texte en bleu est chanté

Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'eux s'ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage
Encor si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
Ce discours ébranla le coeur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ;
Vous y croirez être vous-même.
À ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las.
Les menteurs et traîtres appas.
Le las était usé ! si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs ;
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
Crut, pour ce coup, que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié,
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile et tirant le pié,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un pour l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus le charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ?




Ecouter la version chantée
Interprétation : Florence Tanzilli
Composition : Charles Gounod
- Diffusé par DEEZER -

Verlaine - L'hiver a cessé


Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


L'hiver a cessé

L’hiver a cessé : la lumière est tiède
Et danse, du sol au firmament clair.
Il faut que le coeur le plus triste cède
A l’immense joie éparse dans l’air.

Même ce Paris maussade et malade
Semble faire accueil aux jeunes soleils,
Et comme pour une immense accolade
Tend les mille bras de ses toits vermeils.

J’ai depuis un an le printemps dans l’âme
Et le vert retour du doux floréal,
Ainsi qu’une flamme entoure une flamme,
Met de l’idéal sur mon idéal.

Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne
L’immuable azur où rit mon amour.
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.

Que vienne l’été ! que vienne encore
L’automne et l’hiver ! Et chaque saison
Me sera charmante, ô Toi que décore
Cette fantaisie et cette raison !



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Gérard Souzay
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré

Malherbe - Epitaphe


Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Francis Poulenc
- Diffusé par DEEZER -




François de Malherbe - (1555-1628)


Épitaphe

Belle âme qui fus mon flambeau,
Reçois l'honneur qu'en ce tombeau
Le devoir m'oblige à te rendre;
Ce que je fais te sert de peu
Mais au moins tu vois en la cendre
Que j'en aime encore le feu.



Du même auteur :
Dessein de quitter une dame
Épitaphe
Ils s'en vont ces rois de ma vie
La merveille des belles
Ne délibérons plus

Saint-Amant - Le carnaval



Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Jacques Leguerney
- Diffusé par DEEZER -




Marc-Antoine Girard de Saint-Amant - (1594-1661)


Le carnaval

Entrechats et cabrioles
(Dieu sait combien à propos)
Répondent d'un pied dispos
Tant aux sistres qu'aux violes,
Et le roi des instruments,
Diffamé de tremblements
Dont le cliquetis me tue,
En rebec se prostitue
À ses gauches mouvements.

Tôt après le tambour sonne ;
Tout retentit de clameurs.
L'un en saignant crie : je meurs !
Pourtant l'on occit personne.
Les feintes, les faux combats
Font trembler, et haut et bas,
Le cœur du sexe imbécile,
Qui laisse œuvre et domicile
Pour jouir de ces ébats.



Du même auteur :
La nuit
La solitude
Le carnaval
Le paresseux
Ruisseau

Eluard - Paul Klee


Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Francis Poulenc
Interprète : Gérard Souzay



Paul Eluard - (1895-1952)

Le travail du peintre


Paul Klee

Sur la pente fatale, le voyageur profite
De la faveur du jour, verglas et sans cailloux,
Et les yeux bleus d’amour, découvre sa saison
Qui porte à tous les doigts de grands astres en bague.

Sur la plage la mer a laissé ses oreilles
Et le sable creusé la place d’un beau crime.
Le supplice est plus dur aux bourreaux qu’aux victimes,
Les couteaux sont des signes et les balles des larmes.


Evariste de Parny


Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Maurice Ravel
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Janet Baker
Composition : Maurice Ravel
- Diffusé par DEEZER -



Evariste de Parny - (1753-1914)

Chansons Madécasses


Il est doux

Il est doux de se coucher, durant la chaleur, sous un arbre touffu, et d'attendre que le vent du soir amène la fraîcheur.

Femmes, approchez! Tandis que je me repose ici sous un arbre touffu, occupez mon oreille par vos accents prolongés. Répétez la chanson de la jeune fille, lorsque ses doigts tressent la natte ou lorsqu'assise auprès du riz, elle chasse les oiseaux avides.

Le chant plaît à mon âme. La danse est pour moi presque aussi douce qu'un baiser. Que vos pas soient lents; qu'ils imitent les attitudes du plaisir et l'abandon de la volupté.

Le vent du soir se lève; la lune commence à briller au travers des arbres de la montagne. Allez, et préparez le repas.


Ronsard - Ma douce jouvence est passée


Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Jacques Leguerney
- Diffusé par DEEZER -




Pierre de Ronsard - (1524-1585)


Ma douce jouvence est passée

Ma douce jouvence est passée,
Ma première force est cassée,
J'ai la dent noire et le chef blanc,
Mes nerfs sont dissous, et mes veines,
Tant j'ai le corps froid, ne sont pleines
Que d'une eau rousse au lieu de sang.

Adieu, ma lyre, adieu, fillettes,
Jadis mes douces amourettes,
Adieu, je sens venir ma fin;
Nul passe-temps de ma jeunesse
Ne m'accompagne en la vieillesse,
Que le feu, le lit et le vin.

J'ai la tête toute étourdie
De trop d'ans et de maladie;
De tous côtés le soin me mord,
Et soit que j'aille ou que je tarde,
Toujours après moi je regarde
Si je verrai venir la mort

Qui doit, ce me semble, à toute heure
Me mener là-bas, où demeure
Je ne sais quel Pluton, qui tient
Ouvert à tous venants un antre
Où bien facilement on entre,
Mais d'où jamais on ne revient.


Saint-Amant - La nuit



Paisible et solitaire Nuit
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Jacques Leguerney
- Diffusé par DEEZER -
Lugubre courrier du destin
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Jacques Leguerney
- Diffusé par DEEZER -
Tous ces vents qui soufflaient si fort
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Jacques Leguerney
- Diffusé par DEEZER -




Marc-Antoine Girard de Saint-Amant - (1594-1661)


La Nuit

Paisible et solitaire Nuit,
Sans Lune et sans Étoiles,
Renferme le Jour qui me nuit
Dans tes plus sombres voiles ;
Hâte tes pas, Déesse exauce-moi,
J'aime une Brune comme toi.
...
Lugubre courrier du destin,
Effroi des âmes lâches
Qui si souvent, soir et matin,
M'éveilles et me fâches
Va faire ailleurs engeance de démon
Ton vain et tragique sermon.
...
Tous ces vents qui soufflaient si fort
Retiennent leurs haleines,
Il ne pleut plus, la foudre dort,
On n'oit que les fontaines,
Et le doux son de quelques luths charmants
Qui parlent au lieu des Amants.
...



Du même auteur :
La nuit
La solitude
Le carnaval
Le paresseux
Ruisseau

Henri de Régnier - Le jardin mouillé


        Interprétation : Gérard Souzay - Composition : Albert Roussel

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marie Devellereau
Composition : Albert Roussel
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Lionel peintre
Composition : Gabriel Dupont



Henri de Régnier (1864-1936)


Le jardin mouillé

La croisée est ouverte, il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant,

Feuille à feuille la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit;
Au mur, on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.

L'herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait là-bas
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel;
L'averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.

Il pleut, et, les yeux clos, j'écoute,
De toute sa pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s'égoutte
Dans l'ombre que j'ai faite en moi.



Du même auteur :
Chanson
Le départ
Le jardin mouillé
Les fontaines
Odelette IV
Voeu

Verlaine - Le Ciel est par-dessus le Toit


                  La version de Colette Magny

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Marc Robine
Musique d'Helène Triomphe
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Renée Doria
Compositeur : Reynaldo Hahn



Paul Verlaine - (1844-1896)

Sagesse

D'une prison

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?




Ecouter sur DEEZER
Interprété par Gérard Souzay
Compositeur : Gabriel Fauré

Paul Morand - Chanson à boire


Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Maurice Ravel
(Don Quichotte à Dulcinée)
- Diffusé par DEEZER -



Paul Morand - (1888-1976)


Chanson à boire

Foin du bâtard, illustre Dame,
Qui pour me perdre à vos doux yeux
Dit que l'amour et le vin vieux
Mettent en deuil mon coeur, mon âme!

Ah! Je bois à la joie!
La joie est le seul but
Où je vais droit...
Lorsque j'ai ... lorsque j'ai bu!

Foin du jaloux, brune maîtresse,
Qui geint, qui pleure et fait serment
D'être toujours ce pâle amant
Qui met de l'eau dans son ivresse!

Ah! Je bois à la joie!...


Paul Morand - Chanson épique


Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Maurice Ravel
(Don Quichotte à Dulcinée)
- Diffusé par DEEZER -



Paul Morand - (1888-1976)


Chanson épique

Bon Saint Michel qui me donnez loisir
De voir ma Dame et de l'entendre,
Bon Saint Michel qui me daignez choisir
Pour lui complaire et la défendre,
Bon Saint Michel veuillez descendre
Avec Saint Georges sur l'autel
De la Madone au bleu mantel.

D'un rayon du ciel bénissez ma lame
Et son égale en pureté
Et son égale en piété
Comme en pudeur et chasteté:
Ma Dame,

Ô grands Saint Georges et Saint Michel
L'ange qui veille sur ma veille,
Ma douce Dame si pareille
À Vous, Madone au bleu mantel!
Amen.


Paul Morand - Chanson romanesque


Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Maurice Ravel
(Don Quichotte à Dulcinée)
- Diffusé par DEEZER -
Don Quichotte à Dulcinée
Interprétation : José Van Dam
Composition : Maurice Ravel
- Diffusé par DEEZER -



Paul Morand - (1888-1976)


Chanson romanesque

Si vous me disiez que la terre
À tant tourner vous offensa,
Je lui dépêcherais Pança :
Vous la verriez fixe et se taire.

Si vous me disiez que l'ennui
Vous vient du ciel trop fleuri d'astres,
Déchirant les divins cadastres,
Je faucherais d'un coup la nuit.

Si vous me disiez que l'espace
Ainsi vidé ne vous plaît point,
Chevalier dieu, la lance au poing.
J'étoilerais le vent qui passe.

Mais si vous disiez que mon sang
Est plus à moi qu'à vous, ma Dame,
Je blêmirais dessous le blâme
Et je mourrais, vous bénissant.

Ô Dulcinée!


Eluard - Rôdeuse au front de verre


        Pablo Picasso - Femme au béret rouge

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Gerard Souzay
Musique de Francis Poulenc



Paul Eluard - (1895-1952)


Rôdeuse au front de verre

Rôdeuse au front de verre,
Son coeur s'inscrit dans une étoile noire.
Ses yeux montrent sa tête,
Ses yeux ont la fraîcheur de l'été,
La chaleur de l'hiver.
Ses yeux s'ajourent, rient très fort.
Ses yeux joueurs gagnent leur part de clarté.
Rôdeuse au front de verre.


Verlaine - L'échelonnement des haies


        Photo : La Montagne / Philippe Bigard

Ecouter la version chantée
Interprétation : Gérard Souzay
Composition : Claude Debussy
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine (1844-1896)


L'échelonnement des haies

L'échelonnement des haies
Moutonne à l'infini, mer
Claire dans le brouillard clair,
Qui sent bon les jeunes baies.

Des arbres et des moulins
Sont légers sur le vert tendre,
Où vient s'ébattre et s'étendre
L'agilité des poulains.

Dans ce vague d'un Dimanche,
Voici se jouer aussi
De grandes brebis,
Aussi douces que leur laine blanche.

Tout à l'heure déferlait
L'onde roulée en volutes,
De cloches comme des flûtes
Dans le ciel comme du lait.


Verlaine - En sourdine


        Antoine Watteau - Le plaisir pastoral - Musée Condé - Château de Chantilly

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Yann Beuron
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Gérard Souzay
Composition de Claude Debussy



Paul Verlaine (1844-1896)


En sourdine

Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.

Fondons nos âmes, nos cœurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.

Ferme tes yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton cœur endormi
Chasse à jamais tout dessein.

Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux
Qui vient, à tes pieds, rider
Les ondes des gazons roux.

Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Janina Baechle
Composition de Reynaldo Hahn

Bourget - Sérénade italienne


  Marie Kann muse de Paul Bourget par Leon Bonnat

Ecouter la version chantée
Interprétation : Gérard Souzay
Composition : Ernest Chausson
- Diffusé par DEEZER -




Paul Bourget - (1852-1935)


Sérénade italienne

Partons en barque sur la mer
Pour passer la nuit aux étoiles.
Vois, il souffle juste assez d’air
Pour enfler la toile des voiles.

Le vieux pêcheur italien
Et ses deux fils, qui nous conduisent,
Écoutent mais n’entendent rien
Aux mots que nos bouches se disent.

Sur la mer calme et sombre. Vois,
Nous pouvons échanger nos âmes,
Et nul ne comprendra nos voix,
Que la nuit, le ciel et les lames.



Du même auteur :
Beau soir
La romance d'Ariel
Novembre (Praeterita)
Romance
Sérénade italienne
Silence ineffable de l'heure
Voici que le printemps

Leconte de Lisle - Le colibri


              Compositeur : Ernest Chausson - Interprète : Gerard Souzay


Une autre mélodie
Interprétation de Felicity Lott
Composition de Francis Poulenc
- Diffusé par DEEZER -




Leconte de Lisle - (1818-1894)

Poèmes barbares


Le colibri

Le vert colibri, le roi des collines,
Voyant la rosée et le soleil clair
Luire dans son nid tissé d’herbes fines,
Comme un frais rayon s’échappe dans l’air.

Il se hâte et vole aux sources voisines
Où les bambous font le bruit de la mer,
Où l’açoka rouge, aux odeurs divines,
S’ouvre et porte au cœur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose,
Et boit tant d’amour dans la coupe rose,
Qu’il meurt, ne sachant s’il l’a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,
Telle aussi mon âme eût voulu mourir
Du premier baiser qui l’a parfumée !


Verlaine - Avant que tu ne t'en ailles


    Antoine Watteau - La boudeuse

Ecouter la version chantée
Interprétation : Henriette Bonde-Hansen
Composition : Frederick Delius
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Gabriel Fauré
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - La bonne chanson


Avant que tu ne t’en ailles

Avant que tu ne t’en ailles,
Pâle étoile du matin,
- Mille cailles
Chantent, chantent dans le thym. -

Tourne devers le poète,
Dont les yeux sont pleins d’amour;
- L’alouette
Monte au ciel avec le jour. -

Tourne ton regard que noie
L’aurore dans son azur;
- Quelle joie
Parmi les champs de blé mûr ! -

Puis fais luire ma pensée
Là-bas - bien loin, oh, bien loin !
- La rosée
Gaîment brille sur le foin. -

Dans le doux rêve où s’agite
Ma mie endormie encor...
- Vite, vite,
Car voici le soleil d’or. -