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Hélène Vacaresco - Septembre


        Interprétation : Adriana Cicogna - Composition : Jules Massenet

Une version plus francophone
Interprétation : Florence Tanzilli
Composition : Jules Massenet
- Diffusé par DEEZER -




Hélène Vacaresco - (1864-1947)


Septembre

Que les premiers jours de Septembre
Sont doux et tièdes ! L'on croirait,
Sous le soleil aux pâleurs d'ambre,
Voir éclore un printemps secret.

Nulle fleur encore n'est morte,
Les gais oiseaux sont toujours là,
Comme en Avril, la brise apporte
L'odeur fine du réséda.

L'ombre des feuilles danse et tremble
Sur l'herbe qu'elles vont couvrir;
La nature veut, ce me semble,
Être plus belle avant de mourir.

Et comme elle, en ma détresse,
Mon coeur triste sent le besoin
D'un grand renouveau de tendresse.
Pourquoi chère âme, êtes-vous loin?

Que les premiers jours de Septembre
Seraient doux si vous étiez là,
Quand, vers le ciel aux pâleurs d'ambre,
Monte l'odeur du réséda !

Pourquoi chère âme, êtes vous loin?.


La Fontaine - Les deux pigeons


                                Illustration de Gustave Doré

Ecouter la version chantée
Interprétation : Gérard Souzay
Composition : Charles Gounod
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Les deux pigeons

Seul le texte en bleu est chanté

Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'eux s'ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage
Encor si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
Ce discours ébranla le coeur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ;
Vous y croirez être vous-même.
À ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las.
Les menteurs et traîtres appas.
Le las était usé ! si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs ;
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
Crut, pour ce coup, que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié,
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile et tirant le pié,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un pour l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus le charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ?




Ecouter la version chantée
Interprétation : Florence Tanzilli
Composition : Charles Gounod
- Diffusé par DEEZER -

Coppée - Sérénade du passant

                        Ninon Vallin

Ecouter sur YOUTUBE
Interprété par Ninon Vallin
Compositeur : Jules Massenet
La version de Charles Gounod
Interprétation : Florence Tanzilli
- Diffusé par DEEZER -



François Coppée - (1842-1908)


Sérénade du passant

Mignonne voici l'Avril!
Le soleil revient d'exil;
Tous les nids sont en querelles,
L'air est pur, le ciel léger,
Et partout on voit neiger
Des plumes de tourterelle.

Fuis, le miroir séduisant
Où tu nattes à présent
L'or de tes cheveux de fée;
Laisse là rubans et noeuds,
Car les buissons épineux
T'auront bientôt décoiffée,

Prends, pour que nous nous trouvions,
Le chemin des papillons
Et des frêles demoiselles;
Viens, car tu sais qu'on t'attend
Sous le bois, près de l'étang
Où vont boire les gazelles.



Du même auteur :
La Vague et la Cloche
Les oiseaux se cachent pour mourir
Les trois oiseaux
Lied
Mai
Matin d'octobre
Menuet
Obstination
Ritournelle
Sérénade du passant

Hugo - Comment, disaient-ils

Jules Massenet est un de ceux qui ont mis ce poème en musique

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Florence Tanzilli
Composition : Jules Massenet



Victor Hugo (1802-1885)


Comment, disaient-ils

Second titre : L'autre guitare

Comment, disaient-ils,
Avec nos nacelles,
Fuir les alguazils?
Ramez, disaient-elles.

Comment, disaient-ils,
Oublier querelles,
Misère et périls?
Dormez, disaient-elles.

Comment, disaient-ils,
Enchanter les belles
Sans philtres subtils?
Aimez, disaient-elles.


Sully Prudhomme - Prière

Odilon Redon : Béatrice

Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Charles Gounod
Interprète : Florence Tanzilli




René-François Sully Prudhomme (1839-1907)


Prière

Ah! si vous saviez comme on pleure
De vivre seul et sans foyers,
Quelquefois devant ma demeure
Vous passeriez.

Si vous saviez ce que fait naître
Dans l'âme triste un pur regard,
Vous regarderiez ma fenêtre
Comme au hasard.

Si vous saviez quel baume apporte
Au coeur la présence d'un coeur,
Vous vous assoiriez sous ma porte
Comme une soeur.

Si vous saviez que je vous aime,
Surtout si vous saviez comment,
Vous entreriez peut-être même
Tout simplement.


Lamartine - Le soir

Une version chantée
Compositeur : Charles Gounod
Interprète : Christopher Goldsack
- Diffusé par YOUTUBE -
Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Charles Gounod
Interprète : Florence Tanzilli




Alphonse de Lamartine - (1790-1869)

Méditations poétiques


Le Soir

Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs
Le char de la nuit qui s'avance.

Vénus se lève à l'horizon ;
A mes pieds l'étoile amoureuse.
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre
J'entends frissonner les rameaux :
On dirait autour des tombeaux
Qu'on entend voltiger une ombre.

Tout à coup détaché des cieux,
Un rayon de l'astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d'un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu ?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme ?

Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère?
Les secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler?

Une secrète intelligence
T'adresse-t-elle aux malheureux ?
Viens-tu la nuit briller sur eux
Comme un rayon de l'espérance ?

Viens-tu dévoiler l'avenir
Au coeur fatigué qui t'implore ?
Rayon divin, es-tu l'aurore
Du jour qui ne doit pas finir ?

Mon coeur à ta clarté s'enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe à ceux qui ne sont plus
Douce lumière, es-tu leur âme ?

Peut-être ces mânes heureux
Glissent ainsi sur le bocage ?
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d'eux !

Ah ! si c'est vous, ombres chéries !
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.

Ramenez la paix et l'amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.

Venez !... mais des vapeurs funèbres
Montent des bords de l'horizon :
Elles voilent le doux rayon,
Et tout rentre dans les ténèbres.


Lamartine - Le Vallon

                Lamartine par Decaisne

Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Charles Gounod
Interprète : Florence Tanzilli




Alphonse de Lamartine - (1790-1869)

Méditations poétiques


Le Vallon

Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses voeux importuner le sort;
Prêtez-moi seulement, vallons de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.

D'ici je vois la vie, à travers un nuage,
S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé;
L'amour seul est resté: comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu'un voyageur, qui, le coeur plein d'espoir,
S'assied avant d'entrer aux portes de la ville,
Et respire un moment l'air embaumé du soir.

Tes jours, sombres et courts comme des jours d'automne,
Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux;
L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,
Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime;
Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours;
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.