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Albert Samain - Le sommeil de Canope


  Poème lyrique composé par Gustave Samazeuilh sur le texte d'Albert Samain
  Marcelle Bunlet, soprano - Orchestre National de la RTF, direction : Gaston Poulet

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Julian Banse
Composition : Charles Koechlin



Albert Samain (1858-1900)


Le sommeil de Canope

Accoudés sur la table et déjà noyés d’ombre,
Du haut de la terrasse à pic sur la mer sombre,
Les amants, écoutant l’éternelle rumeur,
Se taisent, recueillis devant le soir qui meurt.
Alcis songe, immobile et la tête penchée.
Canope avec lenteur de lui s’est rapprochée
Et, lasse, à son épaule a laissé doucement
Comme un fardeau trop lourd glisser son front charmant.
Tout s’emplit de silence... Au fond des cours lointaines
On entend plus distinct le sanglot des fontaines ;
Par endroits sur le port une lumière luit ;
Et l’étrange soupir qui monte vers la nuit,
Mystérieux aveu du coeur profond des choses,
Ce soir, se fait plus doux de passer sur les roses.
Alcis songe... Et la paix immense, la douceur
Nocturne, l’infinie et calme profondeur,
Le croissant et l’étoile, à sa base, qui tremble,
Et la mer murmurante, et cette enfant qui semble,
Avec son cou sur lui renversé sans effort,
Comme morte d’amour parmi ses cheveux d’or,
Tout l’exalte ! Une lente et solennelle ivresse
Semble élargir jusqu’aux étoiles sa tendresse !
Frémissant, il se penche et contemple un long temps
Le front uni voilé par les cheveux flottants,
Et la bouche de rose où luit l’émail des dents,
Et le beau sein qu’un rythme égal et lent soulève...
Des feuillages au loin bruissent... La nuit rêve...
Alcis, les yeux au ciel, avec un lent baiser
Sur la bouche a laissé son âme se poser ;
Et tout à coup son coeur semble en lui se briser !
Car il le sent, jamais, jamais plus dans sa vie,
Il ne retrouvera l’adorable accalmie,
La nuit et le silence, et cette mer amie,
Et ce baiser, dans l’ombre, à Canope endormie.



Du même auteur :
Accompagnement
Arpège
Il pleut des pétales de fleurs
Larmes
Le sommeil de Canope
Les colombes
Réveil
Soir
Soir païen
Ville morte

Edmond Haraucourt - Aux temps des Fées


      John Anster Fitzgerald - Le banquet des fées

Ecouter la version chantée
Interprétation : Juliane Banse
Composition : Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -



Edmond Haraucourt (1856-1941)


Aux temps des Fées

Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Sous des branches, parmi les rumeurs étouffées,
Sans rien savoir, sans croire à rien, libres et gais,
Nourris de clair de lune et buvant la rosée,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Aux temps des Fées.

Nous aurions su dormir sous deux feuills croisées
Chanter avec la source et rire avec le vent,
Nourris de clair de lune et buvant la rosée...
Suivre la libellule et la brise en maraude,
Chanter avec la source et rire avec le vent...

Peut-être Mab, un jour, nous eût changés en fleurs
Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées.



Du même auteur :
Aux temps des Fées
Dame du ciel
Pleine eau
Rondel de l'adieu
Shylock (Madrigal)

Edmond Haraucourt - Dame du ciel



Ecouter la version chantée
Interprétation : Juliane Banse
Composition : Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -



Edmond Haraucourt - (1856-1941)


Dame du ciel

Madame la Lune, en robe gris pâle,
Dans les velours bleus et les satins verts
De ses grands salons à plafond d'opale,
Reçoit les rimeurs de vers;

Et, roulant son front nimbé de topaze,
Parmi les cousins de nuages flous,
Elle écoute, avec une feinte extase,
Chanter son peuple de fous.

Nos regrets, nos voeux, nos bonheurs, nos peines,
Elle connaît tout depuis dix mille ans!
Pour guérir nos coeurs des tourments que sème
Le sourire froid des femmes, ses soeurs,
Elle orne gaîment son sourire de caressantes douceurs.

Puis, lorsque s'éteint le lustre d'étoiles
Qui scintille au loin dans le clair obscur,
Lente, elle s'en va dégrafer ses voiles
Sous ses courtines d'azur.

On croit qu'elle dort, lasse et solitaire,
Mais son char de nacre aux luisants essieux
L'emporte en fuyant autour de la Terre,
Et déjà, sous d'autres cieux,

Madame la Lune, en robe gris pâle,
Dans les velours bleus et les satins verts
De ses grands salons à plafond d'opale,
Reçoit les rimeurs de vers.



Du même auteur :
Aux temps des Fées
Dame du ciel
Pleine eau
Rondel de l'adieu
Shylock (Madrigal)

Edmond Haraucourt - Pleine eau


      Interprétation de Juliane Banse - Composition : Charles Koechlin

Ecouter la version chantée
Interprétation : Juliane Banse
Composition : Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -



Edmond Haraucourt (1856-1941)


Pleine eau

Rire au matin, courir dans l'ondoiement des herbes,
Croire à tout, secouer au ciel comme des gerbes
La rose floraison des gaîtés de vingt ans,
Être aimé de la vie et fleurir le Printemps,
Ebaucher un amour dès qu'un hiver s'achève;
Puis, au long bercement des barques, triomphant,
Eclabousser le fleuve avec des cris d'enfant;
Regarder le sillage ouvrir ses larges trames,
Faire chanter la mousse au choc brusque des rames,
Et, plus beau qu'un Dieu grec, plonger ses flancs nerveux
Dans l'eau verte qui fuit en léchant les cheveux;
Sentir, comme un toucher d'amantes inconnues,
Le frais baiser des flots glissant sur les chairs nues...
Descendre...
Et ce soir, loin, les pêcheurs trouveront,
Des nénuphars aux pieds et des algues au front,
Calme et serein, couché, blanc sur la vase brune,
Un corps froid qui sommeille en regardant la Lune...



Du même auteur :
Aux temps des Fées
Dame du ciel
Pleine eau
Rondel de l'adieu
Shylock (Madrigal)

Heredia - La prière du mort


        José-Maria de Heredia

Ecouter la version chantée
Interprétation de Juliane Banse
Composition de Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -



José-Maria de Heredia - (1842-1905)


La prière du mort

Arrête ! Ecoute-moi, voyageur. Si tes pas
Te portent vers Cypsèle et les rives de l'Hèbre,
Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il célèbre
Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.

Ma chair assassinée a servi de repas
Aux loups. Le reste gît en ce hallier funèbre.
Et l'Ombre errante aux bords que l'Érèbe enténèbre
S'indigne et pleure. Nul n'a vengé mon trépas.

Pars donc. Et si jamais, à l'heure où le jour tombe,
Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
Une femme au front blanc que voile un noir lambeau ;

Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes ;
C'est ma mère, Étranger, qui sur un vain tombeau
Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.



André Chénier - La jeune Tarentine


     André Chénier
Ecouter la version chantée
Interprétation : Juliane Banse
Composition : Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -



André Chénier - (1762-1794)

Poésies Antiques


La jeune Tarentine

Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez!

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine.
Une vaisseau la portait aux bords de Camarine
Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement,
Devaient la reconduire au seuil de son amant.

Une clef vigilante a, pour cette journée,
Dans le cèdre enfermé la robe d'hyménée,
Et l'or dont au festin ses bras seraient ornés
Et pour ses blonds cheveux, les parfums préparés...

Mais seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans ses toiles
L'enveloppe; étonnée et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine;
Son beau corps a roulé sous la vague marine;
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,
Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.

Par ses ordres bientôt les belles Néréides
L'élèvent au-dessus des demeures humides
Le portent au rivage, et dans ce monument
L'ont au cap de Zéphir déposé mollement;

Puis, de loin, à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et trainant un long deuil,
Répétèrent en choeur autour de son cercueil:

"Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée;
Tu n'as point revêtu la robe d'hyménée
L'or autour de tes bras, n'a point serré de noeuds;
Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux."

Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez!



Du même auteur :
La chanson des yeux
La jeune captive
La jeune Tarentine

Leconte de Lisle - Epiphanie


        Jeune fille avec marguerites - Pierre Auguste Renoir - 1889

Ecouter la version chantée
Interprétation de Juliane Banse
Composition de Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -




Leconte de Lisle - (1818-1894)

Poèmes tragiques


Épiphanie

Elle passe, tranquille, en un rêve divin,
Sur le bord du plus frais de tes lacs, ô Norvège !
Le sang rose et subtil qui dore son col fin
Est doux comme un rayon de l’aube sur la neige.

Au murmure indécis du frêne et du bouleau,
Dans l’étincellement et le charme de l’heure,
Elle va, reflétée au pâle azur de l’eau
Qu’un vol silencieux de papillons effleure.

Quand un souffle furtif glisse en ses cheveux blonds,
Une cendre ineffable inonde son épaule;
Et, de leur transparence argentant leurs cils longs,
Ses yeux ont la couleur des belles nuits du Pôle.

Purs d’ombre et de désir, n’ayant rien espéré
Du monde périssable où rien d’ailé ne reste,
Jamais ils n’ont souri, jamais ils n’ont pleuré,
Ces yeux calmes ouverts sur l’horizon céleste.

Et le Gardien pensif du mystique oranger
Des balcons de l’Aurore éternelle se penche,
Et regarde passer ce fantôme léger
Dans les plis de sa robe immortellement blanche.


Sully Prudhomme - Déclin d'amour


    Saule et nymphéas au jardin de Claude Monet à Giverny
    Photo Alain Delavie


Ecouter la version chantée
Interprétation : Juliane Banse
Composition : Charles Koechlin
- Diffusé par DEEZER -




René-François Sully Prudhomme - (1839-1907)


Déclin d'amour

Dans le mortel soupir de l'automne, qui frôle
Au bord du lac les joncs frileux,
Passe un murmure éteint : C'est l'eau triste et le saule
Qui se parlent entre eux.

Le saule : » Je languis, vois! ma verdure tombe
Et jonche ton cristal glacé ;
Toi qui fus la compagne, aujourd'hui sois la tombe
De mon printemps passé.«

Il dit : » La feuille glisse et va remplire l'eau brune.
L'eau répond : » Ô mon pâle amant,
Ne laisse pas ainsi tomber une par une
Tes feuilles lentement ;

» Ce baiser me fait mal, autant, je te l'assure,
Que le coup des avirons lourds ;
Le frisson qu'il me donne est comme une blessure
Qui s'élargit toujours.

» Ce n'est qu'un point d'abord, puis un cercle qui tremble
Et qui grandit multiplié ;
Et les fleurs de mes bords sentent toutes ensemble
Un sanglot à leur pied.

» Que ce tressaillement rare et long me tourmente!
Pourquoi m'oublier peu à peu ?
Secoue en une fois, cruel, sur ton amante
Tes baisers d'adieu! «