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Cadou - Etrange douceur


                         Compositeur : Daniel Pottet - Interprète : Gilles Servat

Ecouter sur DEEZER
omposé et interprété
par : Philippe forcioli
Ecouter sur DEEZER
omposé et interprété
par : Michèle Bernard




René Guy Cadou - (1920-1951)


Etrange douceur

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s'est mis à chanter
Des fleurs naissent, c'est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L'églantine que l'on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge aux cailloux d'argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L'air est plein de paille sèche
De houblons et de sommeil
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C'est le toit qui se soulève
Semant d'astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premier fruit de la saison

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s'est mis à chanter
Des fleurs naissent, c'est peut-être
Que mon corps est enchanté




                         Composé et interprété par Martine Caplanne


Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Louisfert


                         Paysage de Louisfert (Loire-Atlantique)

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Morice Benin
Composition : Philippe Forcioli




René Guy Cadou - (1920-1951)


Louisfert

Pieds nus dans la campagne bleue, comme un Bon père
Qui tient sa mule par le cou et qui dit des prières

Je vais je ne sais rien de ma vie je vais
Au bout de tout sans me soucier du temps qu'il fait
Les gens d'aujourd'hui sont comme des orchidées
Drôle de tête et les deux mains cadenassées

Je marche dans le jour épais d'avant midi
Pauvre fils de garce qui n'en a pas fini
De mener ses chevaux sur la route sans ombre
Qui a grand'hâte et soif et ne salue personne

Car j'aime ce village emmuré de forêts
Et ses très vieilles gens comme des pots de grès
Qui tendent leur oreille aux carrefours des routes
Avec des mouvements qui font croire qu'ils doutent

J'ai choisi mon pays à des lieues de la ville
Pour ses nids sous le toit et ses volubilis
Je vais loin dans le ciel et dans la nuit des temps
Je marche les pieds nus comme un petit enfant.

1e juillet 1948



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - L'alphabet de la mort


                Musique guitare et chant : Guy Oudenot

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marc Robine
Composition : Hélène Triomphe




René Guy Cadou - (1920-1951)

Bruits du coeur (1941)


L'alphabet de la mort

O mort parle plus bas on pourrait nous entendre
Approche-toi encore et parle avec les doigts
Le geste que tu fais dénoue les liens de cendres
Et ces larmes qui font la force de ma voix

Je te reconnais bien. C'est ton même langage
Les mains que tu croisais sur le front de mon père
Pour toi j'ai délaissé les riches équipages
Et les grands chemins bleus sur le versant des mers.

Nous allons enlacés dans les brumes d'automne
Au fond des rues éteintes où tourne le poignard
Et jusqu'aux étangs noirs où ne viendra personne
O mort pressons le pas le ciel est en retard

C'est à tous les amis que j'offre ma poitrine
A tous ceux qui font l'air et la bonne chaleur
Après ça laissez-moi rouler sous les collines
L'ombre des animaux ne m'a jamais fait peur.

Flamme qui me retiens je souffle ta lumière
Et ces joues colorées qui rallument ma faim
Je glisse lentement. c'est assez douces pierres
Soulevez mes poumons que je respire enfin

Telle tu m'apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

René Guy Cadou - Anthologie


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Hélène Martin




René Guy Cadou - (1920-1951)


Anthologie

Max Jacob ta rue et ta place
Pour lorgner les voisins d’en face !

Éluard le square ensoleillé
Un bouquet de givre à ses pieds !

Jouve ! c’est mieux que Monsieur Nietzsche
Une effraie étudiant la niche

Léon-Paul Fargue ! La musique
D’un triste fiacre mécanique !

Blaise Cendrars ! Apollinaire !
Le bateau qui prend feu en mer

Reverdy ! la percée nouvelle
Les éléments comme voyelles !

Le remue-ménage cosmique
De Saint-Pol-Roux-le-Magnifique !

Boulevard Jules Supervielle
Noë la Fable et les gazelles !

Vladislas de Lubics-Milosz
Les clefs de Witold dans sa poche !

Le chemin creux de Francis Jammes
On y voit l’âne on y voit l’âme !

Aragon la ruelle à chansons
Et les yeux d’Elsa tout au fond !

Cocteau la neige la roulotte
L’Ange amer qui se déculotte !

Paul Claudel ! filleul de Rimbaud
Cinq grandes odes cent gros mots !

Mais aussi mon Serge Essénine
Ce voyou qui s’assassina

Et la grande ombre de Lorca
Sous la pluie rouge des glycines !

À qui s’en prendre désormais
Pour célébrer le mois de mai ?



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Les chevaux de l’amour



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marc Robine
Composition : Hélène Triomphe




René Guy Cadou - (1920-1951)


Les chevaux de l’amour

Les chevaux de l'amour me parlent de rencontres
Qu'ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D'un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n'attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n'être
Qu'une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m'apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Hélène


    Hélène Cadou - Photo (c) André-Paul Jacques
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Morice Benin




René Guy Cadou - (1920-1951)


Hélène

Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule a fait son nid

Tu es de tous les jours
L'inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sont des barques errantes
À ce front transparent
On reconnaît l'été
Et lorsqu'il suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent

Sans t'avoir jamais vue
Je t'appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s'ouvrait
Recréait ton visage
Et tu étais l'auberge
Aux portes des villages.



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Automne


Ecouter la version chantée
Interprétation : Michèle Bernard
Composition : Michèle Bernard
- Diffusé par DEEZER -



René Guy Cadou - (1920-1951)


Automne

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
A sept ans comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

O temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.





        La version de James Ollivier


Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

René Guy Cadou - L'aventure marine


    Compositeurs : Bernard Grosmolard et Gilles Servat - Interprète : Gilles Servat

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Morice Bénin



René Guy Cadou (1920-1951)


L'aventure marine

Sur la plage où naissent les mondes
Et l’hirondelle au vol marin
Il revenait chaque matin
Les yeux brûlés de sciure blonde
Son coeur épanoui dans ses mains

Il parlait seul. Son beau visage
Ruisselait d’algues. L’horizon
Le roulait dans ses frondaisons
D’étoiles et d’oeillets sauvages
Amour trop fort pour sa raison

« Soleil, disait-il, que l’écume
Soit mon abeille au pesant d’or
Je prends la mer et je m’endors
Dans la corbeille de ses plumes
Loin des amis restés au port

Ah que m’importent ces auberges
Et leurs gouttières de sang noir
Les rendez-vous du désespoir
Dans les hôtels meublés des berges
Où les filles font peine à voir

J’ai préféré aux équipages
Le blanc cheval de la marée
Et les cadavres constellés
Qui s’acheminent vers le large
À tous ces sourires navrés

La mort s’en va le long des routes
Parfume l’herbe sur les champs
Il fait meilleur dans le couchant
Parmi les anges qui écoutent
Les coraux se joindre en tremblant »

Il disait encor maintes choses
Où de grands cris d’oiseaux passaient
Et des feux rouges s’allumaient
Sur sa gorge comme les roses
Dans les premiers matins de mai

On vit s’ouvrir les portes claires
Les sémaphores s’envoler
Et des ruisseaux de lait couler
Vers les étables de la terre
D’où l’homme s’en était allé

Ébloui par tant de lumière
Il allait regardant parfois
La fumée courte sur le toit
L’épaule ronde des chaumières
Sans regretter son autrefois

Car il portait sur sa poitrine
Les tatouages de son destin
Qui disent « Soleil et bon grain »
À tous les hommes qui devinent
L’éternité dans l’air marin.



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Les femmes d'Ouessant


        Composé et interprété par Manu Lann Huel

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Martine Caplanne



René Guy Cadou (1920-1951)


Les femmes d'Ouessant

Un soir de pauvreté comme il en est encore
Dans les rapports de mer et les hôtels meublés
Il arrive qu'on pense à des femmes capables
De vous grandir en un instant de vous lancer
Par-dessus le feston doré des balustrades
Vers un monde de rocs et de vaisseaux hantés
Les filles de la pluie sont douces si je hèle
A travers un brouillard infiniment glacé
Leur corps qui se refuse et la noire dentelle
Qui pend de leurs cheveux comme un oiseau blessé
Nous ne dormirons pas dans des chambres offertes
A la complicité nocturne des amants
Nous avons en commun dans les cryptes d'eau verte
Le hamac déchiré du même bâtiment
Et nous veillons sur nous comme on voit les pleureuses
Dans le temps d'un amour vêtu de cécité
A genoux dans la gloire obscure des veilleuses
Réchauffer de leurs mains le front prédestiné



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Les maisons du destin


        Photo : irakfilsdabel.wordpress.com

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Marc Robine



René Guy Cadou (1920-1951)


Les maisons du destin

Il y a des maisons dont je n'approche guère
Que par un mouvement timide de la main
Comme s'il s'agissait d'un cheval de barrière
Habitué à des caresses de forain

Des maisons qui n'ont rien pour elles que des portes
Toujours béantes sur la tartine d'un enfant
Et des étages aux lingeries désespérantes
Que ne parvient à regonfler un maigre vent

J'écoute avant d'entrer le bruissement de pierre
Que font au bord du ciel ces maisons du destin
La pluie d'avril ne chante pas dans les gouttières
Bouchées par un caillot de sang gros comme un poing

Une femme en cheveux qui n'a que sa tristesse
Au-dessus de la rue penche pour y tomber
Le ciel vacille avec des lueurs de lampe à graisse
Très loin parmi de hautes cheminées

Et je monte en tremblant une marche après l'autre
Ainsi qu'un affamé domestique sa faim
Ce soir j'ai du salpêtre sous les côtes
Eblouissant comme une étoile de chagrin

Et je veille avec vous cette ville dormeuse
Enroulée mollement dans la fumée des trains
Tandis que sous le front glacé d'une veilleuse
S'insinue un peu plus de désespoir humain.



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Je t'attendais...



Ecouter la version chantée
Interprétation : Michèle Bernard
Composition : Michèle Bernard
- Diffusé par DEEZER -



René Guy Cadou (1920-1951)


Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires

Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Le temps des villas vides


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marc Robine
Composition : Hélène Triomphe et Marc Robine



René Guy Cadou (1920-1951)


Le temps des villas vides

Autour de la maison il n’y a que du sable
Des paupières de sable un silence de sable
Le souvenir d’un pas qui traîne dans l’allée
Un pas tremblant comme une anémone de mer

Et malgré les sapins c’est comme au bord des villes
La nuit venue un cimetière d’automobiles
Le cœur monte une carrosserie démodée
C’est aujourd’hui et c’est une autre année

Un temps trop court un temps mouillé de brumes douces
Une horloge qui bat à petites secousses
Comme un chat maigre boit une tasse de lait
Une vague soudain fait sauter les volets
Les jette sur les flots, gonflés comme des barques
Dans chacune il y a un enfant qui me nargue



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Chambre d'hiver

     Pierre Bonnard - La fenêtre ouverte 1921 - Collection Phillips

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Michèle Bernard



René Guy Cadou (1920-1951)


Chambre d'hiver

Des milles chambres où j'ai vécu
La plus belle était un violon
Le manteau de la cheminée
Cachait une âme disparue

Sous le vieux cèdre de la lampe
Après une longue journée
Je m'attardais j'avais des craintes
Pour la suite des années

Mais soudain la lumière éteinte
Quelle est cette voix inouïe
Comme un fruit de coloquinte
Qui éclate dans la nuit?

Est-ce un enfant qu'on pourchasse
Dans la rue à coup de fouet
Un cirque fantôme qui passe
Trombonant sur les marais

C'est la corde du coeur qui casse
Et tout ce qui vient après
N'est que la plainte en surface
D'un amour qui se défait.



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - La fleur rouge

     Guy et Hélène Cadou - Photo Presse-Océan

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Marc Robine
Composition : Hélène Triomphe

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété par Jacques Douai
sous le titre "Son visage"



René Guy Cadou (1920-1951)


La fleur rouge

A la place du ciel
Je mettrai son visage
Les oiseaux ne seront
Même pas étonnés

Et le jour se levant
Très haut dans ses prunelles
On dira "le printemps
Est plus tôt cette année"

Beaux yeux belle saison
Viviers de lampes claires
Jardins qui reculez
Sans cesse l'horizon

On fait déjà les foins
Le long de ses paupières
Les animaux peureux
Viennent à la maison

Je n'ai jamais reçu
Tant d'amis à ma table
Il en vient chaque jour
De nouvelles étables

L'un apportant sa faim
Un autre la douleur
Nous partageons le peu
Qui reste tous en choeur

Qu'un enfant attardé
Passe la porte ouverte
Et devinant la joie
Demande à me parler

Pour le mener vers moi
Deux mains se sont offertes
Si bien qu'il a déjà
Plus qu'il ne désirait

La chambre est encombrée
De rivières sauvages
Dans le foyer s'envole
Une épaisse forêt

Et la route qui tient
En laisse les villages
Traîne sa meute d'or
Jusque sous les volets

Tous les fruits merveilleux
Tintent sur son épaule
Son sang est sur ma bouche
Une flûte enchantée

Je lui donne le nom
De ma première enfance
De la première fleur
Et du premier été

A la place du ciel
Je mettrai son visage
Les oiseaux ne seront
Même pas étonnés

Et le jour se levant
Très haut dans ses prunelles
On dira "le printemps
Est plus tôt cette année"

Beaux yeux belle saison
Viviers de lampes claires
Jardins qui reculez
Sans cesse l'horizon

On fait déjà les foins
Le long de ses paupières
Les animaux peureux
Viennent à la maison



Du même auteur :
Anthologie
Automne
Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
L'alphabet de la mort
L'aventure marine
La fleur rouge
Le temps des villas vides
Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

Cadou - Lettre à des amis perdus


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Julos Beaucarne



René Guy Cadou (1920-1951)


Lettre à des amis perdus

Vous étiez là je vous tenais
Comme un miroir entre mes mains
La vague et le soleil de Juin
Ont englouti votre visage

Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d'eux n'est revenu
Je continue à vous écrire

Tout le mois d'aout s'est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j'ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez

Maintenant j'ai peur de l'automne
Et des soirées d'hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups

Venez donc car je vous appelle
Avec tous les mots d'autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j'ai des trous noirs dans les ailes



Du même auteur :
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Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
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La fleur rouge
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Les chevaux de l'amour
Les femmes d'Ouessant
Les maisons du destin
Lettre à des amis perdus
Louisfert
Testament

René Guy Cadou - Testament

                        René Guy Cadou




René Guy Cadou - (1920-1951)


Testament

Dans le temps de ma vie
Je vous ai tout donné.
Sur mes mains, sur mon sang,
Je vous ai promené.

Pour vous plaire, j'ai dû
Me soulever du monde,
Eloigner mes poumons
Des cryptes enfumées,

Reprendre au jour nouveau
Son butin de solfège,
Et ses vitraux couverts
De graffiti, de neige

Peu d'années ont suffi
Pour voiler mon regard.
J'ai pâli, j'ai vieilli,
Mon coeur a fait sa part.

Dans la mansarde bleue
Qui me gardait des branches
J'ai vu mon front s'ouvrir
Sous une étoile blanche.

Que voulez-vous de moi,
Maintenant que je n'ai
Pas même, pour saluer,
La grâce des poneys?

Dans le cirque des mots
J'ai trop fait de voltige,
Trop d'oiseaux sont venus
S'appuyer à ma tige.

Je ne puis rien pour vous,
Pas même vous soumettre
A la lumière, au vent,
Au dernier kilomètre.





                        Composé et interprété par Marc Robine


Du même auteur :
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Chambre d'hiver
Etrange douceur
Hélène
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
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Testament