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Desnos - Le dernier poème


        Yvonne Georges a sans doute inspiré ce poème

Ecouter la version chantée
Compositeur : Claude Rolland
Interprète : Marianne Oswald
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Compositeur : Francis Poulenc
Interprète : Frank Leguérinel
- Diffusé par DEEZER -



Robert Desnos - (1900-1945)


Le dernier poème

J’ai rêvé tellement fort de toi
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.



Ecouter la version chantée
Compositeur : Francis Poulenc
Interprète : Philippe Cantor
- Diffusé par DEEZER -

Hugo - Sérénade de Ruy Blas


        Emmanuel Chabrier

Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Camille Saint-Saëns
Interprète : Anne-Marie Rodde
Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Emmanuel Chabrier
Interprète : Renée Doria




Victor Hugo - (1802-1885)


Sérénade de Ruy Blas

À quoi bon entendre
Les oiseaux des bois?
L'oiseau le plus tendre
Chante dans ta voix.

Que Dieu montre ou voile
Les astres des cieux!
La plus pure étoile
Brille dans tes yeux.

Qu'avril renouvelle
Le jardin en fleur!
La fleur la plus belle
Fleurit dans ton coeur.

Cet oiseau de flamme,
Cet astre du jour,
Cette fleur de l'âme,
S'appelle l'amour!



Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Emmanuel Chabrier
Interprète : Franck Leguérinel

Edmond Rostand - Pastorale des cochons roses


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Franck Leguerinel
Composition : Emmanuel Chabrier
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Suzanne Danco
Composition : Emmanuel Chabrier



Edmond Rostand (1868-1918)


Pastorale des cochons roses

Le jour s'annonce à l'Orient,
De pourpre se coloriant,
Le doigt du matin souriant
Ouvre les roses !
Et sous la garde d'un gamin
Qui tient une gaule à la main,
On voit passer sur le chemin
Les cochons roses.

Le rose rare au ton charmant
Qu'à l'horizon, en ce moment,
Là-bas, au bord du firmament
On voit s'étendre,
Ne réjouit pas tant les yeux,
N'est pas si frais et si joyeux
Que celui des cochons soyeux
D'un rose tendre !

Le zéphir, ce doux maraudeur,
Porte plus d'un parfum rôdeur
Et dans la matinale odeur
Des églantines,
Les petits cochons transportés
Ont d'exquises vivacités
Et d'insouciantes gaietés
Presqu'enfantines ;

Heureux, poussant de petits cris,
Ils vont par les sentiers fleuris
Et ce sont des jeux et des ris
Remplis de grâces ;
Ils vont, et tous ces corps charnus
Sont si roses qu'ils semblent nus
Comme ceux d'amours ingénus
Aux formes grasses.

Des points oirs dans ce rose clair
Semblant des truffes dans leur chair,
Leur donnent vaguement un air
De galantine;
Et leur petit trottinement,
A cette graisse, incessamment,
Communique un tremblotement
De gélatine.

Le long du ruisseau floflottant,
Ils suivent tout en ronflotant
La blouse au large dos flottant
De toile bleue, ils trottent
Les petits cochons,
Les gorets gras et folichons,
Remuant les tire-bouchons
Que fait leur queue !

Puis, quand les champs sans papillons
Exhaleront de leurs sillons
Les plaintes douces des grillons
Toujours pareilles,
Les cochons rentrant au bercail
Défileront sous le portail
Agitant le double éventail
De leurs oreilles ;

Et quand là-bas, à l'Occident,
Croulera le soleil ardent,
A l'heure où le soir descendant
Ferme les roses,
Paisiblement couchés en rond,
Près de l'auge couleur marron,
Bien repus ils s'endormiront,
Les cochons roses !



Du même auteur :
Ballade des gros dindons
La princesse
Ode à la musique
Pastorale des cochons roses
Souvenir vague ou les parenthèses
Toutes les fleurs

Jules Renard - Le martin-pêcheur


Ecouter la version chantée
Interprétation : Franck Leguérinel
Composition : Maurice Ravel
- Diffusé par DEEZER -



Jules Renard - (1864-1910) - Histoires naturelles


Le martin-pêcheur

Ça n'a pas mordu, ce soir,
mais je rapporte une rare émotion.

Comme je tenais ma perche de ligne tendue,
un martin-pêcheur est venu s'y poser.

Nous n'avons pas d'oiseau plus éclatant.
Il semblait une grosse fleur bleue
au bout d'une longue tige.
La perche pliait sous le poids.
Je ne respirais plus, tout fier d'être pris
pour un arbre par un martin-pêcheur.

Et je suis sûr qu'il ne s'est pas envolé de peur,
mais qu'il a cru qu'il ne faisait que passer
d'une branche à une autre.


Catulle Mendès - Lied


Ecouter la version chantée
Interprétation : Franck Leguerinel
Composition : Emmanuel Chabrier
- Diffusé par DEEZER -



Catulle Mendès - (1841-1909)


Lied

Nez au vent, coeur plein d'aise,
Berthe emplit, fraise à fraise,
Dans le bois printanier
Son frais panier.

Les déesses de marbre
La regardent sous l'arbre
D'un air plein de douceur,
Comme une soeur,

Et dans de folles rixes
Passe l'essaim des Nixes
Et des Elfes badins
Et des Ondins.

Un Elfe dit à Berthe:
"Là-bas, sous l'ombre verte,
Il est dans les sentiers
De beaux fraisiers."

Un Elfe à la moustache
Très fine et l'air bravache
D'un reître ou d'un varlet
Quand il lui plaît...

"Conduisez-moi," dit Berthe,
"Là-bas... sous l'ombre verte,
Où sont dans les sentiers
Les beaux fraisiers!"

Leste comme une chèvre,
Berthe courait: "Ta lèvre
Est un fraisier charmant,"
Reprit l'amant.

"Le baiser, fraise rose,
Donne à la bouche éclose
Qui le laisse saisir,
Un doux plaisir!"

"S'il est ainsi," dit Berthe,
"Laissons sous l'ombre verte
En paix, dans les sentiers,
Les beaux fraisiers!"



Du même auteur :
Chanson pour Jeanne
Dans la forêt de septembre
L'abandonnée
La fleur qui va sur l'eau
La lettre
Le souvenir d'avoir chanté
Lied

Jules Renard - Le cygne


Ecouter la version chantée
Interprétation : Franck Leguérinel
Composition : Maurice Ravel
- Diffusé par DEEZER -



Jules Renard - (1864-1910) - Histoires naturelles


Le cygne

Il glisse sur le bassin, comme un traîneau blanc,
de nuage en nuage. Car il n'a faim que des nuages floconneux
qu'il voit naître, bouger, et se perdre dans l'eau.

C'est l'un d'eux qu'il désire. Il le vise du bec,
et il plonge tout à coup son col vêtu de neige.

Puis, tel un bras de femme sort d'une manche, il le retire.

Il n'a rien.

Il regarde : les nuages effarouchés ont disparu.

Il ne reste qu'un instant désabusé,
car les nuages tardent peu à revenir, et,
là-bas, où meurent les ondulations de l'eau,
en voici un qui se reforme.

Doucement, sur son léger coussin de plumes,
le cygne rame et s'approche...

Il s'épuise à pêcher de vains reflets,
et peut-être qu'il mourra, victime de cette illusion,
avant d'attraper un seul morceau de nuage.

Mais qu'est-ce que je dis ?

Chaque fois qu'il plonge, il fouille du bec
la vase nourrissante et ramène un ver.

Il engraisse comme une oie.


Hugo - Sommation irrespectueuse


        Berthe Morisot - Jeune femme de dos à sa toilette
Ecouter la version chantée
Interprétation : Franck Leguérinel
Composition Emmanuel Chabrier
- Diffusé par DEEZER -




Victor Hugo - (1802-1885)


Sommation irrespectueuse

Rire étant si jolie,
C'est mal. Ô trahison
D'inspirer la folie,
En gardant la raison !

Rire étant si charmante !
C'est coupable, à côté
Des rêves qu'on augmente
Par son trop de beauté.

Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C'est qu'à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,

Qu'avril commence à luire,
Que la mer s'aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.

Belle aux chansons naïves,
J'admets peu qu'on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le coeur très froid.

Quand on est si bien faite,
On devrait se cacher.
Un amant qu'on rejette,
À quoi bon l'ébaucher ?

On se lasse, ô coquette,
D'être toujours tremblant,
Vous êtes la raquette,
Et je suis le volant.

Le coq battant de l'aile,
Maître en son pachalick,
Nous prévient qu'une belle
Est un danger public.

Il a raison. J'estime
Qu'en leur gloire isolés,
Deux beaux yeux sont un crime,
Allumez, mais brûlez.

...

Craindre ceux qu'on captive !
Nous fuir et nous lier !
Être la sensitive
Et le mancenillier !

C'est trop. Aimez, madame.
Quoi donc ! quoi ! mon souhait
Où j'ai tout mis, mon âme
Et mes rêves, me hait !

L'amour nous vise. Certes,
Notre effroi peut crier,
Mais rien ne déconcerte
Cet arbalétrier.

Sachez donc, ô rebelle,
Que souvent, trop vainqueur,
Le regard d'une belle
Ricoche sur son coeur.

Vous pouvez être sûre
Qu'un jour vous vous ferez
Vous-même une blessure
Que vous adorerez.

Vous connaîtrez l'extase
Voisine du péché,
Et que l'âme est un vase
Toujours un peu penché.

Vous saurez, attendrie,
Le charme de l'instant
Terrible, où l'on s'écrie :
Ah ! vous m'en direz tant !

Vous saurez, vous qu'on gâte,
Le destin tel qu'il est,
Les pleurs, l'ombre, et la hâte
De cacher un billet.

Oui, - pourquoi tant remettre ? -
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d'une lettre
Que tiédit le corset.

Vous riez ! Votre joie
À Tout préfère Rien.
En vain l'aube rougeoie,
En vain l'air chante. Eh bien,

Je ris aussi ! Tout passe.
Ô muse, allons-nous-en.
J'aperçois l'humble grâce
D'un toit de paysan ;

L'arbre, libre volière,
Est plein d'heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendant d'oreilles
Deux cerises des bois.


Banville - Inviolata


                Statue de Théodore de Banville à Moulins

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Franck Leguérinel
Composition de Emmanuel Chabrier




Théodore de Banville - (1823-1891)


Inviolata

Avec ces traits harmonieux, pareils
À ceux des Nymphes pures,
Et ce teint rose et ces anneaux vermeils
Entre les chevelures,

Avec les noirs sourcils et les grands cils
Dont l’ombre solennelle
Se joue, orgueil de tes regards subtils,
Sur ta vague prunelle,

Ta beauté, lys exalté, vêtement
Joyeux, que rien n’offense,
Garde, malgré l’épanouissement,
Comme un duvet d’enfance.

Telle Artémis éveille les chasseurs
Dans la forêt sonore
Et parmi nous tu n’as pas d’autres soeurs
Que la neige et l’aurore.

Pareille aux Dieux, dont le généreux flanc,
Qu’un parfum rassasie,
Sentait courir sous la chair, non du sang,
Mais un flot d’ambroisie,

On voit frémir un rayon embaumé
Sur ton sein d’héroïne,
Et l’on sent bien que ton corps est formé
D’une essence divine.

Comme Cypris, qui porte un ciel d’amour
Dans son âme étoilée,
Et qui, malgré ses délires d’un jour,
Demeure inviolée,

Cruelle et rose et répandant l’effroi,
Femme au front de Déesse,
Tu sais que rien ne peut faner en toi
L’immortelle jeunesse.

Tu vois nos maux d’un oeil indifférent,
Car tes attraits insignes
Sont invaincus plus que l’eau du torrent
Et la plume des cygnes ;

Et tant d’amours, hélas ! faits pour flétrir
Leur fraîcheur matinale,
Ô mon trésor, n’ont pas pu défleurir
Ta grâce virginale.