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Gaston Couté - La paysanne


                                                        Gaston Couté
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Gerard Pierron
Composition : Emmanuel Bex




Gaston Couté - (1880-1911)


La paysanne

Une Marseillaise paysanne, anticléricale,
antimilitariste, anticapitaliste...


Paysans dont la simple histoire
Chante en nos coeurs et nos cerveaux
L'exquise douceur de la Loire
Et la bonté des vins nouveaux,
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?...

En route! Allons les gâs ! Jetons nos vieux sabots
Marchons,
Marchons,
En des sillons plus larges et plus beaux !


A la clarté des soirs sans voiles,
Regardons en face les cieux ;
Cimetière fleuri d'étoiles
Où nous enterrerons les dieux.
Car il faudra qu'on les enterre
Ces dieux féroces et maudits
Qui, sous espoir de Paradis,
Firent de l'enfer sur la « Terre » !...

Ne déversons plus l'anathème
En gestes grotesques et fous.
Sur tous ceux qui disent : « Je t'aime »
Dans un autre patois que nous ;
Et méprisons la gloire immonde
Des héros couverts de lauriers :
Ces assassins, ces flibustiers
Qui terrorisèrent le monde !

Plus de morales hypocrites
Dont les barrières, chaque jour,
Dans le sentier des marguerites,
Arrêtent les pas de l'amour !...
Et que la fille-mère quitte
Ce maintien de honte et de deuil
Pour étaler avec orgueil
Son ventre où l'avenir palpite !...

Semons nos blés, soignons nos souches !
Que l'or nourricier du soleil
Emplisse pour toutes nos bouches
L'épi blond, le raisin vermeil !...
Et, seule guerre nécessaire
Faisons la guerre au Capital,
Puisque son Or : soleil du mal,
Ne fait germer que la misère.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Le p'tit crème
Composition : Le p'tit crème

Gaston Couté - Chanson de braconnier


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Gerard Pierron
Composition : Emmanuel Bex




Gaston Couté - (1880-1911)


Chanson de Braconnier

Pour tous les bougres qui braconnent
Dedans la Sologne aux bourgeois
Ça n'est pas quand la lune donne
Qu'il faut aller au bois :
Sous les sapinières profondes
On rampe dans le noir.
- J'aime la Françoise qu'est blonde
Faut pas voir tout en noir.

Par la nuit de poix et d'angoisse
Quand on rentre, le carnier plein,
Coucher auprès de sa Françoise,
Le garde au châtelain :
Ce chien vendu qui fait sa ronde
Vous happe dans le noir.
- J'aime la Françoise qu'est blonde
Faut pas voir tout en noir...

Lors, même le jour devient sombre,
Car les juges, ces salopins,
Vous foutent des six mois à l'ombre
Pour trois méchants lapins.
En prison, le coeur pleure et gronde
Seul ! tout seul dans le noir.
- J'aime la Françoise qu'est blonde !
Faut pas voir tout en noir.

J'ai fait ça que je vous raconte
En retournant vers mes amours
Un soir où j'ai réglé le compte
D'un garde d'alentour
Le sang faisait des flaques rondes...
C'était rouge, et puis noir.
- J'aime la Françoise qu'est blonde
Faut pas voir tout en noir.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Le p'tit crème
Composition : Le p'tit crème

Gaston Couté - Les oies inquiètes


        Gérard Pierron enregistré au théâtre d'Ivry

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Gérard Pierron
Composition : Gérard Pierron




Gaston Couté - (1880-1911)


Les oies inquiètes

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s'amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge son cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes...

Noël ! Noël !
Noël ! Noël !
Est-ce au ciel, neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d'oie
Qui vole.

Leur petit oeil rond hébété
A beau s'ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D'où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d'effroi,
Qu'il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
- Papillons de l'Hiver qui trônent
Comme des présages cruels -
S'agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L'heure n'est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

De grands cris montent parmi
L'aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu'aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.


Couté - Le vieux trouvère


                              Composé et interprété par Gaël Liardon

Une autre version
Interprétation : Gérard Pierron
Composition : Gérard Pierron
- Diffusé par DEEZER -





Gaston Couté - (1880-1911)


Le vieux trouvère

Dans ce temps-là, je n'avais rien,
Rien du tout dans mon escarcelle,
Et ma lyre était tout mon bien ;
Dans ce temps-là je n'avais rien
Que de grands trous à mon pourpoint
Et le cœur de ma damoiselle.
Dans ce temps-là je n'avais rien,
Rien du tout dans mon escarcelle.

J'allais chanter dans les manoirs
La geste du vieux Charlemagne,
Et, gueux d'argent, riche d'espoirs,
J'allais chanter dans les manoirs
Devant les dames aux yeux noirs
Dont les barons faisaient compagne.
J'allais chanter dans les manoirs
La geste du vieux Charlemagne.

On m'aimait... j'étais adoré
Car j'avais ce qu'il faut pour plaire :
Le regard vif, l'air déluré ;
On m'aimait... j'étais adoré
Et m'étais toujours figuré
Qu'on vivait d'amour et d'eau claire.
On m'aimait... j'étais adoré
Car j'avais ce qu'il faut pour plaire.

Je payais souvent un baiser
D'un rondel ou d'une ballade
Lorsqu'on voulait bien me laisser,
Je payais souvent un baiser
Comme ça, sans jamais toucher
A ma bourse toujours malade,
Je payais souvent un baiser
D'un rondel ou d'une ballade.

Quand ma toute belle voulait
Un collier d'or aux lueurs folles
Pour entourer son cou fluet,
Quand ma toute belle voulait !...
Je lui faisais un chapelet
D'éblouissantes lucioles,
Quand ma toute belle voulait
Un collier d'or aux lueurs folles.

L'avenir était devant moi
Comme un jardin couvert de roses
Et, plus riant que pour un roi,
L'avenir était devant moi...
Mais, maintenant, au vieux beffroi
Vont sonner mes heures moroses.
L'avenir était devant moi
Comme un jardin couvert de roses.

Riche et vieux !... las ! m'ont dit adieu
Jeune pastoure et gente dame
Que mes cheveux blancs tentaient peu.
Riche et vieux !... las ! m'ont dit adieu
Car je n'attends qu'un mot de Dieu
Pour voir, vers lui, voler mon âme.
Riche et vieux !... las ! m'ont dit adieu
Jeune pastoure et gente dame !...


Couté - Les cailloux


      Composé et interprété par Gérard Pierron




Gaston Couté - (1880-1911)


Les cailloux

Lorsque nous passions sur le bord du fleuve
Au temps où l'Amour murmurait pour nous
Sa chanson si frêle encore et si neuve,
Et si douce alors en les soirs si doux
Sans songer à rien, trouvant ça très drôle,
De la berge en fleurs où mourait le flot,
Comme des gamins au sortir d'école,
Nous jetions tous deux des cailloux dans l'eau.

Mais j'ai vite appris le couplet qui pleure
Dans la chanson douce en les soirs si doux
Et connu le trouble angoissant de l'heure
Quand tu ne vins plus à mes rendez-vous ;
En vain vers ton cœur monta ma prière
Que lui murmurait mon cœur en sanglots
Car ton cœur était dur comme une pierre
Comme les cailloux qu'on jetait à l'eau.

Je suis revenu sur le bord du fleuve,
Et la berge en fleurs qui nous vit tous deux
Me voit seul, meurtri, plié sous l'épreuve,
Gravir son chemin de croix douloureux.
Et, me souvenant des clairs soirs de joie
Où nos cailloux blancs roulaient dans le flot,
Je songe que c'est ton cœur que je noie
A chaque caillou que je jette à l'eau.


Couté - Le patois de chez nous


    La Beauce de Couté n'est pas celle des grandes fermes

Ecouter la version chantée
Interprétation : Gérard Pierron
Composition : Gérard Pierron
- Diffusé par DEEZER -




Gaston Couté - (1880-1911)


Le patois de chez nous

Dans mon pays, dès ma naissance
Les premiers mots que j´entendis
Au travers de mon innocence
Semblaient venir du paradis
C´était ma mère, tout heureuse,
Qui me fredonnait à mi-voix
Une simple et vieille berceuse
En patois

Le joli patois de chez nous
Est très doux
Et mon oreille aime à l´entendre
Mais mon coeur le trouve plus doux
Et plus tendre


Dans mon pays, au temps des sèves,
A l´âge où d´instant en instant
L´amour entrevu dans nos rêves
Se précise dans le printemps
Cueillant les fleurs que l´avril sème
Un jour, pour la première fois
Une fille m´a dit "Je t´aime"
En patois

De mon pays blond et tranquille
Quand je suis parti déviré
Par le vent soufflant vers la ville,
Mes vieux et ma mie ont pleuré
Pourtant, jusqu´au train en partance
M´ont accompagné tous les trois
Et m´ont souhaité bonne chance
En patois

Loin du pays, dans la tourmente
Hurlante et folle de Paris
Où ma pauvre âme se lamente
Un bonheur tantôt m´a surpris
Des paroles fraîches et gaies
Ont apaisé mes noirs émois,
J´ai croisé des gens qui causaient
Mon patois