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Mac Orlan - Jean de la Providence de Dieu


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Germaine Montero
Musique de Philippe-Gerard
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Juliette Gréco
Musique de Philippe-Gerard




Pierre Mac Orlan - (1882-1970)


Jean de la Providence de Dieu

C'était en l'an dix-neuf cent deux
Quand Jean d'la Providence de Dieu
Ouvrit la porte sans carte blanche
Son front était cuit et recuit
Par le soleil et les soucis
Son sac était lourd sur sa hanche

Mais la mer du Nord s'engouffra
Dans l'bar où tenions nos états :
Y avait Machin, Chose et Langlois
Y avait Frances, et c'était moi !
Nous étions tous les cinq à l'aise
Dans le vieux bar de l'Irlandaise !
En ce temps-là, y avait Langlois
Machin et Chose, l'Irlande et moi

Le vent qui soufflait de la mer
Nous a pris dans ses bras de fer
Pour en emporter deux en douce
Il ne resta dans l'cabaret
Après qu'ils se furent taillés
Car ils avaient l'diable à leurs trousses
Que Langlois, moi et ce curieux
Jean de la Providence de Dieu !

Y avait donc Jean, et Cætera
Langlois, et la môme qu'était moi
Langlois, très fauché, mit les voiles
Pour retrouver sa bonne étoile
Alors nous ne fûmes plus que deux
Moi et la Providence de Dieu !

On m'nomme aussi "Saint-Jean bouche d'or"
Me dit ce grand matelot du Nord
Et quand je chante ma complainte
Au petit jour, passé minuit
Ici ou là, comme un défi
Toutes les garces se croient des saintes !

Puis il disparut en chantant
Autant en emporte le vent...
Y avait Machin, Chose et Langlois
Maintenant, il n'y avait plus que moi !
J'étais seule devant les bouteilles
Elles m'offraient d'autres merveilles !
En souvenir de Jean, j'en bus deux
Et tout l'reste à la grâce de Dieu !

Que sont devenus mes copains ?
À dire vrai, je n'en sais plus rien
L'Irlandaise a fermé boutique
Machin et Chose ont disparu
Dans le décor des inconnus
C'est la faute au vent hystérique :

Il fit entrer ce Jean de Dieu,
Sa Providence et ses bons voeux !
Ah, les bistrots des ports de mer !
Lorsque le vent pleure en hiver
Et vous prend pour toute la vie
Avec ses orgues de Barbarie !
C'était en l'an dix-neuf cent deux
Au Rendez-vous des amoureux



Du même auteur :
Jean de la Providence de Dieu
La Belle de Mai
La chanson de Margaret
La fille de Londres
La fille des bois
Le pont du nord
Marie-Dominique
Tendres promesses

Alphonse Allais - Complainte amoureuse


Version chantée abrégée
Interprétation : Juliette Gréco
Composition : Jean Spanos
- Diffusé par DEEZER -
Version presque complète
Interprétation : Les Grandes Gueules
Composition : Bruno Lecossois
- Diffusé par DEEZER -



Alphonse Allais - (1854-1905)


Complainte amoureuse

Oui dès l'instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les veux que je vous offris !
En vain, je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis ;
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes
Et je ne sais comment vous pûtes,
De sang-froid voir ce que je mis.
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le disse
Qu'avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez


Queneau - Complainte


        Juliette Gréco
Ecouter la version chantée
Interprétation : Juliette Gréco
Composition : Guy Béart
- Diffusé par DEEZER -



Raymond Queneau - (1903-1976)


Complainte

Je connaîtrai jamais le bonheur sur terre
je suis bien trop con
Tout me fait souffrir et tout est misère
pour moi pauvre con
Tout ce qui commence va trop mal finir
toujours pour les cons
Tout plaisir s’efface - après c’est bien pire
du moins pour les cons
L’angoisse m’étreint m’étrangle et j’empire
de plus en plus con
Je ne sais que faire ou pleurer ou rire
comme font les cons
Quelquefois c’est bleu puis c’est noir de suie
la couleur des cons
On voudrait chanter mais voilà la pluie
qui arrose les cons
On veut espérer mais surgit l’ennui
qui teinte les cons
On voudrait danser - le sol est de boue
pataugent les cons
Nous sommes idiots bouffant la gadoue
nous sommes des cons
L’amour se balade en un autogyre
au-dessus des cons
Qui lèvent le nez avec un doux sourire
sourire de cons
Attendant encor la belle aventure
illusion de cons
Car ils sont réduits à leur seul’ nature
nature de cons
Les roses les fleurs et les clairs de lune
c’est pas pour les cons
Les cons ils y croient mais c’est pour des prunes
aliment de cons



Du même auteur :
Adieu
Ballade en proverbes du vieux temps
Bien placés, bien choisis
Complainte
Exercices de style - Alexandrins
Exercices de style - Botanique
Exercices de style - Ode
Exercices de style - Sonnet
Il pleut
L'écolier
Perplexité
Saint-Ouen's blues
Si tu t'imagines
Tant de sueur humaine

Brel - L'enfance



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Juliette Gréco
Composition : Jacques Brel



Jacques Brel (1929-1978)


L'enfance

Qui peut nous dire quand ça finit
Qui peut nous dire quand ça commence
C´est rien avec de l´imprudence
C´est tout ce qui n´est pas écrit

L´enfance
Qui nous empêche de la vivre
De la revivre infiniment
De vivre à remonter le temps
De déchirer la fin du livre

L´enfance
Qui se dépose sur nos rides
Pour faire de nous de vieux enfants
Nous revoilà jeunes amants
Le cœur est plein, la tête est vide

L´enfance
C´est encore le droit de rêver
Et le droit de rêver encore
Mon père était un chercheur d´or
L´ennui c´est qu´il en a trouvé

L´enfance
Il est midi tous les quarts d´heure
Il est jeudi tous les matins
Les adultes sont déserteurs
Tous les bourgeois sont des Indiens



Du même auteur :
Au printemps
Jaurès
L'enfance
L'ivrogne
Le plat Pays
Les Marquises
Ne me quitte pas
On n'oublie rien
Rosa
Voir un ami pleurer

Mauriac - L'ombre


    François Mauriac

Interprétation : Juliette Gréco
Composition : Luc Porret
- Diffusé par DEEZER -



François Mauriac - (1885-1970)


L'ombre

Au jour où la chaleur arrêtait toute vie
Quand le soleil, sous les labours exténués
Pressait contre son cœur le vignoble muet
À l’heure où des faucheurs l’armée anéantie
Écrasait l’herbe sous les corps crucifiés
Seul, debout, en ces jours de feu et de poussière
En face du sommeil accablé de la terre
Assourdi par le cri des cigales sans nombre
Je cherchais votre cœur comme je cherchais l'ombre


Jules Laforgue - L'éternel féminin


    Compositeur : Georges Chatelain - Interprète : Sabrina Lory

Une superbe version
Interprétation : Juliette Gréco
Composition : Joseph Kosma
- Diffusé par DEEZER -



Jules Laforgue - (1860-1887)


Notre petite compagne

Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner ;
Je ne la fais pas à la pose ;
Je suis La Femme, on me connaît.

Bandeaux plats ou crinière folle,
Dites ? quel Front vous rendrait fou ?
J'ai l'art de toutes les écoles,
J'ai des âmes pour tous les goûts.

Cueillez la fleur de mes visages,
Buvez ma bouche et non ma voix,
Et n'en cherchez pas davantage...
Nul n'y vit clair ; pas même moi.

Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main,
Vous n'êtes que de naïfs mâles,
Je suis l'Eternel Féminin !

Mon But se perd dans les Etoiles !....
C'est moi qui suis la Grande Isis !
Nul ne m'a retroussé mon voile.
Ne songez qu'à mes oasis....

Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner ;
Je ne la fais pas à la pose :
Je suis La Femme ! on me connaît.



Du même auteur :
Clair de lune de Novembre
Notre petite compagne
Petite chapelle
Sancta simplicitas

Prévert - Les enfants qui s'aiment


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : René Joly
Composition : Joseph Kosma
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Juliette Gréco
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)

Spectacle


Les enfants qui s'aiment

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne son là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Germaine Montero
Composition : Joseph Kosma
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Tino Rossi
Composition : Joseph Kosma

Maeterlinck - L'infidèle



Ecouter la version chantée
interprétée par Juliette Gréco
sur une musique de Yani Spanos
- Diffusé par DEEZER -



Maurice Maeterlinck - (1862-1949)


Et s'il revenait un jour

Et s'il revenait un jour,
Que faut-il lui dire?
- Dites-lui qu'on l'attendit
Jusqu'à s'en mourir...

Et s'il m'interroge encore
Sans me reconnaître?
- Parlez-lui comme une sœur.
Il souffre peut-être...

Et s'il demande où vous êtes
Que faut-il répondre?
- Donnez-lui mon anneau d'or,
Sans rien lui répondre...

Et s'il veut savoir pourquoi
La salle est déserte?
- Montrez-lui la lampe éteinte
Et la porte ouverte...

Et s'il m'interroge alors
Sur la dernière heure?
- Dites-lui que j'ai souri
De peur qu'il ne pleure...



Collection "Poètes et Chansons" - Les poètes belges
Interprétes : Barbara d'Alcantara et Béatrice Wilbaux
Compositeur : Julos Beaucarne
- Diffusé par DEEZER -

Carco - Le doux caboulot

    Auguste Renoir - Le déjeûner des canotiers

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Juliette Gréco
Musique de Jacques Larmanjat



Francis Carco (1886-1958)


Le doux caboulot

Le doux caboulot
Fleuri sous les branches
Est tous les dimanches
Plein de populo.

La servante est brune,
Que de gens heureux
Chacun sa chacune,
L'une et l'un font deux.

Amoureux épris du culte d'eux-mêmes.
Ah sûr que l'on s'aime,
Et que l'on est gris.

Ça durera bien le temps nécessaire
Pour que Jeanne et Pierre
Ne regrettent rien.



Du même auteur :
Au pied des tours de Notre-Dame
Bohème
Chanson Tendre
Complainte
Il pleut
Le doux caboulot
Les fiacres
Nuits d'hiver
Rengaine
Ton ombre

Apollinaire - Les cloches

Apollinaire blessé (pendant la Grande Guerre) - Dessin de Picasso

Ecouter sur DEEZER
Version classique
interprétée par Brigitte Balleys
Musique d'Arthur Honegger
Ecouter sur DEEZER
Version moderne
interprétée par Juliette Gréco
Musique d'Henri Patterson



Guillaume Apollinaire - (1880-1918)


Les cloches

Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n’être vus de personne

Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde

Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine

Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J’en mourrai peut-être


Desnos - La fourmi


        Interprétation : Chorale parents-enfants de Marc Delattre (compositeur)

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Juliette Greco
sur une musique de Joseph Kosma



Robert Desnos - (1900-1945) - Chantefables


La fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Une fourmi parlant français,
Parlant latin et javanais,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Eh ! Pourquoi pas ?




Aragon - La rose et le réséda

        Honoré d'Estienne d'Orves - Celui qui croyait au ciel

Ecouter sur DEEZER
Interprète : Juliette Gréco
Compositeur : Bernard Lavilliers




Louis Aragon - (1897-1982)

La Diane française


La rose et le réséda

Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas


L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle

La rose et le réséda



    Gabriel Péri - Celui qui n'y croyait (sans doute) pas

Ecouter sur DEEZER
Interprète : Martial Defontaine
Compositeur : Georges Auric

Queneau - Si tu t'imagines

                                                Juliette Greco

Ecouter sur DEEZER
Chanté par Juliette Gréco
Musique de Joseph Kosma




Raymond Queneau (1903-1976)


Si tu t'imagines

Si tu t'imagines
si tu t'imagines
fillette fillette
si tu t'imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d'émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures.



Du même auteur :
Adieu
Ballade en proverbes du vieux temps
Bien placés, bien choisis
Complainte
Exercices de style - Alexandrins
Exercices de style - Botanique
Exercices de style - Ode
Exercices de style - Sonnet
Il pleut
L'écolier
Perplexité
Saint-Ouen's blues
Si tu t'imagines
Tant de sueur humaine