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Verlaine - Donc, ce sera par un clair jour d'été


     Composition : Gabriel Fauré - Interprétation : Dietrich Fischer-Dieskau

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


Donc, ce sera par un clair jour d'été

Donc, ce sera par un clair jour d'été ;
Le grand soleil, complice de ma joie,
Fera, parmi le satin et la soie,
Plus belle encor votre chère beauté ;

Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
Frissonnera somptueux à longs plis
Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
L'émotion du bonheur et l'attente ;

Et quand le soir viendra, l'air sera doux
Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
Et les regards paisibles des étoiles
Bienveillamment souriront aux époux.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré

Verlaine - Une Sainte en son auréole


     Composition : Gabriel Fauré - Interprétation : Dietrich Fischer-Dieskau

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


Une Sainte en son auréole

Une Sainte en son auréole,
Une Châtelaine en sa tour,
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d’amour ;

La note d’or que fait entendre
Le cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d’autrefois ;

Avec cela le charme insigne
D’un frais sourire triomphant
Eclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant ;

Des Aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien :
Je vois, j’entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré

Verlaine - J’ai presque peur, en vérité


        Interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau - Composition de Gabriel Fauré

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


J’ai presque peur, en vérité

J’ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m’a pris l’âme l’autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur tout à vous,
Mon coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;

Et je tremble, pardonnez-moi
D’aussi franchement vous le dire,
A penser qu’un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu’il vous suffirait d’un geste.
D’une parole ou d’un clin d’oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L’avenir dût-il m’être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu’à travers un immense espoir,
Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t’aime !


Musset - Mimi Pinson



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Camille Maurane
Composition : Frédéric Bérat
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean-Louis Caillat




Alfred de Musset - (1810-1857)


Mimi Pinson

Mimi Pinson est une blonde,
Une blonde que l’on connaît.
Elle n’a qu’une robe au monde,
Landerirette !
Et qu’un bonnet.
Le Grand Turc en a davantage.
Dieu voulut de cette façon
La rendre sage.
On ne peut pas la mettre en gage,
La robe de Mimi Pinson.

Mimi Pinson porte une rose,
Une rose blanche au côté.
Cette fleur dans son coeur éclose,
Landerirette !
C’est la gaieté.
Quand un bon souper la réveille,
Elle fait sortir la chanson
De la bouteille.
Parfois il penche sur l’oreille,
Le bonnet de Mimi Pinson.

Elle a les yeux et la main prestes.
Les carabins, matin et soir,
Usent les manches de leurs vestes,
Landerirette !
A son comptoir.
Quoique sans maltraiter personne,
Mimi leur fait mieux la leçon
Qu’à la Sorbonne.
Il ne faut pas qu’on la chiffonne,
La robe de Mimi Pinson.

Mimi Pinson peut rester fille,
Si Dieu le veut, c’est dans son droit.
Elle aura toujours son aiguille,
Landerirette !
Au bout du doigt.
Pour entreprendre sa conquête,
Ce n’est pas tout qu’un beau garçon :
Faut être honnête ;
Car il n’est pas loin de sa tête,
Le bonnet de Mimi Pinson.

D’un gros bouquet de fleurs d’orange
Si l’amour veut la couronner,
Elle a quelque chose en échange,
Landerirette !
A lui donner.
Ce n’est pas, on se l’imagine,
Un manteau sur un écusson
Fourré d’hermine ;
C’est l’étui d’une perle fine,
La robe de Mimi Pinson.

Mimi n’a pas l’âme vulgaire,
Mais son coeur est républicain :
Aux trois jours elle a fait la guerre,
Landerirette !
En casaquin.
A défaut d’une hallebarde,
On l’a vue avec son poinçon
Monter la garde.
Heureux qui mettra la cocarde
Au bonnet de Mimi Pinson !


Musset - L'Andalouse


           Doña Isabel de Porcel - Portrait attribué à Goya

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Camille Maurane
Composition : Hippolyte Monpou




Alfred de Musset - (1810-1857)


L'Andalouse

Avez-vous vu, dans Barcelone,
Une Andalouse au sein bruni ?
Pâle comme un beau soir d’automne !
C’est ma maîtresse, ma lionne!
La marquesa d’Amaëgui !

J’ai fait bien des chansons pour elle,
Je me suis battu bien souvent.
Bien souvent j’ai fait sentinelle,
Pour voir le coin de sa prunelle,
Quand son rideau tremblait au vent.

Elle est à moi, moi seul au monde.
Ses grands sourcils noirs sont à moi,
Son corps souple, sa jambe ronde,
Sa chevelure qui l’inonde,
Plus longue qu’un manteau de roi !


C’est à moi son beau col qui penche
Quand elle dort dans son boudoir,
Et sa basquina sur sa hanche,
Son bras dans sa mitaine blanche,
Son pied dans son brodequin noir !

Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
Sous la frange de ses réseaux,
Rien que pour toucher sa mantille,
De par tous les saints de Castille,
On se ferait rompre les os.

Qu’elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe, les seins nus,
Qu’on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus !

Comme elle est folle dans sa joie,
Lorsqu’elle chante le matin,
Lorsqu’en tirant son bas de soie,
Elle fait, sur son flanc qui ploie,
Craquer son corset de satin !

Allons, mon page, en embuscades !
Allons ! la belle nuit d’été !
Je veux ce soir des sérénades
A faire damner les alcades
De Tolose au Guadalété



Verlaine - L'hiver a cessé


Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


L'hiver a cessé

L’hiver a cessé : la lumière est tiède
Et danse, du sol au firmament clair.
Il faut que le coeur le plus triste cède
A l’immense joie éparse dans l’air.

Même ce Paris maussade et malade
Semble faire accueil aux jeunes soleils,
Et comme pour une immense accolade
Tend les mille bras de ses toits vermeils.

J’ai depuis un an le printemps dans l’âme
Et le vert retour du doux floréal,
Ainsi qu’une flamme entoure une flamme,
Met de l’idéal sur mon idéal.

Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne
L’immuable azur où rit mon amour.
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.

Que vienne l’été ! que vienne encore
L’automne et l’hiver ! Et chaque saison
Me sera charmante, ô Toi que décore
Cette fantaisie et cette raison !



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Gérard Souzay
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré

Jean Lahor - Sérénade florentine


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Charles Panzéra (1937)
Composition : Henri Duparc
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Camille Maurane
Composition : Henri Duparc




Jean Lahor (Henri Cazalis) - (1840-1909)

L'illusion / Chants de l'Amour et de la Mort


Sérénade florentine

Étoile, dont la beauté luit
Comme un diamant dans la nuit,
Regarde vers ma bien-aimée
Dont la paupière s'est fermée,
Et fais descendre sur ses yeux
La bénédiction des cieux.

Elle s'endort : par la fenêtre
En sa chambre heureuse pénètre,
Sur sa blancheur, comme un baiser,
Viens jusqu'à l'aube te poser,
Et que sa pensée alors rêve
D'un astre d'amour qui se lève.



Du même auteur :
Chanson triste
Nocturne
Pensées orientales
Sérénade d'hiver
Sérénade florentine

Edmond Rostand - Ballade des gros dindons


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Camille Maurane
Composition : Emmanuel Chabrier




Edmond Rostand - (1868-1918)


Ballade des gros dindons

Les gros dindons, à travers champs,
D'un pas solennel et tranquille,
Par les matins, par les couchants,
Bêtement marchent à la file,
Devant la pastoure qui file,
En fredonnant de vieux fredons,
Vont en procession docile
Les gros dindons!

Ils vous ont l'air de gros marchands
Remplis d'une morgue imbécile,
De baillis rogues et méchants
Vous regardant d'un œil hostile;
Leur rouge pendeloque oscille;
Ils semblent, parmi les chardons,
Gravement tenir un concile,
Les gros dindons!

N'ayant jamais trouvé touchants
Les sons que le rossignol file,
Ils suivent, lourds et trébuchants,
L'un d'eux, digne comme un édile;
Et, lorsqu'au lointain campanile
L'angélus fait ses lents din! dons!
Ils regagnent leur domicile,
Les gros dindons!

Prud'hommes gras, leurs seuls penchants
Sont vers le pratique et l'utile,
Pour eux, l'amour et les doux chants
Sont un passe-temps trop futile;
Bourgeois de la gent volatile,
Arrondissant de noirs bedons,
Ils se fichent de toute idylle,
Les gros dindons!



Du même auteur :
Ballade des gros dindons
La princesse
Ode à la musique
Pastorale des cochons roses
Souvenir vague ou les parenthèses
Toutes les fleurs

Musset - A Saint-Blaise, à la Zuecca


        L'île Saint Blaise (San Biagio) à Venise avant aménagements modernes...

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Camille Maurane
Compositeur : Edouard Lalo




Alfred de Musset - (1810-1857)


A Saint-Blaise, à la Zuecca

A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Vous étiez, vous étiez bien aise
A Saint-Blaise.
A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Nous étions bien là.

Mais de vous en souvenir
Prendrez-vous la peine ?
Mais de vous en souvenir
Et d'y revenir,

A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Dans les prés fleuris cueillir la verveine,
A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Vivre et mourir là !


Musset - J'ai dit à mon coeur



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Camille Maurane
Compositeur : François-Adrien Boieldieu
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Michel Vivoux
Composition : Hélène Triomphe




Alfred de Musset - (1810-1857)


J'ai dit à mon coeur

J'ai dit à mon coeur, à mon faible coeur :
N'est-ce pas assez d'aimer sa maîtresse ?
Et ne sais-tu pas que changer sans cesse,
C'est perdre en désirs le temps du bonheur ?

Il m'a répondu : Ce n'est pas assez,
Ce n'est pas assez d'aimer sa maîtresse ;
Et ne sais-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

J'ai dit à mon coeur, à mon faible coeur :
N'est-ce pas assez de tant de tristesse ?
Et ne sais-tu pas que changer sans cesse,
C'est à chaque pas trouver la douleur ?

Il m'a répondu : Ce n'est pas assez
Ce n'est pas assez de tant de tristesse ;
Et ne sais-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les chagrins passés ?



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Jacques Pottier
Compositeur : Alain Jacques

Musset - A une fleur


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Camille Maurane
Compositeur : Edouard Lalo
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Tassis Christoyannis
Compositeur : Edouard Lalo




Alfred de Musset - (1810-1857)


A une fleur

Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu'à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu'as-tu vu ? que t'a dit la main
Qui sur le buisson t'a coupée ?

N'es-tu qu'une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?


Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?

S'il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S'il n'en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.


Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d'un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N'en auraient pu trouver la soeur
Qu'en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
A qui saurait s'emparer d'elle
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m'arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.


Musset - Adieux à Suzon


        L'interprétation de Bruno Laplante

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Camille Maurane
Compositeur : Georges Bizet




Alfred de Musset - (1810-1857)


Adieux à Suzon

Adieu, Suzon, ma rose blonde,
Qui m'as aimé pendant huit jours ;
Les plus courts plaisirs de ce monde
Souvent font les meilleurs amours.
Sais-je, au moment où je te quitte,
Où m'entraîne mon astre errant ?
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Toujours courant.

Je pars, et sur ma lèvre ardente
Brûle encor ton dernier baiser.
Entre mes bras, chère imprudente,
Ton beau front vient de reposer.
Sens-tu mon coeur, comme il palpite ?
Le tien, comme il battait gaiement !
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Toujours t'aimant.

Paf ! c'est mon cheval qu'on apprête.
Enfant, que ne puis-je en chemin
Emporter ta mauvaise tête,
Qui m'a tout embaumé la main !
Tu souris, petite hypocrite,
Comme la nymphe, en t'enfuyant.
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Tout en riant.

Que de tristesse, et que de charmes,
Tendre enfant, dans tes doux adieux !
Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes,
Lorsque ton coeur est dans tes yeux.
A vivre ton regard m'invite ;
Il me consolerait mourant.
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Tout en pleurant.

Que notre amour, si tu m'oublies,
Suzon, dure encore un moment ;
Comme un bouquet de fleurs pâlies,
Cache-le dans ton sein charmant !
Adieu ; le bonheur reste au gîte,
Le souvenir part avec moi :
Je l'emporterai, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Toujours à toi.


Musset - Le rideau de ma voisine



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Camille Maurane
Compositeur : Alfred Alessandrescu




Alfred de Musset - (1810-1857)


Le rideau de ma voisine

Imité de Goethe

Le rideau de ma voisine
Se soulève lentement.
Elle va, je l'imagine,
Prendre l'air un moment.

On entr'ouvre la fenêtre :
Je sens mon coeur palpiter.
Elle veut savoir peut-être
Si je suis à guetter.

Mais, hélas ! ce n'est qu'un rêve ;
Ma voisine aime un lourdaud,
Et c'est le vent qui soulève
Le coin de son rideau.



Ecouter sur DEEZER
Interprète : Jeanne Montjovet
Compositeur : Maxime Jacob

Jean Lahor - Chanson triste


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Camille Maurane
Composition : Henri Duparc
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Charles Panzéra (1935)
Composition : Henri Duparc




Jean Lahor (Henri Cazalis) - (1840-1909)

L'illusion / Chants de l'Amour et de la Mort


Chanson triste

Dans ton cœur dort un clair de lune,
Un doux clair de lune d'été,
Et pour fuir la vie importune,
Je me noierai dans ta clarté.

J'oublierai les douleurs passées,
Mon amour, quand tu berceras
Mon triste cœur et mes pensées
Dans le calme aimant de tes bras.

Tu prendras ma tête malade,
Oh! quelquefois, sur tes genoux,
Et lui diras une ballade
Qui semblera parler de nous;

Et dans tes yeux pleins de tristesse,
Dans tes yeux alors je boirai
Tant de baisers et de tendresse
Que peut-être je guérirai.



Du même auteur :
Chanson triste
Nocturne
Pensées orientales
Sérénade d'hiver
Sérénade florentine

Musset - Ballade à la Lune

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Georges Brassens
Composition : Georges Brassens
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Camille Maurane
Composition : Jacques Offenbach
La version enfantine
par Sylvie Vartan




Alfred de Musset - (1810-1857)

Premières Poésies


Ballade à la Lune

C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune,
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil?

Es-tu l'oeil du ciel borgne?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?

N'es-tu rien qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras?

Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer?

Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?

Qui t'avait éborgnée
L'autre nuit? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu?

Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne,
A travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phoebé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n'en es que la face,
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal!

Oh! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers!

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.

Et, suivant leur curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.

Oh! le soir, dans la brise,
Phoebé, sœur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau!

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament!

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'Océan monstrueux.

Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

"Ouf! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien."

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché?

"Ah! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux?"

Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.