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Rimbaud - Première soirée


Ecouter sur DEEZER
interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Hélène Martin




Arthur Rimbaud - (1854–1891)


Première soirée

Elle était fort déshabillée,
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

- Je regardai, couleur de cire
Un petit rayon buissonnier
Papillonner, comme un sourire
Sur son beau sein, mouche au rosier.

- Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un long rire tris-mal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Une risure de cristal...

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu finir ! »
- La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

- Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
- Elle jeta sa tête mièvre
En arrière: « Oh c’est encor mieux !... »

Monsieur, j’ai deux mots à te dire... »
- Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien...

- Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres penchaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.


Rimbaud - Larme


                                La version chantée de Weepers Circus

Ecouter sur DEEZER
interprétation : Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini




Arthur Rimbaud - (1854–1891)

Vers nouveaux


Larme

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.

Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire !


La Fontaine - Le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre


                                Illustration de Jean-Baptiste Oudry

Ecouter la version chantée
Interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Le Chien qui lâche sa proie
pour l'ombre

Chacun se trompe ici-bas.
On voit courir après l'ombre
Tant de fous, qu'on n'en sait pas
La plupart du temps le nombre.
Au Chien dont parle Ésope il faut les renvoyer.
Ce Chien, voyant sa proie en l'eau représentée,
La quitta pour l'image, et pensa se noyer ;
La rivière devint tout d'un coup agitée.
A toute peine il regagna les bords,
Et n'eut ni l'ombre ni le corps.


La Fontaine - Le Renard et le Bouc


                                Illustration de Calvet-Rogniat

Ecouter la version chantée
Interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Le Renard et le Bouc

Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L'autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d'eux se désaltère.
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous, compère ?
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :
Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m'élevant,
A l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue.
Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience.
Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n'aurais pas, à la légère,
Descendu dans ce puits. Or, adieu, j'en suis hors.
Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts :
Car pour moi, j'ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.


Charles Cros - L’heure verte


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean-Marc Versini




Charles Cros - (1842-1888)

Le coffret de santal


L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.


Charles Cros - Plainte


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean-Marc Versini
Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Serge Renard
Interprète : Serge Bouzouki




Charles Cros - (1842-1888)

Le coffret de santal


Plainte

Vrai sauvage égaré dans la ville de pierre,
À la clarté du gaz je végète et je meurs.
Mais vous vous y plaisez, et vos regards charmeurs
M’attirent à la mort, parisienne fière.

Je rêve de passer ma vie en quelque coin
Sous les bois verts ou sur les monts aromatiques,
En Orient, ou bien près du pôle, très loin,
Loin des journaux, de la cohue et des boutiques.

Mais vous aimez la foule et les éclats de voix,
Le bal de l’Opéra, le gaz et la réclame.
Moi, j’oublie, à vous voir, les rochers et les bois,
Je me tue à vouloir me civiliser l’âme.

Je m’ennuie à vous le dire si souvent :
Je mourrai, papillon brûlé, si cela dure...
Vous feriez bien pourtant, vos cheveux noirs au vent,
En clair peignoir ruché, sur un fond de verdure.


Rimbaud - Le dormeur du val

    Gustave Courbet a achevé son "Dormeur du val" (L'homme blessé)
    en 1854, année de naissance de Rimbaud.


Versions "modernes"

sur DEEZER
Interprétation :
Jean-Louis Aubert
Composition :
Jean-Louis Aubert

sur DEEZER
Interprétation :
Little Nemo
Composition :
Little Nemo

sur DEEZER
Interprétation :
Chanson+ Bifluorée
Composition :
Chanson+ Bifluorée

Versions "XXe siècle"

sur DEEZER
Interprétation :
Yves Montand
Composition :
Louis Bessières

sur DEEZER
Interprétation :
Jacques Douai
Composition :
Louis Bessières

sur DEEZER
Interprétation :
Patrick Janvier
Composition :
Gerard Delahaye




Arthur Rimbaud - (1854-1891)


Le dormeur du val


C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


7 octobre 1870




Versions "compositeurs / interprètes"

sur DEEZER
Interprétation :
Richard Ankri
Composition :
Richard Ankri

sur DEEZER
Interprétation :
Gerard Delahaye
Composition :
Gerard Delahaye

sur DEEZER
Interprétation :
A. et J.M. Versini
Composition :
A. et J.M. Versini

François Coppée - Matin d'octobre


Ecouter la version chantée
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
Interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter sur SOUNDCLOUD
La version de Zelie Music (Elise Ploquin)



François Coppée - (1842-1908)


Matin d'octobre

C'est l'heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.

Leur chute est lente. On peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre,
L'érable à sa feuille de sang.

Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées :
Mais ce n'est pas l'hiver encor.

Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l'air tout rose,
On croirait qu'il neige de l'or.



Ecouter sur YOUTUBE
Interprété par la
Binghamton University Harpur Chorale
Composition : Barbara Chaffee ?

Du même auteur :
La Vague et la Cloche
Les oiseaux se cachent pour mourir
Les trois oiseaux
Lied
Mai
Matin d'octobre
Menuet
Obstination
Ritournelle
Sérénade du passant

Verlaine - Toute grâce et toutes nuances


        Auguste Renoir - Jeune femme au crochet

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Marc Versini
Composition : Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Toute grâce et toutes nuances

Toute grâce et toutes nuances
Dans l'éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d'un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Eveiller le désir étrange
D'un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu'un oiseau-mouche n'y tiendrait,
Captive sans espoir de fuite,
Le coeur pris par elle en secret.

L'intelligence vient chez elle
En aide à l'âme noble ; elle est
Pure autant que spirituelle :
Ce qu'elle a dit, il le fallait

Et si la sottise l'amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu'à l'amitié,

Jusqu'à l'amour - qui sait ? peut-être,
A l'égard d'un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L'audacieux ! un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise !
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,
Du doux mal qu'on souffre en aimant.


Verlaine - Le paysage dans le cadre des portières


        Léonor Fini - Le voyage en train

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Marc Versini
Composition : Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Le paysage dans le cadre
des portières

Le paysage dans le cadre des portières
Court furieusement, et des plaines entières
Avec de l'eau, des blés, des arbres et du ciel
Vont s'engouffrant parmi le tourbillon cruel
Où tombent les poteaux minces du télégraphe
Dont les fils ont l'allure étrange d'un paraphe.

Une odeur de charbon qui brûle et d'eau qui bout,
Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout
Desquelles hurleraient mille géants qu'on fouette ;
Et tout à coup des cris prolongés de chouette.

- Que me fait tout cela, puisque j'ai dans les yeux
La blanche vision qui fait mon coeur joyeux,
Puisque la douce voix pour moi murmure encore,
Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore
Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,
Au rythme du wagon brutal, suavement.


Verlaine - Dansons la gigue!


 La version Jazz de Patricia Barber - Interprétation du poème après 1 min 52


sur DEEZER
Interprétation :
James Ollivier
Composition :
James Ollivier

sur DEEZER
Interprétation :
Jean-Marc versini
Composition :
Jean-Marc versini

sur DEEZER
Interprétation :
Jean-Sébastien Bou
Composition :
Charles Bordes



Paul Verlaine - (1844-1896)


Dansons la gigue!

Titre original : Streets

Dansons la gigue!

J'aimais surtout ses jolis yeux
Plus clairs que l'étoile des cieux,
J'aimais ses yeux malicieux.

Dansons la gigue!

Elle avait des façons vraiment
De désoler un pauvre amant,
Que c'en était vraiment charmant!

Dansons la gigue!

Mais je trouve encore meilleur
Le baiser de sa bouche en fleur
Depuis qu'elle est morte à mon coeur.

Dansons la gigue!

Je me souviens, je me souviens
Des heures et des entretiens,
Et c'est le meilleur de mes biens.

Dansons la gigue!



Ecouter la version chantée
Interprétation : Stella Doufexis
Composition : Charles Martin Loeffler
- Diffusé par DEEZER -

Desnos - Les hiboux


        Grammaire Larive & Fleury (1910)

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jacques Douai
Composition : Christiane Verger
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Marc et Anny Versini
Composition : Jean-Marc et Anny Versini
- Diffusé par DEEZER -



Robert Desnos - Chantefables


Les hiboux

Ce sont les mères des hiboux
Qui désiraient chercher les poux
De leurs enfants, leurs petits choux,
En les tenant sur les genoux.

Leurs yeux d’or valent des bijoux,
Leur bec est dur comme cailloux,
Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux point de genoux !

Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? les Andalous ?
Ou dans la cabane Bambou ?
À Moscou ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?

Hou ! Hou !

Pas du tout c’était chez les fous.


Charles Cros - Croquis


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean-Marc Versini




Charles Cros - (1842-1888)


Croquis

Beau corps, mais mauvais caractère.
Elle ne veut jamais se taire,
Disant, d'ailleurs d'un ton charmant,
Des choses absurdes vraiment.

N'ayant presque rien de la terre,
Douce au tact comme une panthère.
Il est dur d'être son amant ;
Mais, qui ne s'en dit pas fou, ment.

Pour dire tout ce qu'on en pense
De bien et de mal, la science
Essaie et n'a pas réussi.

Et pourquoi faire ? Elle se moque
De ce qu'on dit. Drôle d'époque
Où les anges sont faits ainsi.


La Fontaine - La Colombe et la Fourmi


                                Illustration de François Chauveau

Ecouter la version chantée
Interprétation : Anny et jean-Marc Versini
Composition : Anny et jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -





Jean de la Fontaine - (1621-1695)


La Colombe et la Fourmi

Le long d'un clair ruisseau buvait une Colombe,
Quand sur l'eau se penchant une Fourmi y tombe.
Et dans cet océan l'on eût vu la Fourmi
S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La Colombe aussitôt usa de charité :
Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.
Elle se sauve ; et là-dessus
Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.
Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.
Dès qu'il voit l'Oiseau de Vénus
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.
Tandis qu'à le tuer mon Villageois s'apprête,
La Fourmi le pique au talon.
Le Vilain retourne la tête :
La Colombe l'entend, part, et tire de long.
Le soupé du Croquant avec elle s'envole :
Point de Pigeon pour une obole.


La Fontaine - Conseil tenu par les Rats


                                Illustration de Calvet-Rogniat

Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Pierre Lephilipponnat
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Anny et jean-Marc Versini
Composition : Anny et jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Conseil tenu par les Rats

Un Chat, nommé Rodilardus
Faisait des Rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou,
Ne trouvait à manger que le quart de son sou,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un Chat, mais pour un Diable.
Or un jour qu'au haut et au loin
Le galant alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa Dame,
Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l'abord, leur Doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre ;
Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen,
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot.
L'un dit : "Je n'y vas point, je ne suis pas si sot";
L'autre : "Je ne saurais."Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
Voire chapitres de Chanoines.
Ne faut-il que délibérer,
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d'exécuter,
L'on ne rencontre plus personne.


Gautier - Fantaisies d'hiver


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
Ecouter sur DEEZER
Version instrumentale
Composition : Anny et Jean-Marc Versini




Théophile Gautier - (1811-1872)


Fantaisies d'hiver

I

Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L'Hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d'une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Haendel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

II

Dans le bassin des Tuileries,
Le cygne s'est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d'argent.

Les vases ont des fleurs de givre,
Sous la charmille aux blancs réseaux ;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.

Au piédestal où, court-vêtue,
Vénus coudoyait Phocion,
L'Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.

III

Les femmes passent sous les arbres
En martre, hermine et menu-vair,
Et les déesses, frileux marbres,
Ont pris aussi l'habit d'hiver.

La Vénus Anadyomène
Est en pelisse à capuchon ;
Flore, que la brise malmène,
Plonge ses mains dans son manchon.

Et pour la saison, les bergères
De Coysevox et de Coustou,
Trouvant leurs écharpes légères,
Ont des boas autour du cou.

IV

Sur la mode Parisienne
Le Nord pose ses manteaux lourds,
Comme sur une Athénienne
Un Scythe étendrait sa peau d'ours.

Partout se mélange aux parures
Dont Palmyre habille l'Hiver,
Le faste russe des fourrures
Que parfume le vétyver.

Et le Plaisir rit dans l'alcôve
Quand, au milieu des Amours nus,
Des poils roux d'une bête fauve
Sort le torse blanc de Vénus.

V

Sous le voile qui vous protège,
Défiant les regards jaloux,
Si vous sortez par cette neige,
Redoutez vos pieds andalous ;

La neige saisit comme un moule
L'empreinte de ce pied mignon
Qui, sur le tapis blanc qu'il foule,
Signe, à chaque pas, votre nom.

Ainsi guidé, l'époux morose
Peut parvenir au nid caché
Où, de froid la joue encor rose,
A l'Amour s'enlace Psyché.


Rimbaud - Ophélie

        Ophélie Parmi les fleurs - Odilon Redon

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Richard Ankri
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean-Marc Versini




Arthur Rimbaud (1854 – 1891)


Ophélie

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
- C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

- Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Colombe Frezin
Musique de Serge Renard
Une version moderne
interprétée par Adov Carillon
- Diffusé par DEEZER -

La Fontaine - La Mort et le Bûcheron


        Illustration d'Hippolyte Lecomte

Ecouter la version chantée
de Monomotapa
Composition : Jean Chavot
- Diffusé par DEEZER -
La version Versini
Interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


La Mort et le Bûcheron

Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.


Rimbaud - Ma bohème

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Leo Ferré
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean-Marc Versini




Arthur Rimbaud - (1854 – 1891)


Ma bohème

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !



Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Robert Charlebois
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Patrick Janvier
Composé par Hélène Triomphe

La Fontaine - La Montagne qui accouche d'une Souris


        Illustration de Gustave Doré

La version Jazz
du groupe Chemin Faisant
Composition : Pierre Guérin / Yves Plaquet
- Diffusé par DEEZER -
La version enfantine
Interprétation : Anny et Jean-Marc Versini
Composition : Anny et Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


La Montagne qui accouche
d'une Souris

Une Montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute,
Que chacun au bruit accourant
Crut qu'elle accoucherait, sans faute,
D'une Cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d'une Souris.

Quand je songe à cette Fable
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un Auteur
Qui dit : Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.
C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent.