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Queneau - Exercices de style - Ode


Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Pierre Lephilipponnat
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Grandes Gueules
Composition : Bruno Lecossois
- Diffusé par DEEZER -




Raymond Queneau - (1903-1976)


Exercices de style - Ode


Scenario :
Le narrateur rencontre dans un bus bondé de la ligne S un jeune homme au long cou, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Ce jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Plus tard, le narrateur revoit ce jeune homme en train de discuter avec un ami. Celui-ci lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.

Queneau a écrit quatre-vingt-dix-neuf variations de cette brève histoire dans quatre-vingt-dix-neuf styles différents. Voici le style "Ode" :

Ode

Dans l'autobus
dans l'autobon
l'autobus S
l'autobusson
qui dans les rues
qui dans les ronds
va son chemin
à petits bonds
près de Monceau
près de Monçon
par un jour chaud
par un jour chon
un grand gamin
au cou trop long
porte un chapus
porte un chapon
dans l'autobus
dans l'autobon
Sur le chapus
sur le chapon
y a une tresse
y a une tron
dans l'autobus
dans l'autobon
et par dlassusse
et par dlasson
y a de la presse
et y a du pron
et lgrand gamin
au cou trop long
i râle un brin
i râle un bron
contre un lapsus
contre un lapon
dans l'autobus
dans l'autobon
mais le lapsus
mais le lapon
pas commodus
pas commodon
montre ses dents
montre ses dons
sur l'autobus
sur l'autobon
et lgrand gamin
au cou trop long
va mett ses fesses
va mett son fond
dans le bus S
dans le busson
sur la banquette
pour les bons cons
Sur la banquette
pour les bons cons
moi le poète
au gai pompon
un peu plus tard
un peu plus thon
à Saint-Lazare
à Saint-Lazon
qu'est une gare
pour les bons gons
je rvis lgamin
au cou trop long
et son pardingue
dmandait pardon
à un copain
à un copon
pour un boutus
pour un bouton
près dl'autobus
près dl'autobon
Si cette histoire
si cette histon
vous intéresse
vous interon
n'ayez de cesse
n'ayez de son
avant qu'un jour
avant qu'un jon
sur un bus S
sur un busson
vous ne voyiez
les yeux tout ronds
le grand gamin
au cou trop long
et son chapus
et son chapon
et son boutus
et son bouton
dans l'autobus
dans l'autobon
l'autobus S
l'autobusson




La version du groupe
"Les Ecrits Vains"

Du même auteur :
Adieu
Ballade en proverbes du vieux temps
Bien placés, bien choisis
Complainte
Exercices de style - Alexandrins
Exercices de style - Botanique
Exercices de style - Ode
Exercices de style - Sonnet
Il pleut
L'écolier
Perplexité
Saint-Ouen's blues
Si tu t'imagines
Tant de sueur humaine

La Fontaine - L'Huître et les Plaideurs


                               Illustration de Marguerite Calvet-Rogniat

Ecouter la version chantée
Composition : Georges van Parys
Interprétation : Les Frères Jacques
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


L'Huître et les Plaideurs

Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent
Une Huître, que le flot y venait d’apporter :
Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
À l’égard de la dent il fallut contester.
L’un se baissait déjà pour amasser la proie ;
L’autre le pousse, et dit : « Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l’apercevoir
En sera le gobeur ; l’autre le verra faire.
- Si par là l’on juge l’affaire,
Reprit son compagnon, j’ai l’oeil bon, Dieu merci.
- Je ne l’ai pas mauvais aussi,
Dit l’autre ; et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.
- Hé bien ! vous l’avez vue ; et moi je l’ai sentie. »
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.
Perrin, fort gravement, ouvre l’Huître, et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d’un ton de Président :
« Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens ; et qu’en paix chacun chez soi s’en aille. »
Mettez ce qu’il en coûte à plaider aujourd’hui ;
Comptez ce qu’il en reste à beaucoup de familles ;
Vous verrez que Perrin tire l’argent à lui,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.


Prévert - Chanson de l'oiseleur



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Germaine Montero
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)


Chanson de l'oiseleur

L'oiseau qui vole si doucement
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau si tendre l'oiseau moqueur
L'oiseau qui soudain prend peur
L'oiseau qui soudain se cogne
L'oiseau qui voudrait s'enfuir
L'oiseau seul et affolé
L'oiseau qui voudrait vivre
L'oiseau qui voudrait chanter
L'oiseau qui voudrait mourir
L'oiseau qui voudrait crier
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau qui vole si doucement
C'est ton coeur jolie enfant
Ton coeur qui bat de l'aile si tristement
Contre ton sein si dur si blanc



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Raymond Voyat
Composition : Joseph Kosma

Prévert - La pêche à la baleine



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Germaine Montero
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)


La pêche à la baleine

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d'une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc?
Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête
Qui ne m'a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé
Sur la mer démontée...
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole:
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j'y ai pas été?
Peut-être qu'on l'aurait attrapée,
Alors j'aurais pu en manger.
Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau
Le père apparaît hors d'haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d'une voix lamentable:
Dépêchez-vous de la dépecer,
J'ai faim, j'ai soif, je veux manger.
Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus:
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a rien fait?
Tant pis, j'abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
Ca me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l'oeil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s'écrie:
Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en motogodille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors éclatant d'un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant:
Madame, si quelqu'un vient me demander,
Soyez aimable et répondez:
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...


Rimbaud - Enfance


                Le bois de Boulogne au XIXe siècle

Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Christiane Verger
- Diffusé par DEEZER -



Arthur Rimbaud - (1854-1891)


Enfance

Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête
et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.


Bernard Dimey - Quartier des halles


        Photo : Aimé Dartus / INA

Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Hubert Metzger
- Diffusé par DEEZER -



Bernard Dimey - (1931-1981)


Quartier des halles

Je ne reviendrai plus dans le quartier des Halles.
Mes diables sont partis, pour Dieu sait quel enfer...
Les touristes ont marché sur les derniers pétales
De nos derniers bouquets, on ne peut rien y faire.
Je ne suis pas client pour les pèlerinages.
Bien le bonjour chez vous ! Je ne reviendrai plus,
J’emporte mes souvenirs avec le paysage,
Le passé dans ma poche et mon mouchoir dessus.

Lèvres couleur de sang et du velours aux chasses,
La belle sans merci fumaille en rêvassant.
Au pas lent des années j’étais celui qui passe,
Mais de Sainte Apolline au Square des Innocents
On ne me verra plus jamais traîner mes guêtres
Au gré des muscadets de quatre heures du matin
Avec mon cinéma tout vivant dans ma tête
Et l’étincelle froide au regard des tapins.

J’allais déambuler... je croisais des fantômes,
Tire-laine en ribote ou pendus décrochés,
Et ça tourbillonnait autour des jolies mômes
Maculées de sang frais par les garçons bouchers.
Les camions de lilas s’ouvraient en avalanches
Et tout autour de moi l’air sentait le printemps.
En des temps très anciens, Saint-Eustache était blanche.
Là-bas j’étais chez moi, bien peinard, et pourtant
On ne me verra plus dans le quartier des Halles,
Ce qui peut s’y passer ne m’intéresse plus...
Les temps sont accomplis, à nous de faire la malle,
Je ne suis pas client pour les regrets non plus...
Adieu mes fleurs de sang, mes panthères de jeunesse,
Je vais aller traîner sur les quais de Bercy.
Malgré moi j’ai le coeur éclaté de tendresse,
Saint-Eustache a gagné, les diables sont partis.



Du même auteur :
Fredo
Ivrogne et pourquoi pas?
L'amour et la guerre 1/3
L'amour et la guerre 2/3
L'amour et la guerre 3/3
L'aventure, la voilà
La planète où mourir
Quartier des halles
Si tu me payes un verre
Sortilèges
Syracuse
Un soir au Gerpil

La Fontaine - Conseil tenu par les Rats


                                Illustration de Calvet-Rogniat

Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Pierre Lephilipponnat
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Anny et jean-Marc Versini
Composition : Anny et jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Conseil tenu par les Rats

Un Chat, nommé Rodilardus
Faisait des Rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou,
Ne trouvait à manger que le quart de son sou,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un Chat, mais pour un Diable.
Or un jour qu'au haut et au loin
Le galant alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa Dame,
Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l'abord, leur Doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre ;
Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen,
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot.
L'un dit : "Je n'y vas point, je ne suis pas si sot";
L'autre : "Je ne saurais."Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
Voire chapitres de Chanoines.
Ne faut-il que délibérer,
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d'exécuter,
L'on ne rencontre plus personne.


La Fontaine - Le Renard et les Raisins


                                Illustration de Calvet-Rogniat

Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Pierre Petit
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Le Renard et les Raisins

Certain Renard Gascon, d'autres disent Normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
Des Raisins mûrs apparemment,
Et couverts d'une peau vermeille.
Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n'y pouvait atteindre :
"Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. "
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?


La Fontaine - Le Héron


Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Maurice Thiriet
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Le Héron

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau
S’approchant du bord vit sur l’eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée il trouva du goujon.
Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un Héron !
J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu’il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons
Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.


La Fontaine - Le Renard et la Cigogne



Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : André Grassi
- Diffusé par DEEZER -
La version Jazz
du groupe Chemin Faisant
Composition : Pierre Guérin / Yves Plaquet
- Diffusé par DEEZER -




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Le Renard et la Cigogne

Compère le Renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la Cigogne.
Le régal fût petit et sans beaucoup d'apprêts :
Le galant, pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La Cigogne au long bec n'en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la Cigogne le prie.
"Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. "
A l'heure dite, il courut au logis
De la Cigogne son hôtesse ;
Loua très fort sa politesse ;
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout ; Renards n'en manquent point.
Il se réjouissait à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.
On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure.
Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un Renard qu'une Poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
Attendez-vous à la pareille.


Maurice Genevoix - Les vieux messieurs du Luxembourg



Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Guy Lafarge
- Diffusé par DEEZER -



Maurice Genevoix - (1890-1980)


Les vieux messieurs du Luxembourg

Petit, propret, glissant, discret,
Dans son vieux pardessus râpé,
Le long des allées monotones,
D'Isabeau la blonde à Pomone.
Le dos vouté, le nez tendu,
Il déambule à pas menus
Sous les marronniers de l'automne.

À quoi songeant ? À quoi rêvant ?
Coeur léger, coeur vide ou coeur lourd,
Ainsi font, font, ainsi s'en vont,
Les vieux messieurs du Luxembourg.

Une balade à petits pas,
Pour la soif deux grains de raisin,
Et puis encore on se promène,
Bonjour Watteau, bonjour Verlaine,
Ah quels amis on aurait eu !
Si le bon dieu l’avait voulu !
Le garde siffle : on ferme, on ferme !

A quoi songeant, à quoi rêvant,
Cœur léger, coeur vide ou cœur lourd
Ainsi font font, ainsi s’en vont
Les vieux Messieurs du Luxembourg.

Il est resté dans le soir gris,
Seul dans un beau jardin d’oubli,
Seul avec pins, seul avec fleurs,
La nuit a penché sur l’aurore,
Même le roucoucou des ramiers
Jamais plus ne l'a réveillé,
Ni le merle et son chant sonore.

A quoi songeant, à quoi rêvant,
Cœur léger, coeur vide ou cœur lourd
Ainsi font font, ainsi s’en vont
Les vieux Messieurs du Luxembourg.


La Fontaine - Le Chat, la Belette et le petit Lapin


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Georges Van Parys




Jean de la Fontaine - (1621-1695)


Le Chat, la Belette et le petit Lapin

Du palais d'un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S'empara ; c'est une rusée.
Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates un jour
Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l'animal chassé du paternel logis :
O là, Madame la Belette,
Que l'on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays.
La Dame au nez pointu répondit que la terre
Etait au premier occupant.
C'était un beau sujet de guerre
Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Et quand ce serait un Royaume
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi
A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.
Jean Lapin allégua la coutume et l'usage.
Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
- Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportants aux Rois.


La Fontaine - Le Lion et le Rat



Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Georges Liferman
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter sur DEEZER
La version de Patrick Abrial




Jean de la Fontaine (1621-1695)



Le Lion et le Rat

Entre les pattes d'un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.


La Fontaine - Le petit Poisson et le Pêcheur

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Patrick Abrial
Composition : Patrick Abrial, Kalifa Rachedi




Jean de la Fontaine - Fables


Le petit Poisson et le Pêcheur

Petit Poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c’est folie ;
Car de le rattraper il n’est pas trop certain.
Un Carpeau qui n’était encore que fretin
Fut pris par un Pêcheur au bord d’une rivière.
Tout fait nombre, dit l’homme en voyant son butin ;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière.
Le pauvre Carpillon lui dit en sa manière :
Que ferez-vous de moi ? je ne saurais fournir
Au plus qu’une demi-bouchée ;
Laissez-moi Carpe devenir :
Je serai par vous repêchée.
Quelque gros Partisan m’achètera bien cher,
Au lieu qu’il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat ? croyez-moi ; rien qui vaille.
- Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le Pêcheur ;
Poisson, mon bel ami, qui faites le Prêcheur,
Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire.

Un tien vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras :
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.


Bruant - Rue Saint-Vincent


        La rue Saint-Vincent en 1900 par Steinlen

Ecouter la version originale
Interprétation : Aristide Bruant
Composition : Aristide Bruant
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version 1950
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Aristide Bruant
- Diffusé par DEEZER -




Aristide Bruant (1851-1925)


Rose blanche

Elle avait sous sa toque d'martre
Sur la butte Montmartre
Un petit air innocent
On l'appelait Rose elle était belle
A sentait bon la fleur nouvelle
Rue Saint-Vincent


On n'avait pas connu son père
A n'avait pus de mère
Et depuis mil-neuf cent
A demeurait chez sa vieille aïeule
Où qu'a s'élevait comme ça toute seule
Rue Saint-Vincent

A travaillait déjà pour vivre
Et les soirs de givre
Sous le froid noir et glaçant
Son petit fichu sur les épaules
A rentrait par la rue des Saules
Rue Saint-Vincent

A voyait dans les nuits de gelée
La nappe étoilée
Et la lune en croissant
Qui brillait blanche et fatidique
Sur la petite croix de la basilique
Rue Saint-Vincent

L'été par les chauds crépuscules
A rencontrait Jules
Qu'était si caressant
Qu'a restait la soirée entière
Avec lui près du vieux cimetière
Rue Saint-Vincent

Mais le petit Jules était de la tierce
Qui soutient la gerce
Aussi l'adolescent
Voyant qu'a ne marchait pas au pantre
D'un coup de surin lui troua le ventre
Rue Saint-Vincent

Quand ils l'ont couchée sous la planche
Elle était toute blanche
Même qu'en l'ensevelissant
Les croquemorts disaient que la pauvre gosse
Etait claquée le jour de sa noce
Rue Saint-Vincent




        La rue Saint-Vincent en 2008

Du même auteur :
A la Bastoche
A la place Maubert
La chanson des canuts
Les loupiots
Rue Saint-Vincent
Sur le tas

Prévert - Chanson pour les enfants l'hiver



Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma
- Diffusé par DEEZER -




Jacques Prévert - (1900-1977)


Chanson pour les enfants l'hiver

En mémoire de Georges Bellec (1918-1992)

Dans la nuit de l’hiver galope un grand homme blanc.
C’est un bonhomme de neige avec une pipe en bois,
un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid.

Il arrive au village.
Voyant de la lumière,
le voilà rassuré.

Dans une petite maison, il entre sans frapper
et pour se réchauffer
s’assoit sur le poêle rouge
et d’un coup disparaît,
ne laissant que sa pipe au milieu d’une flaque d’eau,
ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau...


Prévert - Page d'écriture


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Yves Montand
Composition : Joseph Kosma

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)


Page d'écriture

Deux et deux quatre
quatre et quarte huit
huit et huit font seize...
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l’oiseau lyre
qui passe dans le ciel
l’enfant le voit
l’enfant l’entend
l’enfant l’appelle
Sauve-moi
joue avec moi
l'oiseau !
Alors l’oiseau descend
et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre…
Répétez ! dit le maître
et l’enfant joue
l’oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux
de toute façon
ils s’en vont.
Et l’enfant a caché l’oiseau
dans son pupitre
et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent la musique
et huit et huit à leur tour s’en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s’en vont également.
Et l’oiseau lyre joue
et l’enfant chante
et le professeur crie :
Quand vous aurez fini de faire le pitre
Mais tous les autres enfants
écoutent la musique
et les murs de la classe
s’écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l’encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le port-plume redevient oiseau.


Bernard Dimey - Fredo



Ecouter la version chantée
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Hubert Metzger
- Diffusé par DEEZER -



Bernard Dimey - (1931-1981)


Fredo

On l´connaît depuis la communale
Le gars qu´est là sur la photo
A la première page du journal
Mais on le reverra pas d´sitôt
Il a saigné deux vieilles mémères
Et buté trois flics, des costauds
Certainement sur un coup d´colère
Vu qu´il est pas méchant Frédo

Il a pillé la Banque de France
Pour rendre service à des copains
Pour améliorer leurs finances
Faut bien qu´tout l´monde y gagne son pain
Y a deux trois employés d´la banque
Qu´ont pris d´la mitraille plein la peau
Bon dieu dans ces cas-là on s´planque
Mais c´est pas sa faute à Frédo

Il a liquidé sa frangine
Une salope une rien du tout
Parce qu´il voulait plus qu´elle tapine
Elle a calanché sur le coup
Ca c´est des histoires de famille
Ca regarde pas l´populo
Et puis c´était jamais qu´une fille
A part ça l´est gentil Frédo

Il a vaguement fait du chantage
C´était plutôt pour rigoler
Pour avoir l´air d´être à la page
Mais les mômes qu´il a chouravés
C´était des p´tits morveux d´la haute
Qui bouffent du caviar au kilo
Tout pour les uns rien pour les autres
"C´est pas juste" y disait Frédo

Il a fait le ramdam chez les Corses
Un soir qu´il avait picolé
Et comme y connaît pas sa force
Les autres ils ont pas rigolé
Raphaël a sorti son lingue
Bref tout l´monde s´est troué la peau
C´est vraiment une histoire de dingues
Vu qu´c´est tous des potes à Frédo

L´histoire des deux voyous d´Pigalle
Qu´il a flingué d´un coeur léger
Moitié camés moitié pédales
Il fallait bien les corriger
Sinon peu à peu qu´est-ce qui s´passe?
Un jour ça s´allonge aux perdreaux
Total qui c´est qui paie la casse?
"C´est nos zigues" y disait Frédo

Un coup d´pique-feu dans l´péritoine
Et Frédo s´est r´trouvé comme ça
Le cul sur l´faubourg Saint-Antoine
Qu´est c´qu´il foutait dans c´quartier-là?
Bien sûr il s´est r´trouvé tout d´suite
Avec les poulets sur le dos
Maint´nant vous connaissez la suite
Vous l´avez lue dans les journaux

Un garçon qu´avait tout pour faire
Impeccable mentalité
Délicat, correc´ en affaires
Bref il avait qu´des qualités
Ca fait mal quand on l´imagine
En train d´basculer sous l´couteau
De leur saloperie d´guillotine
Un mec aussi gentil qu´Frédo.



Du même auteur :
Fredo
Ivrogne et pourquoi pas?
L'amour et la guerre 1/3
L'amour et la guerre 2/3
L'amour et la guerre 3/3
L'aventure, la voilà
La planète où mourir
Quartier des halles
Si tu me payes un verre
Sortilèges
Syracuse
Un soir au Gerpil

Prévert - Barbara

La rue de Siam à Brest avant 1940

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)


Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sur la mer
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


Prévert - La chasse à l'enfant

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)


La chasse à l'enfant

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu'est-ce que c'est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.