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Supervielle - Celui qui


                        Jules Supervielle

Ecouter la version chantée
composée et interprétée
par Jean-Louis Lesacher
- Diffusé par SOUNDCLOUD -



Jules Supervielle - (1884-1960)

La fable du monde


Celui qui

Celui qui chante dans ses vers,
Celui qui cherche dans ses mots,
Celui qui dit ombres sur blanc
Et blancheurs comme sur la mer,
Noirceurs sur tout le continent,
Celui qui murmure et se tait
Pour mieux entendre la confuse
Dont la voix peu à peu s'éclaire
De ce que seule elle a connu,
Celui qui sombre sans regret
Toujours trompé par son secret
Qui s'approche un peu et s'éloigne
Bien plus qu'il ne s'est approché,
Celui qui sait et ne dit pas
Ce qui perle au bout de ses lèvres
Et, se taisant, ne le dira
Qu'au fond d'une blafarde fièvre
Au pays des murs sans oreilles,
Celui qui n'a rien dans les bras
Sinon une grand tendresse,
Ô maîtresse sans précédent,
Sans regard, sans coeur, sans caresses,
Celui-là vous savez qui c'est,
Ce n'est pas lui qui le dira



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Dieu crée la femme


                        Gustav Klimt - La danseuse

Ecouter la version chantée
Interprétation : Ensemble Phonandre
Composition : Henri Dumas
- Diffusé par DEEZER -



Jules Supervielle - (1884-1960)

La fable du monde


Dieu crée la femme

Pense aux plages, pense à la mer,
Au lisse du ciel, aux nuages,
A tout celà devenant chair
Et dans le meilleur de son âge,
Pense aux tendres bêtes des bois,
Pense à leur peur sur tes épaules,
Aux sources que tu ne peux voir
Et dont le murmure t’isole,
Pense à tes plus profonds soupirs,
Ils deviendront un seul désir,
A ce dont tu chéris l’image,
Tu l’aimeras bien d’avantage.
Ce qui était beaucoup trop loin
Pour le parfum ou le reproche,
Tu vas voir comme il se rapproche
Se faisant femme jusqu’aù lien,
Ce dont rêvaient tes yeux, ta bouche,
Tu vas voir comme tu le touches.
Elle aura des mains comme toi
Et pourtant combien différentes,
Elle aura des yeux comme toi
Et pourtant rien ne leur ressemble.
Elle ne te sera jamais
Complètement familière,
Tu voudras la renouveler
De mille confuses manières.
Voilà, tu peux te retourner,
C’est la femme que je te donne
Mais c’est à toi de la nommer,
Elle approche de ta personne.



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Oublieuse mémoire



Ecouter la version chantée
Interprétation : Martine Caplanne
Composition : Martine Caplanne
- Diffusé par DEEZER -




Jules Supervielle - (1884-1960)


Oublieuse mémoire

Mais avec tant d’oubli comment faire une rose,
Avec tant de départs comment faire un retour?
Mille oiseaux qui s’enfuient n’en font un qui se pose
Et tant d’obscurité simule mal le jour.

Écoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue,
Sans crainte libérez l’aile de votre cœur
Et que dans l’ombre enfin notre mémoire joue,
Nous redonnant le monde aux actives couleurs.

Le chêne redevient arbre et les ombres, plaine,
Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis ?
Que jusqu’à l’horizon la terre se souvienne
Et renaisse pour ceux qui s’en croyaient bannis !

Mémoire, sœur obscure et que je vois de face
Autant que le permet une image qui passe…



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Mouvement



Ecouter la version chantée
Interprétation : Martine Caplanne
Composition : Martine Caplanne
- Diffusé par DEEZER -



Jules Supervielle - (1884-1960)


Mouvement

Ce cheval qui tourna la tête
Vit ce que nul n’a jamais vu
Puis il continua de paître
A l’ombre des eucalyptus.

Ce n’était ni homme ni arbre
Ce n’était pas une jument
Ni même un souvenir de vent
Qui s’exerçait sur du feuillage.

C’était ce qu’un autre cheval,
Vingt mille siècles avant lui,
Ayant soudain tourné la tête
Aperçut à cette heure-ci.

Et ce que nul ne reverra,
Homme, cheval, poisson, insecte,
Jusqu’à ce que le sol ne soit
Que le reste d’une statue
Sans bras, sans jambes et sans tête.



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Vivre encore


Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean Vasca
Composition : Jean Vasca
- Diffusé par DEEZER -


Jules Supervielle - (1884-1960)


Vivre encore

Ce qu’il faut de nuit
Au-dessus des arbres,
Ce qu’il faut de fruits
Aux tables de marbre,
Ce qu’il faut d’obscur
Pour que le sang batte,
Ce qu’il faut de pur
Au cœur écarlate,
Ce qu’il faut de jour
Sur la page blanche,
Ce qu’il faut d’amour
Au fond du silence.
Et l’âme sans gloire
Qui demande à boire,
Le fil de nos jours
Chaque jour plus mince,
Et le cœur plus sourd
Les ans qui le pincent.
Nul n’entend que nous
La poulie qui grince,
Le seau est si lourd.



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Pour un poète mort



Ecouter la version chantée
Interprétation : Martine Caplanne
Composition : Martine Caplanne
- Diffusé par DEEZER -


Jules Supervielle - (1884-1960)


Pour un poète mort

Donnez-lui vite une fourmi
Et si petite soit-elle,
Mais qu’elle soit bien à lui !
Il ne faut pas tromper un mort.
Donnez-la-lui, ou bien le bec d’une hirondelle,
Un bout d’herbe, un bout de Paris,
Il n’a plus qu’un grand vide à lui
Et comprend encore mal son sort.

A choisir il vous donne en échange
Des cadeaux plus obscurs que la main ne peut prendre :
Un reflet qui couche sous la neige,
Ou l’envers du plus haut des nuages,
Le silence au milieu du tapage,
Ou l’étoile que rien ne protège.
Tout cela il le nomme et le donne
Lui qui est sans un chien ni personne.



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Plein ciel


                        Botticelli - Naissance de Venus - Détail

Ecouter la version chantée
Interprétation : Martine Caplanne
Composition : Martine Caplanne
- Diffusé par DEEZER -


Jules Supervielle - (1884-1960)


Plein ciel

Au milieu d'un nuage,
Au-dessus de la mer,
Un visage de femme
Regarde l'étendue,
Et les oiseau-poissons
Fréquentant ces parages
Portent l'écume aux nues.

(Je connais cette femme
Où l'ai-je déjà vue ?)

Les chiens du ciel aboient
Dans un lointain sans terres,
Ce sont bêtes sans chair
Qui ne connaissent pas
Cette dame étrangère,
Et donnent de la voix
Avec leur âme austère.

(Elle a deux yeux si noirs
Que je les cherche en moi.)

Silence tout à coup.
Visages dans les mains
Vont les sphères célestes
Qui retiennent leur souffle
Pour que ce chant modeste
Se fraye comme il faut
Son chemin jusqu’en haut.

(Et voici qu’elle a pris
Sa tête entre ses mains.)



Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore

Supervielle - Hommage à la vie


        Jules Supervielle

Ecouter la version chantée
Interprétation : Hélène Martin
Composition : Hélène Martin
- Diffusé par DEEZER -



Jules Supervielle - (1884-1960)


Hommage à la Vie

C'est beau d'avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un coeur continu,
Et d'avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme sur une pomme
Dans un petit jardin,
D'avoir aimé la terre,
La lune et le soleil,
Comme des familiers
Qui n'ont pas leurs pareils,
Et d'avoir confié
Le monde à sa mémoire
Comme un clair cavalier
A sa monture noire,
D'avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d'errants continents,
Et d'avoir atteint l'âme
A petit coups de rame
Pour ne l'effaroucher
D'une brusque approchée.
C'est beau d'avoir connu
L'ombre sous le feuillage
Et d'avoir senti l'âge
Ramper sur le corps nu,
Accompagné la peine
Du sang noir dans nos veines
Et doré son silence
De l'étoile Patience,
Et d'avoir tous ces mots
Qui bougent dans la tête,
De choisir les moins beaux
Pour leur faire un peu fête,
D'avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée,
De l'avoir enfermée
Dans cette poésie.



Ecouter la version chantée
Interprétation : Martine Caplanne
Composition : Martine Caplanne
- Diffusé par DEEZER -

Du même auteur :
Celui qui
Dieu crée la femme
Hommage à la Vie
Mouvement
Oublieuse mémoire
Plein ciel
Pour un poète mort
Vivre encore