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Luc Bérimont - Chanson pour la nommer


                Interprétation : Jacques Marchais - Compositeur : Michel Aubert
L'assemblage des deux textes
Composé et interprété
par Jacques Douai
Diffusé par DEEZER




Luc Bérimont - (1915-1983)


Chanson pour la nommer

Elle est comme un puits de feuillage
Douce comme le flanc du vent
Affolée comme un feu flambant
Dérivante comme un nuage.

Elle est la sueur et la nage
Elle est le sable en plein midi
Une humide touffe de nuit
Prise entre la lune et minuit.

Elle est la belle et l'opportune,
L'indolente, le foin de Mai
Et parmi ses cheveux défaits
La pluie fine sur l'églantier.


La servante

...
Elle est comme une voix rescapée du ravage
Fleurie pour mon enfance en ruines, dans mon âge
Elle est la main terrible et qui lave l'été
Sur la face des morts et sur le drap des noces ;
Elle est la molle ardeur qui éclate la cosse
La paille des tonnelles, un ciel à peupliers
Une aurore qui monte à la croupe des blés.



Du même auteur :
Chanson de l'été
Chanson pour la nommer
Haute plainte en plaine l'hiver
Je parle de la mer
Je t'attends aux grilles des routes
La nuit
Le voyageur
Noël (Madame à minuit)
Rémouleur
Soleil
Stances

Aragon - La comptine du Quai aux Fleurs


        L'exceptionnelle interprétation de Jacques Marchais




Louis Aragon - (1897-1982)


La comptine du Quai aux Fleurs

C'est ici que la légende
A mûri comme un grain lourd
Et que l'univers m'entende
Quand je chante mes amours

C'est ce peuple qui commence
Son histoire à Roncevaux
Roland l'ancienne romance
Et Fabien le chant nouveau

Comme on tresse avec la paille
Des paniers de deux couleurs
Je mêle aux noms de batailles
Les brins noirs de nos douleurs

La Bastille et la Commune
Les Bouvines et les Valmy
Jeanne et Péri ce n'est qu'une
Longue histoire mes amis

Châteaubriant Timbaud tombe
Brulez enfants d'Oradour
Au soleil des hécatombes
Sur la France il fait grand jour

Paris sonne sa revanche
Que de roses dans Paris
Dans Paris que de pervenches
Et le Luxembourg est pris

Pour achever ma comptine
Je marie en un bouquet
Au romarin l'églantine
La marguerite au muguet

De l'Etoile à La Vilette
Et de Montrouge aux Lilas
Violettes violettes
Je vous donne à ces gens là



Ecouter sur France Culture
Interprètation : Veronique Pestel
Composition : Veronique Pestel

Vigneault - La complainte


     L'interprétation de Jacques Marchais



Gilles Vigneault - ( 1928-)


La complainte

N'en veuillez pas à ma complainte
Qui m'est venue de l'air du temps
Plus vieille que moi de vingt ans
C'est dans ma tête qu'elle tinte
Depuis longtemps je l'eus reconnue entre maintes

Elle est de quand j'aurai dans l'aile
Le plomb qui vous aura déplu
De quand vous ne m'aimerez plus
Mes amis qui m'êtes fidèles
Quand j'aurai eu ma part de retour d'hirondelles

À vivre demain tout de suite
Cela me fait peu d'aujourd'hui
Si je m'attarde au bord d'un puits
À boire trop peu et trop vite
Une eau qui fuit c'est que ma course est bien petite

Je ne sais ce qu'il vous en semble
Mais nous aurons touché du doigt
La surface des autrefois oui ne nous ont pas vus ensemble
Et sous le toit c'est toute la maison qui tremble

À vous de parler de mon village
J'avais vu la ville à l'envers
Une île à tort et à travers
À plus de ports et plus de plages
Et l'eau et l'air et le partage des nuages

En voulant tromper ma fatigue
L'ennui la peur la nuit le froid
J'ai chaussé d'un pied maladroit
Le soulier vivant de la gigue
Ce pas de quoi se passait d'arme aussi d'intrigue

J'ai remarqué que l'or en poudre
L'argent le fer le plomb surtout
Faisaient toujours les mêmes trous
Dans les hommes longs à recoudre
Toujours debout le héros attire la foudre

J'aime à faire aussi révérence
En l'an mil neuf cent vingt qui vient
À celles dont je me souviens
Et qui me sont mes espérances
Mon quotidien et ma parole et mon silence

Souvenez-vous que je me nomme
En essayant de vous nommer
Qu'il me fut doux de vous aimer
Entre le serpent et la pomme
Mes yeux fermés regarderont naître des hommes



Du même auteur :
Berceuse du temps de la colonie
La complainte
Les corbeaux
Mon Pays
Quand vous mourrez de nos amours

Ronsard - Ode à Corydon


interprété par Jacques Marchais sur une musique d'Alain Clavier

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Rachel Joselson
Composition : Jacques Leguerney



Pierre de Ronsard (1524-1585)


Ode à Corydon

Nous ne tenons en notre main
Le temps futur du lendemain;
La vie n'a point d'assurance,
Et pendant que nous désirons
La faveur des Rois, nous mourons
Au milieu de notre espérance.

L'homme après son dernier trépas
Plus ne boit ni mange là-bas,
Et sa grange qu'il a laissée
Pleine de blé devant sa fin
Et sa cave pleine de vin
Ne lui viennent plus en pensée.

Hé, quel gain apporte l'émoi?
Va, Corydon, apprête-moi
Un lit de roses épanchées;
Il me plaît, pour me défâcher,
A la renverse me coucher
Entre les pots et les jonchées.

Fais-moi venir Dorat ici,
Fais-y venir Jodelle aussi,
Et toute la Musine troupe;
Depuis le soir jusqu'au matin,
Je veux leur donner un festin
Et cent fois leur pendre la coupe.

Verse donc, et reverse encor
Dedans cette grand'coupe d'or,
Je vais boire à Henry Estienne,
Qui des enfers nous a rendu
Du vieil Anacréon perdu
La douce lyre Téienne.

A toi, gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles;
Amour son compagnon te doit
Vénus, et Silène qui boit
L'été dessous l'ombre des treilles.


Bernard Dimey - Sortilèges


        Composé et interprété par Jacques Marchais.



Bernard Dimey - (1931-1981)


Sortilèges

Dans les jardins de ma mémoire,
Sur les eaux calmes d’un étang
Où les licornes viennent boire
J’ai vu tes yeux se reflétant.
J’en redoute les sortilèges
Et ne m’approche qu’en tremblant
Pour mieux me laisser prendre au piège
Que j’ai redouté si longtemps.

Au jardin de la Mandragore
Je m’aventure chaque nuit,
Me promenant jusqu’à l’aurore
Malgré ton ombre qui me suit.
L’oiseau Phénix au vol superbe
Peut disparaître et revenir,
Ses cendres répandues dans l’herbe
De toi me font ressouvenir.

Au jardin bleu des espérances
J’ai vu danser les paons de nuit
Sur les arpèges du silence
Où vient se perdre mon ennui.
Mais au premier souffle de brise
Le son de ta voix me revient
Et le songe soudain se brise,
De notre amour ne reste rien.



Du même auteur :
Fredo
Ivrogne et pourquoi pas?
L'amour et la guerre 1/3
L'amour et la guerre 2/3
L'amour et la guerre 3/3
L'aventure, la voilà
La planète où mourir
Quartier des halles
Si tu me payes un verre
Sortilèges
Syracuse
Un soir au Gerpil

Aragon - Paris 42



Ecouter sur DEEZER
La version de Monique Morelli
Composition : Lino Leonardi




Louis Aragon - (1897-1982)


Paris 42

Une chanson qui dit un mal inguérissable
Plus triste qu'à minuit la place d'Italie
Pareille au point du jour pour la mélancolie
Plus de rêves aux doigts que le marchand de sable
Annonçant le plaisir comme un marchand d'oublies

Une chanson vulgaire et douce où la voix baisse
Comme un amour d'un soir doutant du lendemain
Une chanson qui prend les femmes par la main
Une chanson qu'on dit sous le métro Barbès
Et qui change à l'Etoile et descend à Jasmin

C'est Paris ce théâtre d'ombre que je porte
Mon Paris qu'on ne peut tout à fait m'avoir pris
Pas plus qu'on ne peut prendre à des lèvres leur cri
Que n'aura-t-il fallu pour m'en mettre à la porte
Arrachez-moi le coeur vous y verrez Paris

C'est de ce Paris-là que j'ai fait mes poèmes
Mes mots ont la couleur étrange de ses toits
La gorge des pigeons y roucoule et chatoie
J'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même
Et plus que de vieillir souffert d'être sans toi

Qui n'a pas vu le jour se lever sur la Seine
Ignore ce que c'est que ce déchirement
Quant prise sur le fait la nuit qui se dément
Se défend se défait les yeux rouges obscène
Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant

L'aorte du Pont Neuf frémit comme un orchestre
Où j'entends préluder le vin de mes vingt ans
Il souffle un vent ici qui vient des temps d'antan
Mourir dans les cheveux de la statue équestre
La ville comme un coeur s'y ouvre à deux battants

Le vent murmurera mes vers aux terrains vagues
Il frôlera les bancs où nul ne s'est assis
On l'entendra pleurer sur les quais de Passy
Et les ponts répétant la promesse des bagues
S'en iront fiancés aux rimes que voici


Paris s'éveille et moi pour retrouver ses mythes
Qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité
Je mettrais dans mes mains mon visage irrité
Que renaisse le chant que les oiseaux imitent
Et qui répond Paris quant on dit liberté