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Prévert - Cri du coeur


Ecouter la version Chantée
Compositeur : Henri Crolla
Interprète : Edith Piaf
- Diffusé par DEEZER -



Jacques Prévert - (1900-1977)


Cri du coeur

C'est pas seulement ma voix qui chante
c'est d'autres voix une foule de voix
voix d'aujourd'hui ou d'autrefois
Des voix marrantes ensoleillées
désespérées émerveillées
Voix déchirantes et brisées
voix souriantes et affolées
folles de douleur et de gaieté

C'est la voix d'un chagrin tout neuf
la voix de l'amour mort ou vif
la voix d'un pauvre fugitif
la voix d'un noyé qui fait plouf
C'est la voix d'une enfant qu'on gifle
c'est la voix d'un oiseau craintif
la voix d'un moineau mort de froid
sur le pavé d'la rue d'la Joie

Et toujours toujours quand je chante
cet oiseau-là chante avec moi
Toujours toujours encore vivante
sa pauvre voix tremble pour moi
Si je disais tout ce qu'il chante
tout c'que j'ai vu et tout c'que j'sais
j'en dirais trop et pas assez
Et tout ça je veux l'oublier

D'autres voix chantent un vieux refrain
c'est leur souvenir c'est plus le mien
je n'ai plus qu'un seul cri du coeur
J'aime pas l'malheur j'aime pas l'malheur
et le malheur me le rend bien
mais je l'connais il m'fait plus peur
Il dit qu'on est mariés ensemble
même si c'est vrai je n'en crois rien

Sans pitié j'écrase mes larmes
je leur fais pas d'publicité
Si on tirait l'signal d'alarme
pour des chagrins particuliers
jamais les trains n'pourraient rouler
Et je regarde le paysage
si par hasard il est trop laid
j'attends qu'il se r'fasse une beauté

Et les douaniers du désespoir
peuvent bien éventrer mes bagages
me palper et me questionner
j'ai jamais rien à déclarer
L'amour comme moi part en voyage
un jour je le rencontrerai
A peine j'aurai vu son visage
tout de suite je le reconnaîtrai.



Prévert - Quand tu dors


                      composition : Christiane Verger - Interprétation : Edith Piaf

Une interprétation live
de grande qualité par Edith Piaf
Composition : Christiane Verger
- Diffusé par DEEZER -




Jacques Prévert - (1900-1977)


Quand tu dors

Toi tu dors la nuit
moi j'ai de l'insomnie
je te vois dormir
ça me fait souffrir

Tes yeux fermés ton grand corps allongé
c'est drôle mais ça me fait pleurer
et soudain voilà que tu ris
tu ris aux éclats en dormant
où donc es-tu en ce moment
où donc es-tu parti vraiment
peut-être avec une autre femme
très loin dans un autre pays
et qu'avec elle c'est de moi que tu ris

Toi tu dors la nuit
moi j'ai de l'insomnie
je te vois dormir
ça me fait souffrir

Lorsque tu dors je ne sais pas si tu m'aimes
t'es tout près, mais si loin quand même
je suis toute nue serrée contre toi
mais c'est comme si j'étais pas là
j'entends pourtant ton coeur qui bat
je ne sais pas s'il bat pour moi
Je ne sais rien, je ne sais plus
je voudrais qu'il ne batte plus ton coeur
si jamais un jour tu ne m'aimais plus...

Toi tu rêves la nuit
moi j'ai de l'insomnie
je te vois rêver
ça me fait pleurer

Voilà le jour et soudain tu t'éveilles
et c'est à moi que tu souris
tu souris avec le soleil
et je ne pense plus à la nuit
tu dis les mots toujours pareils
"As-tu passé une bonne nuit"
et je réponds comme la veille
"Oui mon chéri j'ai bien dormi
et j'ai rêvé de toi comme chaque nuit"



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Cora Vaucaire
Composition : Christiane Verger

Gaston Couté - La Julie jolie


        Interprété par Edith Piaf - Musique: Léo Daniderff, 1936


sur DEEZER
Interprétation :
Suzy Solidor
Composition :
Léo Daniderff

sur DEEZER
Interprétation :
René Louis Lafforgue
Composition :
Léo Daniderff

sur DEEZER
Interprétation :
Le P'tit Crème
Composition :
Le P'tit Crème




Gaston Couté - (1880-1911)


La Julie jolie

A la luée de la Saint-Jean
Un fermier qui se raclait des rentes
Dans le champ de misère des pauvres gens
Alla s'enquérir d'une servante
Après avoir hoché longtemps
Pour quatre paires de sabiots par an
Avec la croûte, et puis le logement
Il fit embauche de la Julie
La Julie, qu'était si jolie...

Il l'employa sans un brin de repos
Du fin matin à la nuit grande
A mener pâturer les bestiaux
Dans l'herbe déleudée de la lande
Mais un soir qu'il était tout joyeux
D'avoir liché quelques coups de vin
Il se sentit devenir amoureux
Et sauta dans le lit de la Julie
La Julie, qu'était si jolie...

Depuis ce jour-là devenu fou d'amour
Il t'y paya des amusettes
Des affutiaux que l'orfève du bourg
Vous compte toujours des yeux de la tête
Puis vendit brêmailles et genêts
Vendit sa lande et son troupet
A seule fin de se faire des jaunets
Pour mettre dans le bas blanc de la Julie
La Julie, qu'était si jolie...

Si bien qu'un coup qu'il eut plus rien
Il eut vendu jusqu'à sa ferme
A le mit dehors au vent du chemin
Comme un gars qui paie plus son terme
Mais ce jour-là c'était la Saint-Jean
Pour quatre paires de sabiots par an
Avec la croûte et puis le logement
Il s'embaucha chez la Julie
La Julie, qu'était si jolie...


Couté - Va danser

Lithographie d'Edmond Heuzé d'après l'oeuvre de Gaston Couté


sur DEEZER
Interprétation :
Monique Morelli
Composition :
Marcel Legay

sur DEEZER
Interprétation :
Edith Piaf
Composition :
Marcel Legay

sur DEEZER
Interprétation :
Jacques Douai
Composition :
Marcel Legay




Gaston Couté - (1880-1911)


Va danser

Au mois d’août, en fauchant le blé,
On crevait de soif dans la plaine.
Le corps en feu je suis allé
Boire à plat ventre à la fontaine.
L’eau froide m’a glacé les sangs
Et je meurs par ce tendre d’automne
Où l’on danse devant la tonne
Durant les beaux soirs finissants.

J’entends les violons, Marie.
Va, petiote que j’aimais bien;
Moi, je n’ai plus besoin de rien.
Va-t-en danser à la frairie.
J’entends les violons, Marie.


Veux-tu bien me sécher ces pleurs?
Les pleurs enlaidissent les belles!
Mets ton joli bonnet à fleurs
Et ton devantier en dentelle.
Rejoins les jeunesses du bourg
Au bourg où l’amour les enivre,
Car, si je meurs, il te faut vivre...
Et l’on ne vit pas sans amour!

Entre dans la ronde gaiement,
Choisis un beau gars dans la ronde
Et donne-lui ton cœur aimant
Qui resterait seul en ce monde.
Oui, j’étais jaloux, cet été,
Quand un autre t’avait suivie,
Mais on ne comprend bien la vie
Que sur le point de la quitter.

Après ça, tu te marieras,
Et quand la moisson sera haute,
Avec ton homme aux rudes bras,
Moissonnant un jour côte à côte,
Vous viendrez peut-être à parler,
Émus de pitié grave et sobre,
De Jean qui mourut en octobre,
D’un mal pris en fauchant les blés.




sur DEEZER
Interprétation :
Yvonne Darle
Composition :
Marcel Legay

sur DEEZER
Interprétation :
Patachou
Composition :
Marcel Legay

sur DEEZER
Interprétation :
Marcel Amont
Composition :
Marcel Legay

Richepin - Les deux ménétriers

Un portrait assez fidèle de Jean Richepin par Rigel d'Illzach

Ecouter la version chantée
interprétée par Edith Piaf
sur une musique de Lucien Durand
- Diffusé par DEEZER -



Jean Richepin - (1849-1926)


Les deux ménétriers

Sur les noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Par le royaume des morts
Vont deux blancs ménétriers.

Ils vont un galop d'enfer,
Tout en raclant leurs crincrin
Avec des archets de fer,
Ayant des cheveux pour crins.

Au fracas des durs sabots,
Au rire des violons,
Les morts sortent des tombeaux.
Dansons et cabriolons!

Et les trépassés joyeux
Suivent par bonds et soufflant,
Avec une flamme aux yeux,
Rouge dans leurs crânes blancs.

Soudain les chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers
Font halte et voici qu'aux morts
Parlent les ménétriers.

Le premier dit, d'une voix
Sonnant comme un tympanon:
Voulez-vous vivre deux fois?
Venez, la Vie est mon nom!

Et tous, même les plus gueux
Qui de rien n'avaient joui,
Tous, dans un élan fougueux,
Les morts ont répondu: Oui!

Alors l'autre, d'une voix
Qui Soupirait comme un cor,
Leur dit: Pour vivre deux fois,
Il vous faut aimer encore.

Aimez donc! Enlacez vous!
Venez, l'Amour est mon nom.
Mais tous, même les plus fous,
Les morts ont répondu: non!

Et de leurs doigts décharnés,
Montrant leurs coeurs en lambeaux,
Avec des cris de damnés,
Sont rentrés dans leur tombeaux.

Et les blancs ménétriers
Sur leurs noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Ont laissé dormir les morts.



Du même auteur :
Au cimetière
Larmes
Le ciel est transi
Le fou
Les deux ménétriers
Les oiseaux de passage
Les philistins
Mon verre est vidé
Sonnet d'automne