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Olivier de Magny -
Aurons-nous point la paix ?


                La bataille de Marignan par Alexandre Evariste Fragonard

Ecouter la version chantée
Interprétation : Colette Magny
Composition : Colette Magny
- Diffusé par DEEZER -




Olivier de Magny - (1529-1560)


Aurons-nous point la paix ?

Gordes, que ferons-nous ? Aurons-nous point la paix ?
Aurons-nous point la paix quelquefois sur la terre ?
Sur la terre aurons-nous si longuement la guerre,
La guerre qui au peuple est un si pesant faix ?

Je ne vois que soudards, que chevaux et harnois,
Je n'ois que deviser d'entreprendre et conquerre,
Je n'ois plus que clairons, que tumulte et tonnerre
Et rien que rage et sang je n'entends et ne vois.

Les princes aujourd'hui se jouent de nos vies,
Et quand elles nous sont après les biens ravies
Ils n'ont pouvoir ni soin de nous les retourner.

Malheureux sommes-nous de vivre en un tel âge,
Qui nous laissons ainsi de maux environner,
La coupe vient d'autrui, mais nôtre est le dommage.


Verlaine - Le Ciel est par-dessus le Toit


                  La version de Colette Magny

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Marc Robine
Musique d'Helène Triomphe
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Renée Doria
Compositeur : Reynaldo Hahn



Paul Verlaine - (1844-1896)

Sagesse

D'une prison

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?




Ecouter sur DEEZER
Interprété par Gérard Souzay
Compositeur : Gabriel Fauré

Louise Labé - Baise m'encor


   Interprètes : Alexandrina Chelu et l'ensemble Rock Filarmonica

La version de Colette Magny
- Diffusée par DEEZER -




Louise Labé - (1524-1566)


Baise m'encor

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux :
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.



Du même auteur :
Baise m'encor
Je vis, je meurs
Las ! que me sert...
Luth, compagnon de ma calamité
Ô Beaux yeux bruns
Ô longs désirs
On voit mourir toute chose animée
Quelle grandeur ?
Tant que mes yeux
Tout aussitôt que je commence à prendre

Rimbaud - Chanson de la plus haute tour

               Arthur Rimnbaud par Fernand Léger

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Léo Ferré




Arthur Rimbaud - (1854-1891)

Derniers vers


Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête,
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Patrie
A l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent !



Ecouter sur DEEZER
Version très libre
de Colette Magny

Hugo - Chanson en canot


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Colette Magny



Victor Hugo - Toute la Lyre - 1862


Chanson en canot

Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs,
Et vivent les femmes bien faites,
La Seine et les grandes chaleurs!

Je m'amuse et je me promène.
Amis, ayons congé! Versons
Le dimanche sur la semaine,
Et sur tous les jours des chansons.
Les bois sont pleins de pâquerettes,
De geais et de merles siffleurs.
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.

Vacances sans trêve! Est-il sage
De s'ennuyer six jours sur sept?
Victoire m'attend au passage
Avec une fleur au corset.
Donc, amis, Victoire et conquêtes!
Les hommes joyeux sont meilleurs.
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont, des fleurs.

Le bon Dieu n'ôte pas leurs ailes
Aux papillons passé midi;
Les roses sont tout aussi belles
Le mercredi que le jeudi,
Et les dimanches et les fêtes
N'ajoutent rien à leurs couleurs.
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.

Ô prêtre, en quelle erreur tu tombes!
Est-ce qu'on voit, à certains jours,
Cypris dételer ses colombes
Du char stupéfait de l'amour?
Les nids sont-ils dans leurs retraites
Moins tendres et moins querelleurs?
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.

Papas et maris, vieux bonshommes,
Je ne m'occupe pas de vous;
Donc ne venez point où nous sommes
Troubler la fête des yeux doux.
Je ne veux savoir où vous êtes
Qu'afin de tâcher d'être ailleurs.
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de. loup sont des fleurs.

Marthe, il faut qu'on s'enrégimente
Dans le régiment de Vénus,
Et que chacun ait une amante,
Et je veux baiser tes pieds nus.
Ça, mesdames, êtes-vous prêtes?
Les amours sont les racoleurs.
Les gueules de loup. sont des. bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.

Marthe apparaît à sa lucarne.
Lise m'appelle et me répond.
Choisissez: la Seine, ou la Marne?
Asnières, ou Joinville-le-Pont?
Partons, l'aurore est sur nos têtes,
Gais bateliers, gais bateleurs!
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.

Parfois, en rêve, je me sauve
Vers l'océan bouleversé,
Trop étroit pour ma chanson fauve,
Chantant son refrain insensé!
Mais Lise, à travers les tempêtes,
Me fait des pieds de nez railleurs.
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.

Marthe et Lise, amis, sont gentilles.
Embrassons-les à tout moment.
Prendre un baiser aux belles filles,
C'est les traiter honnêtement.
Il sied d'être toujours honnêtes,
Donc il faut être un peu voleurs.
Les gueules de loup sont des bêtes,
Les gueules de loup sont des fleurs.



Ecouter sur DEEZER
Par Cathy Fernandez et Colombe Frézin
sur une musique de Colette Magny

Aragon - Richard II Quarante

                                L'entrevue de Montoire

Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Colette Magny




Louis Aragon - (Septembre 1940)


Richard II Quarante

Ma patrie est comme une barque
Qu’abandonnèrent ses haleurs
Et je ressemble à ce monarque
Plus malheureux que le malheur
Qui restait roi de ses douleurs

Vivre n’est plus qu’un stratagème
Le vent sait mal sécher les pleurs
Il faut haïr tout ce que j’aime
Ce que je n’ai plus donnez-leur
Je reste roi de mes douleurs

Le coeur peut s’arrêter de battre
Le sang peut couler sans chaleur
Deux et deux ne fassent plus quatre
Au Pigeon-Vole des voleurs
Je reste roi de mes douleurs

Que le soleil meure ou renaisse
Le ciel a perdu ses couleurs
Tendre Paris de ma jeunesse
Adieu printemps du Quai-aux-Fleurs
Je reste roi de mes douleurs

Fuyez les bois et les fontaines
Taisez-vous oiseaux querelleurs
Vos chants sont mis en quarantaine
C’est le règne de l’oiseleur
Je reste roi de mes douleurs

Il est un temps pour la souffrance
Quand Jeanne vint à Vaucouleurs
Ah coupez en morceaux la France
Le jour avait cette pâleur
Je reste roi de mes douleurs


Hugo - La blanche Aminte


Ecouter sur DEEZER
Interprétation de
Colette Magny



Victor Hugo


La blanche Aminte

Sitôt qu'Aminte fut venue
Nue,
Devant le dey qui lui semblait
Laid,

Plus blanche qu'un bloc de Carrare
Rare,
Elle défit ses cheveux blonds,
Longs.

Alors, ô tête de l'eunuque,
Nuque
Du Bostangi, tu te courbas
Bas.

Le bassa, dont l'amour enflamme
L'âme,
À ses pieds laissa son mouchoir
Choir,

En disant : - Ne sois pas rebelle,
Belle,
Tes pieds blancs et tes blonds cheveux
Veux.

Or, c'était le bassa d'Épire,
Pire,
Qu'un vrai moine et plus qu'un manchot
Chaud,

Faisant turques et circassiennes
Siennes,
Et pour soi seul en nourrissant
Cent.

Donc, à sa parole exigeante,
Gente,
Aminte ne dit rien au vaurien
Rien.

Elle inclina son cou de cygne,
Signe
Qu'elle trouvait le vieux corbeau
Beau.

Quand ses femmes virent Aminte,
Mainte
Jalouse idée à plus de vingt
Vint.

Longtemps le sérail infidèle
D'elle
Parla, puis de ses cheveux blonds
Longs,

Les blanches qu'à Chypre on rencontre
Contre,
Et les noires de Visapour
Pour.


Hugo - Les Tuileries


                Interprétation de Colette Magny - Musique de Lucien Mérer





Victor Hugo - (18012-1885)

Chansons des rues et des bois


Les Tuileries

Nous sommes deux drôles
Aux larges épaules,
De joyeux bandits,
Sachant rire et battre,
Mangeant comme quatre,
Buvant comme dix.

Quand, vidant les litres,
Nous cognons aux vitres
De l’estaminet,
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet.

Nous vivons en somme,
On est honnête homme,
On n’est pas mouchard.
On va le dimanche,
Avec Lise ou Blanche,
Dîner chez Richard.

Nous vivons sans gîte,
Goulûment et vite,
Comme le moineau,
Haussant nos caprices
Jusqu’aux cantatrices
De chez Bobino.

La vie est diverse,
Nous bravons l’averse
Qui mouille nos peaux;
Toujours en ribotes
Ayant peu de bottes
Et point de chapeaux.

Nous avons l’ivresse,
L’amour, la jeunesse,
L’éclair dans les yeux,
Des poings effroyables,
Nous sommes des diables,
Nous sommes des dieux!

-----------------------

Nos deux seigneuries
Vont aux Tuileries
Flâner volontiers,
Et dire des choses
Aux servantes roses
Sous les marronniers.

Sous les ombres vertes
Des rampes désertes
Nous errons le soir,
L’eau fuit, les toits fument,
Les lustres s’allument,
Dans le château noir.

Notre âme recueille
Ce que dit la feuille
À la fin du jour,
L’air que chante un gnome.
Et, place Vendôme,
Le bruit du tambour.

Les blanches statues
Assez peu vêtues,
Découvrent leur sein,
Et nous font des signes
Dont rêvent les cygnes
Sur le grand bassin.

Ô Rome! ô la Ville!
Annibal, tranquille,
Sur nous, écoliers,
Fixant ses yeux vagues,
Nous montre les bagues
De ses chevaliers.

La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombres et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Yves Montand
Composition : Lucien Mérer

                        Gavroche - Dessin de Victor Hugo