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Mac Orlan - La fille des bois


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Monique Morelli
Musique de Léo Ferré
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Francesca Soleville
Musique de Léo Ferré




Pierre Mac Orlan - (1882-1970)


La fille des bois

Quand je me souviens de ma belle enfance
Et des boniments que j’ai entendus
Sur le mois de Mai et ses espérances
J’étais l’oiselet piégé dans la glu
J’étais une enfant, c’est incontestable
Mais une enfant moche comme je ne sais quoi
Par définition une enfant coupable
Quêtant l’aventure le soir au coin d’un bois

Au coin de ce bois pleurait la chevêche
Elle en avait l’air, mais cette garce-là
Au lieu de gémir se riait de ma dèche
Et de mes pieds nus bleuis par le froid
Une nuit j’aperçus aux branches d’un chêne
Deux ou trois pendus en guise de pavois
Les freux ressemblaient à des fruits d’ébène
Alors j’esquissais le signe de la croix.

C’était le chef d'oeuvre d’un grand capitaine
Qui peuplait le pays de ses souvenirs
J’étais bien trop jeune pour sentir ma peine
Ça ne m’empêchait pas de me rendormir
Les marpauts venus d’un pauvre village
Galopaient la nuit de peur des narquois
Mais moi j’attendais sans doute un beau page
Vêtu d’écarlate coiffé comme un roi

La nature est bonne pour tout ce qui bouge
Plus tard un vaurien m’a prise par la main
Ceux du coin du bois l’appelaient d’Auneau le Rouge
Il m’a dit: "saute gueuse, le lit est dans le foin"
Ce fut la kermesse tendre et libertine
Jusqu’au jour fatal où je le vis tout droit;
Dans l’aube livide quand la guillotine
Tendait ses deux bras devant le beffroi

Alors comme il faut une fin à toutes choses
Aussi décrépite qu’un hibou tondu
Je suis revenue prendre ma pose
A l’orée du bois du bon temps perdu
C’est l’heure de la fin pour les vielles drôlesses
Je ne vaux pas plus qu’un fagot de bois mort
C’est peut-être l’image d’une vie sans sagesse
Mais pour la sagesse... c’était pas mon fort.




Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Musique de Léo Ferré

Du même auteur :
Jean de la Providence de Dieu
La Belle de Mai
La chanson de Margaret
La fille de Londres
La fille des bois
Le pont du nord
Marie-Dominique
Tendres promesses

Raymond Queneau - Adieu



Ecouter sur DEEZER
Chanté par Catherine sauvage
Musique de Jack Diéval




Raymond Queneau - (1903-1976)


Adieu

Adieu ce grand point ces horizontales
Ses arches ses murs et ses escaliers
Ses fers peints en rouge et se balustrades
Adieu ce grand pont qui baigne ses pieds

Adieu la maison et ses verticales
Sa toiture mauve et ses volets gris
Sa radio béante et dominicale
Adieu la maison d'où je suis parti

Adieu cette ville et sa vie oblique
Ses pavés bien nus son asphalte noir
Ses squelettes gras ses os méphitiques
Adieu cette ville où meurt ma mémoire



Du même auteur :
Adieu
Ballade en proverbes du vieux temps
Bien placés, bien choisis
Complainte
Exercices de style - Alexandrins
Exercices de style - Botanique
Exercices de style - Ode
Exercices de style - Sonnet
Il pleut
L'écolier
Perplexité
Saint-Ouen's blues
Si tu t'imagines
Tant de sueur humaine

Philippe Soupault - La fileuse


Ecouter la version chantée
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : André Popp
- Diffusé par DEEZER -



Philippe Soupault - (1897-1990)


La fileuse

Je file les rayons de lune
le vent qui souffle et la fumée
je file les lambeaux de brume
les cheveux d'ange et les reflets
Je choisis les parfums très doux
les lueurs de l'aube et les soucis
pour ma quenouille de cristal
et mes rêves les plus secrets

Quand le soir tombe je file encore
pour que passent le temps et la vie
Je prépare mon crépuscule
mon agonie et mon décès
Tous les fils de ma vie s'emmêlent
et je me perds dans mes regrets
dans l'écheveau de mes remords
en attendant l'heure de la mort



Du même auteur :
365 heures
Estuaire
La bouée
La fileuse
Mais vrai
Rêves

Aragon - La porte d'Elvire


        Granada - Puerta de Elvira
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : Paul Amar



Louis Aragon - (1897-1982)


La porte d'Elvire

Quand tu rompis ta lance à la porte d'Elvire
T'en souviens-tu dis-moi du beau temps qu'il faisait
Et les yeux des remparts qui au loin te suivirent
Ressemblaient les fruits noirs saignant aux cerisaies

Ô paysage énorme à ta course ouvert comme
Un miroir où se heurte et s'étonne le vent
T'en souviens-tu dis-moi des chevaux et des hommes
Et de l'immense orgueil d'être jeune et vivant

Les cavaliers avaient l'air d'aller à l'école
Habillés pour la mort aux couleurs du matin
Il chantaient doucement des chansons sans paroles
Et regardaient mûrir le jour de leur destin

T'en souviens-tu dis-moi quand tu rompis ta lance
Au sortir de Grenade et du pressentiment
Qui fit dans ton armée un moment de silence
Et posa sur ton front sa pâleur un moment

Mais déjà les tambours menaient la promenade
Et les slouguis rivalisaient avec le feu
Quand tu rompis ta lance au sortir de Grenade
Le ciel laissa tomber son grand bouclier bleu


Verlaine - Pensionnaires


        Lithographies de Pierre Bonnard pour le recueil "Les Amies"

Ecouter la version chantée
Interprétation : Léo Ferré
Composition : Léo Ferré
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : Léo Ferré
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Pensionnaires

L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize ;
Toutes deux dormaient dans la même chambre.
C'était par un soir très lourd de septembre
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise.

Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise,
La fine chemise au frais parfum d'ambre.
La plus jeune étend les bras, et se cambre,
Et sa soeur, les mains sur ses seins, la baise,

Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises ;

Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises,
Et, rose, sourit avec innocence.


Eluard - Dormir


        Pablo Picasso - La dormeuse aux persiennes

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Musique de Philippe-Gérard



Paul Eluard - (1895-1952)


Dormir

Dormir, la lune dans un œil et le soleil dans l’autre,
Un amour dans la bouche, un bel oiseau dans les cheveux,
Parée comme les champs, les bois, les routes et la mer,
Belle et parée comme le tour du monde.

Puis à travers le paysage,
Parmi les branches de fumée et tous les fruits du vent,
Jambes de pierre aux bas de sable,
Prise à la taille, à tous les muscles de rivière,
Et le dernier souci sur un visage transformé.


Vigneault - Les corbeaux


Ecouter la version chantée
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : Gilles Vigneault
- Diffusé par DEEZER -



Gilles Vigneault


Les corbeaux

Ah! que le temps nous semblait beau
Ah! que le temps m'a brisé d'elle
Je dessinais des hirondelles
Sous le vol moqueur des corbeaux
Ah! que le temps m'est infidèle
Ah! que le temps me fait défaut


Chacun dit que tout est fini
Au moment où tout recommence
Et notre misère est immense
Et dehors qui tourne en silence
Le soleil vaste comme un lit
Tu ris au loin et moi j'y pense

Tu mets à t'éloigner de moi
Le jeu, la hâte et la sagesse
Qui te font vivre et qui me blessent
Et c'est toi-même que tu laisses
Dans cet espace déjà froid
Que j'avais pris pour ma jeunesse

Si quelques mots de ma chanson
Eveillent au fond de ta tête
L'écho d'une vague amourette
Même à ressemblance parfaite
N'en gaspille point un frisson
C'est pour une autre qu'elle est faite

Tu es l'espoir, je suis remords
Le mot demain nous égalise
Et de chambre close en église
Au fond de nous se cristallise
Le beau diamant de la mort
Vis maintenant, fais à ta guise

Ah! que le temps nous était beau
Ah! que le temps la faisait belle
Je dessinais mes hirondelles
Sous le vol moqueur des corbeaux
Ah! que le temps m'est infidèle
Ah! que le temps nous fait défaut



Du même auteur :
Berceuse du temps de la colonie
La complainte
Les corbeaux
Mon Pays
Quand vous mourrez de nos amours

Queneau - Il pleut


        Jean-François Millet - Bergère avec son troupeau

Ecouter la version chantée
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : Jack Diéval
- Diffusé par DEEZER -



Raymond Queneau (1903-1976)


Il pleut

Il pleut sur la bergère
Il pleut sur les moutons
J’entends la locotière
Et j’entends les wagons

Dans le fond du vallon
Tout juste une prairie
J’aperçois un wagon
Une locomotrie

Il pleut sur la bergère
Il pleut sur les wagons
C’est le progrès sorcière
La civilisation



Du même auteur :
Adieu
Ballade en proverbes du vieux temps
Bien placés, bien choisis
Complainte
Exercices de style - Alexandrins
Exercices de style - Botanique
Exercices de style - Ode
Exercices de style - Sonnet
Il pleut
L'écolier
Perplexité
Saint-Ouen's blues
Si tu t'imagines
Tant de sueur humaine

Mac Orlan - La Belle de Mai


Germaine Montero principale interprète de Pierre Mac Orlan
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Germaine Montero
Musique de Marceau Verschueren



Pierre Mac Orlan (1882-1970)


La Belle de Mai

Moi le soir à la Manufacture
Je travaillais bien sagement;
Lui à Saint-Charles sans coupure
Se défendait, je n’sais comment.
C’était un gosse de la Marsiale,
C’était un p’tit môme bien fringué.
Et si j’en parle, c’est qu’à Saint-Charles
Près d’la caserne j’l’ai rencontré.

Ah comme je l’aimais
Comme on s’aimait
A la Belle de Mai
Quand je l'ai connu
J’ai tout d’suite su
Que j’m’appartenais plus.
Il m'ensorcelait,
Me possédait
Toujours comme il voulait.
J’me suis mise en brême
Car si l’on aime
On ne sait plus ce qu’on fait.


Mais à trop faire le mariole
Ca ne pouvait guère rapporter.
Avec d’autres miroirs à cagoles
A Saint-Jean on l’a convoqué.
J’lui ai r’filé ma dernière thune,
On a d’l’honneur dans la maison.
Cette mistonne c’est une fortune
Disaient les mômes du bataillon.

Il m’écrit de Foum Tatahouine
Que c’est un bien triste patelin.
Je montre ses lettres à mes copines,
Il montre les miennes à ses copains.
A la Belle de Mai on assure
Que je suis doublée et comment,
Par une môme en villégiature,
Une vendeuse de boniments.

Si c’est ça le service en campagne
Tu n'dois pas mourir de chagrin,
T'as bien trop joué à qui perd gagne,
Moi j’ferme la banque et j’passe la main.
Tu peux l’appeler je m’en balance
Carmen, "Sa Pomme" ou Kedidja
C’est du kif. A ton retour en France
Tu verras comment ça s’passera.

Des hommes j’en connais
Des vrais de vrais
A la Belle de Mai.
Ceux du Bataillon
Rengracieront
Pour tâter mon pognon.
Tu m’as fait des traits
Ca c’est parfait
Mais faut régler les frais.
Quand on est en brême
On sait tout d’même
A peu près ce qu’on fait.



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Musique de Marceau Verschueren

Du même auteur :
Jean de la Providence de Dieu
La Belle de Mai
La chanson de Margaret
La fille de Londres
La fille des bois
Le pont du nord
Marie-Dominique
Tendres promesses

Baudelaire - Le Serpent qui Danse


        Composé et interprété par le groupe Dode

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Musique de Leo Ferré
Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Serge Gainsbourg



Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal
Spleen et idéal - XXVIII


Le Serpent qui Danse

Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle
L'or avec le fer.

À te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D'un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D'étoiles mon coeur !



Vigneault - Quand vous mourrez de nos amours





Gilles Vigneault


Quand vous mourrez de nos amours

Quand vous mourrez de nos amours
J'irai planter dans le jardin
Fleur à fleurir de beau matin
Moitié métal moitié papier
Pour me blesser un peu le pied
Mourez de mort très douce
Qu'une fleur pousse

Quand vous mourrez de nos amours
J'en ferai sur l'air de ce temps
Chanson chanteuse pour sept ans
Vous l'entendrez, vous l'apprendrez
Et vos lèvres m'en sauront gré
Mourez de mort très lasse
Que je la fasse

Quand vous mourrez de nos amours
J'en ferai deux livres si beaux
Qu'ils vous serviront de tombeaux
Et m'y coucherai à mon tour
Car je mourrai le même jour
Mourez de mort très tendre
A les attendre

Quand vous mourrez de nos amours
J'irai me pendre avec la clef
Au crochet des bonheurs bâclés
Et les chemins par nous conquis
Nul ne saura jamais par qui
Mourez de mort exquise
Que je les dise

Quand vous mourrez de nos amours
Si trop peu vous reste de moi
Ne me demandez pas pourquoi
Dans les mensonges qui suivraient
Nous ne serions ni beaux ni vrais
Mourez de mort très vive
Que je vous suive



Du même auteur :
Berceuse du temps de la colonie
La complainte
Les corbeaux
Mon Pays
Quand vous mourrez de nos amours

Aragon - Un jour j'ai cru te perdre


                Catherine Sauvage

Ecouter la version chantée
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : Lino Léonardi
- Diffusé par DEEZER -

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jacques Douai
Composition : Lino Léonardi
- Diffusé par DEEZER -




Louis Aragon - (1897-1982)

Le roman inachevé


Un jour j'ai cru te perdre

Toute une nuit j'ai cru tant son front était blême
Tant le linge semblait son visage et ses bras
Toute une nuit j'ai cru que je mourais moi-même
Et que j'étais sa main qui remontait le drap

Celui qui n'a jamais ainsi senti s'éteindre
Ce qu'il aime peut-il comprendre ce que c'est
Et le gémissement qui ne cessait de plaindre
Comme un souffle d'hiver à travers moi passait

Toute une nuit j'ai cru que mon âme était morte
Toute une longue nuit immobile et glacé
Quelque chose dans moi grinçait comme une porte
Quelque chose dans moi comme un oiseau blessé

Toute une nuit sans fin sur ma chaise immobile
J’écoutais l'ombre et le silence grandissant
Un pas claquait parfois le pavé de la ville
Puis rien qu'à mon oreille une artère et le sang

Il a passé sur moi des heures et des heures
Je ne remuais plus tant j'avais peur de toi
Je me disais je meurs c'est moi c'est moi qui meurs
Tout à coup les pigeons ont chanté sur le toit


Berimont - Madame à minuit


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Jacques Douai
Sur une musique de Léo Ferré




Luc Bérimont - (1915-1983)


Noël

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n'est plus de fous,
L'heure de minuit, cette heure où l'on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx

J'avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l'été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d'hiver a tout emporté

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n'est rien venu d'autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l'orange amère
Et ton souvenir m'arrache le cœur

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Sur une musique de Léo Ferré
Ecouter sur YOUTUBE
Compositeur : Léo Ferré
Interprète : Marc Ogeret

Du même auteur :
Chanson de l'été
Chanson pour la nommer
Haute plainte en plaine l'hiver
Je parle de la mer
Je t'attends aux grilles des routes
La nuit
Le voyageur
Noël (Madame à minuit)
Rémouleur
Soleil
Stances

Vigneault - Mon Pays


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Catherine Sauvage
Composition : Gilles Vigneault




Gilles Vigneault - (1928-)


Mon Pays

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin c'est la plaine
Mon chemin ce n'est pas un chemin c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver

Dans la blanche cérémonie
Où la neige au vent se marie
Dans ce pays de poudrerie
Mon père a fait bâtir maison
Et je m'en vais être fidèle
À sa manière à son modèle
La chambre d'amis sera telle
Qu'on viendra des autres saisons
Pour se bâtir à côté d'elle

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Mon refrain, ce n'est pas un refrain, c'est rafale
Ma maison, ce n'est pas ma maison, c'est froidure
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
À préparer le feu la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'envers
D'un pays qui n'était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n'est pas ma chanson c'est ma vie
C'est pour toi que je veux posséder mes hivers...





        Ecrit, composé et interprété par Gilles Vigneault

Du même auteur :
Berceuse du temps de la colonie
La complainte
Les corbeaux
Mon Pays
Quand vous mourrez de nos amours

Mac Orlan - La Fille de Londres

Pierre Mac Orlan
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Germaine Montero
Musique de Marceau Verschueren
Ecouter sur DEEZER
Interprété par Sanseverino
Musique de Marceau Verschueren



Pierre Mac Orlan (1882-1970)


La Fille de Londres

Un rat est venu dans ma chambre
Il a rongé la souricière
Il a arrêté la pendule
Et renversé le pot à bière
Je l'ai pris entre mes bras blancs
Il était chaud comme un enfant
Je l'ai bercé bien tendrement
Et je lui chantais doucement

Dors mon rat mon flic dors mon vieux Bobby
Ne siffle pas sur les quais endormis
Quand je tiendrai la main de mon chéri

Un chinois est sorti de l'ombre
Un chinois a regardé Londres
Sa casquette était de marine
Ornée d'une ancre coralline
Devant la porte de Charlie
A Pennyfields j'lui ai souri
Dans le silence de la nuit
En murmurant je lui ai dit

Je voudrais je voudrais je n'sais trop quoi
Je voudrais ne plus entendre ma voix
J'ai peur j'ai peur de toi j'ai peur de moi

Sur son maillot de laine bleue
On pouvait lire en lettres rondes
Le nom d'une vieille compagnie
Qui paraît-il fait l'tour du monde
Nous sommes entrés chez Charlie
A Pennyfields loin des soucis
Et j'ai dansé toute la nuit
Avec mon chinetoque ébloui

Et chez Charlie il faisait jour et chaud
Ted jouait Daisy Belle sur son vieux piano
Un piano avec des dents de chameau

J'ai conduit le chinois dans ma chambre
Il a mis le rat à la porte
Il a remonté la pendule
Il a rempli le pot à bière
Je l'ai pris dans mes bras tremblants
Pour le bercer comme un enfant
Il s'est endormi sur le dos
Alors j'lui ai pris son couteau

C'était un couteau perfide et glacé
Un sale couteau rouge de vérité
Un sale couteau rouge ... sans spécialité



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Catherine Sauvage
Musique de Marceau Verschueren

Du même auteur :
Jean de la Providence de Dieu
La Belle de Mai
La chanson de Margaret
La fille de Londres
La fille des bois
Le pont du nord
Marie-Dominique
Tendres promesses