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Jules Laforgue - Clair de lune


Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Francois Gardeil
Composition : Henri Sauguet
- Diffusé par DEEZER -



Jules Laforgue - (1860-1887)


Clair de lune de Novembre

Voyez un clair de lune de Novembre dans
le plein enchantement d'une brume fine
immobile au dessus du fleuve large qu'on
devine aux feux réfléchis et sa berge effacée
d'une ligne de plusieurs lieues de collines
avec leur feux mobiles.

Et là-haut la lune
comme la clef énigmatique de cet
enchantement immobile, et qu'un souffle
semble-t-il ferait redevenir cruel et cru.



Du même auteur :
Clair de lune de Novembre
Notre petite compagne
Petite chapelle
Sancta simplicitas

Carco - Ton ombre


        Adolfo Kaminsky - 1946

Ecouter la version chantée
Composée et interprétée
par Marc Robine (texte bleu)
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
par Jacques Douai (texte restant)
Composition : T.Vial
- Diffusé par DEEZER -



Francis Carco (1886-1958)


Ton ombre

Quand je t'attendais, dans ce bar,
La nuit, parmi des buveurs ivres
Qui ricanaient pour avoir l'air de rire,
Il me semblait que tu arrivais tard
Et que quelqu'un te suivait dans la rue.
Je te voyais te retourner avant d'entrer.
Tu avais peur. Tu refermais la porte.
Et ton ombre restait dehors:
C'était elle qui te suivait.

Ton ombre est toujours dans la rue
Près du bar où je t'ai si souvent attendue,
Mais tu es morte
Et ton ombre, depuis, est toujours à la porte.
Quand je m'en vais, c'est à présent moi qu'elle suit
Craintivement, comme une bête.
Si je m'arrête, elle s'arrête.
Si je lui parle, elle s'enfuit.


Ton ombre est couleur de la pluie,
De mes regrets, du temps qui passe.
Elle disparaît et s'efface
Mais envahit tout, à la nuit.

Sous le métro de la Chapelle
Dans ce quartier pauvre et bruyant,
Elle m'attend, derrière les piliers noirs,
Où d'autres ombres fraternelles
Font aux passants, qu'elles appellent,
De grands gestes de désespoir.

Mais les passants ne se retournent pas.
Aucun n'a jamais su pourquoi,
Dans le vent qui fait clignoter les réverbères,
Dans le vent froid, tant de mystère
Soudain se ferme sur ses pas...

Et moi qui cherche où tu peux être,
Moi qui sais que tu m'attends là,
Je passe sans te reconnaître.
Je vais et je viens, toute la nuit,
Je marche seul, comme autrefois,
Et ton ombre, couleur de pluie,
Que le vent chasse à chaque pas,
Ton ombre se perd dans la nuit
Mais je la sens tout près de moi...

Tu n'étais qu'une fille des rues,
Qu'une innocente prostituée,
Dans le quartier de Whitechapel,
La nuit que je t'ai rencontrée.

Tu étais lasse et triste, comme les filles de Londres,
Tes cheveux conservaient une odeur de brouillard
Et, lorsqu'ils te voyaient à la porte des bars,
Les dockers ivres t'insultaient
Ou t'escortaient dans la rue sombre.

Ce n'est pas toi, ce n'est pas toi,
C'est tout ce que tu me rappelles:
Comme j'étais triste, avant de te connaître,
Où me portaient mes pas, c'était la même histoire.
J'allais toujours vers les sifflets des trains,
Sur un grand boulevard trouble et peuplé de fantômes.
Là j'attendais je ne sais qui, je ne sais quoi,
Mais les trains passaient en hurlant,
Et cette attente avait l'air d'un départ.

La ronde des ombres de la nuit
Tourne infatigablement
Avec ses voyous et ses filles,
Ces marlous aux chandails humides
Et le vent qui chasse la pluie,
Les globes des hôtels meublés,
Ces bars où grincent les fenaux,
Me jetant quelquefois, par la porte,
Comme l'appel d'une voix morte...



Du même auteur :
Au pied des tours de Notre-Dame
Bohème
Chanson Tendre
Complainte
Il pleut
Le doux caboulot
Les fiacres
Nuits d'hiver
Rengaine
Ton ombre

Aznavour - Hier encore



Interprété par Charles Aznavour
Composition : Charles Aznavour
Orchestration : Paul Mauriat
- Diffusé par DEEZER -




Charles Aznavour - ( 1924 - 2018)


Hier encore

Hier encore j'avais vingt ans
Je caressais le temps et jouais de la vie
Comme on joue de l'amour et je vivais la nuit
Sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps

J'ai fait tant de projets qui sont restés en l'air
J'ai fondé tant d'espoirs qui se sont envolés
Que je reste perdu, ne sachant où aller
Mes yeux cherchant le ciel mais le coeur mis en terre

Hier encore j'avais vingt ans
Je gaspillais le temps en voulant l'arrêter
Et pour le retenir, même le devancer,
Je n'ai fait que courir et me suis essoufflé

Ignorant le passé, conjuguant au futur,
Je précédais de "moi" toute conversation
Et donnais mon avis que je voulais le bon
Pour critiquer le monde avec désinvolture

Hier encore j'avais vingt ans
Mais j'ai perdu mon temps à faire des folies
Qui ne me laissent au fond rien de vraiment précis
Que quelques rides au front et la peur de l'ennui

Car mes amours sont mortes avant que d'exister
Mes amis sont partis et ne reviendront pas
Par ma faute j'ai fait le vide autour de moi
Et j'ai gâché ma vie et mes jeunes années

Du meilleur et du pire, en jetant le meilleur,
J'ai figé mes sourires et j'ai glacé mes pleurs...
Où sont-ils à présent,
À présent, mes vingt ans?

Hier encore j'avais vingt ans
Je caressais le temps et jouais de la vie
Comme on joue de l'amour et je vivais la nuit
Sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps

J'ai fait tant de projets qui sont restés en l'air
J'ai fondé tant d'espoirs qui se sont envolés
Que je reste perdu, ne sachant où aller
Mes yeux cherchant le ciel mais le coeur mis en terre

Hier encore j'avais vingt ans
Je gaspillais le temps en voulant l'arrêter
Et pour le retenir, même le devancer,
Je n'ai fait que courir et me suis essoufflé

Ignorant le passé, conjuguant au futur,
Je précédais de "moi" toute conversation
Et donnais mon avis que je voulais le bon
Pour critiquer le monde avec désinvolture

Hier encore j'avais vingt ans
Mais j'ai perdu mon temps à faire des folies
Qui ne me laissent au fond rien de vraiment précis
Que quelques rides au front et la peur de l'ennui

Car mes amours sont mortes avant que d'exister
Mes amis sont partis et ne reviendront pas
Par ma faute j'ai fait le vide autour de moi
Et j'ai gâché ma vie et mes jeunes années

Du meilleur et du pire, en jetant le meilleur,
J'ai figé mes sourires et j'ai glacé mes pleurs...
Où sont-ils à présent,
À présent, mes vingt ans?



Du même auteur :
A ma fille
Hier encore
Sa jeunesse

Saint-Amant - Ruisseau


  Compositeur : François Richard (1585-1650) - Interprète Jean-Paul Fouchécourt





Marc-Antoine Girard de Saint-Amant (1594-1661)


Ruisseau qui cours après toi-même

Ruisseau qui cours après toi-même
Et qui te fuis toi-même aussi,
Arrête un peu ton onde ici
Pour écouter mon deuil extrême.
Puis, quand tu l'auras su, va-t'en dire à la mer
Qu'elle n'a rien de plus amer.

Raconte-lui comme Sylvie,
Qui seule gouverne mon sort,
A reçu le coup de la mort
Au plus bel âge de la vie,
Et que cet accident triomphe en même jour
De toutes les forces d'Amour.

Las ! je n'en puis dire autre chose,
Mes soupirs tranchent mon discours.
Adieu, ruisseau, reprends ton cours
Qui, non plus que moi, se repose ;
Que si, par mes regrets, j'ai bien pu t'arrêter,
Voici des pleurs pour te hâter.



Du même auteur :
La nuit
La solitude
Le carnaval
Le paresseux
Ruisseau

Saint-Amant - Le paresseux


                        Composé et interprété par Martial Paoli




Marc-Antoine Girard de Saint-Amant - (1594-1661)


Le paresseux

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

Et hais tant le travail, que, les yeux entr'ouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.



Du même auteur :
La nuit
La solitude
Le carnaval
Le paresseux
Ruisseau

Baudelaire - La mort des pauvres



Ecouter la version chantée
interprétée par Talla Vocal Ensemble
Compositeur : Einojuhani Rautavaara
- Diffusé par DEEZER -

Ecouter la version
du Buzz & Cooper Desorchestra
- Diffusé par DEEZER -



Charles Baudelaire (1821-1867)


La mort des pauvres

C'est la Mort qui console, hélas! et qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir;

A travers la tempête, et la neige, et le givre,
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus!



Ecouter la version
composée et interprétée par Georges Chelon
- Diffusé par DEEZER -

Ecouter la version
interprétée par Georges Civico
sur une musique de Regis Flécheau
- Diffusé par DEEZER -

Musset - Les filles de Cadix



Ecouter la version chantée
Interprétation : Mady Mesplé
Composition : Léo Delibes
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Mado Robin
Composition : Léo Delibes
- Diffusé par DEEZER -




Alfred de Musset - (1810-1857)

Poésies posthumes


Les filles de Cadix

Nous venions de voir le taureau,
Trois garçons, trois fillettes.
Sur la pelouse, il faisait beau,
Et nous dansions un boléro
Au son des castagnettes :
« Dites-moi, voisin,
Si j’ai bonne mine,
Et si ma basquine
Va bien ce matin.
Vous me trouvez la taille fine ?...
Ah ! ah !
Les filles de Cadix aiment assez cela. »

Et nous dansions un boléro,
Un soir, c’était dimanche.
Vers nous s’en vint un hidalgo
Cousu d’or, la plume au chapeau,
Et le poing sur la hanche :
« Si tu veux de moi,
Brune au doux sourire,
Tu n’as qu’à le dire,
Cet or est à toi.
- Passez votre chemin, beau sire...
Ah ! ah !
Les filles de Cadix n’entendent pas cela. »

Et nous dansions un boléro,
Au pied de la colline.
Sur le chemin passa Diego,
Qui pour tout bien n’a qu’un manteau
Et qu’une mandoline :
« La belle aux yeux doux,
Veux-tu qu’à l’église
Demain te conduise
Un amant jaloux ?
- Jaloux ! jaloux ! quelle sottise !
Ah ! ah !
Les filles de Cadix craignent ce défaut-là. »


Claudel - Le temps a fui


    Paul Claudel au temps où il ne mangeait pas encore de câpres
Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Julos Beaucarne
Composition : Julos Beaucarne



Paul Claudel (1868-1955)


Dissipabitur capparis

Le temps a fui
Mars est fini
Tu n’es plus jeune, mais vieux.
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

Mars est fini
Novembre aussi
Où sont tes jambes et tes yeux ?
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

Fini l’amour !
Pauvre vieux sourd !
Finis, les fêtes et les jeux !
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

La route est dure
La mort est sûre
Chaque tournant est dangereux.
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !

Le temps a fui
Tout est fini !
Il reste Dieu !
-Tant pis, dit-il, et tant mieux !



Du même auteur :
Ah le monde est si beau
Bruit de l'eau
Brûlure en moi
Comment vous parler de l'automne
Entre ce qui commence ...
J'ai respiré le paysage
Le rendez-vous
Le temps a fui
Sieste

Charles d'Orléans - Pour ce que Plaisance est morte



Ecouter sur DEEZER
Interprété par Gérard Souzay
Compositeur : Claude Debussy




Charles d'Orléans 1391-1463


Pour ce que Plaisance est morte

Pour ce que Plaisance est morte
Ce mai, suis vêtu de noir,
C'est grand pitié de voir
Mon cœur qui s'en déconforte.

Je m'habille de la sorte
Que dois, pour faire devoir;
Pour ce que Plaisance est morte,
Ce mai, suis vêtu de noir.

Le temps ces nouvelles porte,
Qui ne veut déduit avoir,
Mais par force du plouvoir,
Fait des champs clore la porte,
Pour ce que Plaisance est morte.


Villon - Ballade de la belle Heaumière


        Van der Weyden - Portrait de jeune Femme

Ecouter la version
du groupe Weepers Circus
Album : Le fou et la balance
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter sur DEEZER
Interprète : Cathy Fernandez
Compositeur : Bernard Ascal




François Villon (1431-1463?)


Ballade de la belle Heaumière

Or y pensez, belle Gautière
Qui écolière souliez être,
Et vous, Blanche la Savetière,
Or est-il temps de vous connaître :
Prenez à dêtre ou à senêtre ;
N'épargnez homme, je vous prie ;
Car vieilles n'ont ne cours ne être,
Ne que monnoie qu'on décrie.

Et vous, la gente Saucissière
Qui de danser êtes adêtre,
Guillemette la Tapissière,
Ne méprenez vers votre maître :
Tôt vous faudra clore fenêtre,
Quand deviendrez vieille, flétrie :
Plus ne servirez qu'un vieil prêtre,
Ne que monnoie qu'on décrie.

Jeanneton la Chaperonnière,
Gardez qu'ami ne vous empêtre ;
Et Catherine la Boursière,
N'envoyez pas les hommes paître ;
Car qui belle n'est, ne perpètre
Leur male grâce, mais leur rie,
Laide vieillesse amour n'empètre
Ne que monnoie qu'on décrie.

Filles, veuillez vous entremettre
D'écouter pourquoi pleure et crie :
Pour ce que je ne me puis mettre
Ne que monnoie qu'on décrie.


Coppée - La Vague et la Cloche



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Gerard Souzay
Composition : Henri Duparc
Ecouter la version chantée
Compositeur : Henri Duparc
Interprète : Gerard Souzay
- Diffusé par DEEZER -



François Coppée (1842-1908)


La Vague et la Cloche

Une fois, terrassé par un puissant breuvage,
J’ai rêvé que parmi les vagues et le bruit
De la mer je voguais sans fanal dans la nuit,
Morne rameur, n’ayant plus l’espoir du rivage.

L’Océan me crachait ses baves sur le front
Et le vent me glaçait d’horreur jusqu’aux entrailles ;
Les lames s’écroulaient ainsi que des murailles,
Avec ce rythme lent qu’un silence interrompt.

Puis tout changea. La mer et sa noire mêlée
Sombrèrent. Sous mes pieds s’effondra le plancher
De la barque… Et j’étais seul dans un vieux clocher,
Chevauchant avec rage une cloche ébranlée.

J’étreignais la criarde opiniâtrement,
Convulsif, et fermant dans l’effort mes paupières ;
Le grondement faisait trembler les vieilles pierres,
Tant j’activais sans fin le lourd balancement.

Pourquoi n’as-tu point dit, ô rêve ! où Dieu nous mène ?
Pourquoi n’as-tu point dit s’ils ne finiraient pas,
L’inutile travail et l’éternel fracas
Dont est faite la vie, hélas ! la vie humaine ?



Du même auteur :
La Vague et la Cloche
Les oiseaux se cachent pour mourir
Les trois oiseaux
Lied
Mai
Matin d'octobre
Menuet
Obstination
Ritournelle
Sérénade du passant

Prévert - Page d'écriture


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Yves Montand
Composition : Joseph Kosma

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Les Frères Jacques
Composition : Joseph Kosma




Jacques Prévert - (1900-1977)


Page d'écriture

Deux et deux quatre
quatre et quarte huit
huit et huit font seize...
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l’oiseau lyre
qui passe dans le ciel
l’enfant le voit
l’enfant l’entend
l’enfant l’appelle
Sauve-moi
joue avec moi
l'oiseau !
Alors l’oiseau descend
et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre…
Répétez ! dit le maître
et l’enfant joue
l’oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux
de toute façon
ils s’en vont.
Et l’enfant a caché l’oiseau
dans son pupitre
et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent la musique
et huit et huit à leur tour s’en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s’en vont également.
Et l’oiseau lyre joue
et l’enfant chante
et le professeur crie :
Quand vous aurez fini de faire le pitre
Mais tous les autres enfants
écoutent la musique
et les murs de la classe
s’écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l’encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le port-plume redevient oiseau.


Villiers de L'Isle-Adam - Les présents


        Odilon Redon - Jour

Ecouter la version chantée
Interprétation : Barbara Hendricks
Composition : Gabriel Fauré
- Diffusé par DEEZER -



Auguste de Villiers de L'Isle-Adam (1838-1889)


Les présents

Si tu demandes quelque soir
Le secret de mon coeur malade,
Je te dirai pour t'émouvoir,
Une très ancienne ballade!

Si tu me parles de tourments,
D'espérance désabusée,
J'irai te cueillir seulement
Des roses pleines de rosée!

Si pareille à la fleur des morts,
Qui fleurit dans l'exil des tombes,
Tu veux partager mes remords.
Je t'apporterai des colombes!


Ronsard - Sur la mort de Marie



Ecouter la version chantée
Interprétation : Jacques Douai
Composition : Jacques Douai
- Diffusé par DEEZER -




Pierre de Ronsard - (1524-1585)


Comme on voit sur la branche

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose ;

La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur ;
Mais battue ou de pluie, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.



Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Serge Renard
Interprète : Marie Maya


        Manoir de Port-Guyet à St-Nicolas-de-Bourgueil où résidait Marie

Rousseau - Allons danser sous les ormeaux


        Antoine Watteau - La leçon de musique

Ecouter sur DEEZER
Auteur : Jean-Jacques Rousseau
Compositeur : Jean-Jacques Rousseau
Interprété par l'ensemble Accroche-coeur



Jean-Jacques Rousseau - (Le devin du village - 1752)


Allons danser sous les ormeaux

Allons danser sous les ormeaux,
Animez-vous jeunes fillettes :
Allons danser sous les ormeaux,
Galants prenez vos chalumeaux.


Répétons mille chansonnettes,
Et pour avoir le cœur joyeux,
Dansons avec nos amoureux,
Mais n’y restons jamais seulettes.
Allons danser sous les ormeaux...

À la Ville on fait bien plus de fracas ;
Mais sont-ils aussi gais dans leurs ébats ?
Toujours contents,
Toujours chantants ;
Beauté sans fard,
Plaisir sans art ;
Tous leurs Concerts valent-ils nos musettes ?
Allons danser sous les ormeaux...



Du même auteur :
Allons danser sous les ormeaux
Le devin du village
Que le temps me dure!

Valéry - Cantiques des colonnes



Ecouter la version chantée
Interprétation : Mikaeli Chamber choir
Composition : Jean Françaix
- Diffusé par DEEZER -



Paul Valéry - Charmes


Cantiques des colonnes

A Léon-Paul Fargue.

Douces colonnes, aux
Chapeaux garnis de jour,
Ornés de vrais oiseaux
Qui marchent sur le tour,

Douces colonnes, ô
L’orchestre de fuseaux!
Chacun immole son
Silence à l’unisson.

-Que portez-vous si haut,
Égales radieuses?
-Au désir sans défaut
Nos grâces studieuses!

Nous chantons à la fois
Que nous portons les cieux!
Ô seule et sage voix
Qui chantes pour les yeux!

Vois quels hymnes candides!
Quelle sonorité
Nos éléments limpides
Tirent de la clarté!

Si froides et dorées
Nous fûmes de nos lits
Par le ciseau tirées,
Pour devenir ces lys!

De nos lits de cristal
Nous fûmes éveillées,
Des griffes de métal
Nous ont appareillées.

Pour affronter la lune,
La lune et le soleil,
On nous polit chacune
Comme ongle de l’orteil!

Servantes sans genoux,
Sourires sans figures,
La belle devant nous
Se sent les jambes pures.

Pieusement pareilles,
Le nez sous le bandeau
Et nos riches oreilles
Sourdes au blanc fardeau,

Un temple sur les yeux
Noirs pour l’éternité,
Nous allons sans les dieux
À la divinité!

Nos antiques jeunesses,
Chair mate et belles ombres,
Sont fières des finesses
Qui naissent par les nombres!

Filles des nombres d’or,
Fortes des lois du ciel,
Sur nous tombe et s’endort
Un dieu couleur de miel.

Il dort content, le Jour,
Que chaque jour offrons
Sur la table d’amour
Étale sur nos fronts.

Incorruptibles soeurs,
Mi-brûlantes, mi-fraîches,
Nous prîmes pour danseurs
Brises et feuilles sèches,

Et les siècles par dix,
Et les peuples passés,
C’est un profond jadis,
Jadis jamais assez!

Sous nos mêmes amours
Plus lourdes que le monde
Nous traversons les jours
Comme une pierre l’onde!

Nous marchons dans le temps
Et nos corps éclatants
Ont des pas ineffables
Qui marquent dans les fables…



Du même auteur :
Aurore
Cantiques des colonnes
Le Sylphe
Les pas

Valéry - Le Sylphe



Ecouter la version chantée
Interprétation : Mikaeli Chamber choir
Composition : Jean Françaix
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Alain Caburet
Composition : Alain Caburet
- Diffusé par DEEZER -



Paul Valéry - Charmes


Le Sylphe

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu!

Ni vu ni connu
Hasard ou génie?
À peine venu
La tâche est finie!

Ni lu ni compris?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises!

Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises!



Du même auteur :
Aurore
Cantiques des colonnes
Le Sylphe
Les pas

Mallarmé - Autre éventail


                    Gustav Klimt

Ecouter sur DEEZER
Composition : Claude Debussy
Interprétation : Elly Ameling



Stéphane Mallarmé - (1842-1898)


Autre éventail

de Mademoiselle Mallarmé

Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.

Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L'horizon délicatement.

Vertige ! voici que frissonne
L'espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s'apaiser.

Sens-tu le paradis farouche
Ainsi qu'un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l'unanime pli.

Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d'or, ce l'est
Ce vol blanc fermé que tu poses
Contre le feu d'un bracelet.



Du même auteur :
Apparition
Autre éventail
Brise Marine
Départ
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Le vitrier
Offert avec un verre d'eau
Renouveau
Soupir
Tristesse d'été

Baudelaire - Hymne


        Buste de Madame Sabatier par Auguste Clésinger

Ecouter sur DEEZER
Interprète : Jacques Dutey
Compositeur Gabriel Fauré



Charles Baudelaire (1821-1867)


Hymne

A la très chère, à la très belle
Qui remplit mon coeur de clarté,
A l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité !

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l’éternel.

Sachet toujours frais qui parfume
L’atmosphère d’un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,

Comment, amour incorruptible,
T’exprimer avec vérité ?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !



Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Georges Chelon

Baudelaire - Parfum exotique


    Paul Gauguin - 1893 – Tehamana a de nombreux parents


Ecouter
sur DEEZER
Interprétation :
James Ollivier
Composition :
James Ollivier

sur DEEZER
Interprétation :
Georges Chelon
Composition :
Georges Chelon

sur DEEZER
Interprétation :
Richard Ankri
Composition :
Richard Ankri



Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal


Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


Lamartine - Solitude



Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Charles Gounod
Interprète Dietrich Fischer-Dieskau




Alphonse de Lamartine - (1790-1869)

Harmonies poétiques et religieuses


Solitude

Je sais sur la colline
Une blanche maison ;
Un rocher la domine,
Un buisson d’aubépine
Est tout son horizon.

Là jamais ne s’élève
Bruit qui fasse penser ;
Jusqu’à ce qu’il s’achève
On peut mener son rêve
Et le recommencer.

Le clocher du village
surmonte ce séjour,
Sa voix, comme un hommage,
Monte au premier nuage
Que colore le jour !

Signal de la prière,
Elle part du saint lieu,
Appelant, la première,
L'enfant de la chaumière,
À la maison de Dieu!

...

La fenêtre est tournée
Vers le champ des tombeaux,
Où l’herbe moutonnée,
Couvre, après la journée,
Le sommeil des hameaux.

Paix et mélancolie
Veillent là près des morts,
Et l’âme, recueillie,
Des vagues de la vie
Croit y toucher les bords !


Nerval - La damnation de Faust (3)



Ecouter sur DEEZER
Interprète : Nicolai Gedda
avec l'orchestre de l'Opera de Paris
Compositeur : Hector Berlioz




Gerard de Nerval - (1808-1855)

d'après le Faust de Goethe


Merci, doux crépuscule

Merci, doux crépuscule!
Oh! sois le bienvenu!
Eclaire enfin ces lieux, sanctuaire inconnu,
Où je sens à mon front glisser
Comme un beau rêve,
Comme le frais baiser d'un matin qui se lève!
C'est de l'amour, j'espère...

Oh! comme on sent ici s'envoler le souci!
Que j'aime ce silence,
Et comme je respire un air pur!
Ô jeune fille! Ô ma charmante!
Ô ma trop idéale amante!
Quel sentiment j'éprouve
En ce moment fatal!

Que j'aime à contempler
Ton chevet virginal!
Quel air pur je respire!
Seigneur! Seigneur!
Après ce long martyre, que de bonheur!


Carco - Les fiacres


        Fiacre de la compagnie parisienne L'Urbaine,

Ecouter sur DEEZER
Interprété par Francis Lemarque
Musique de Francis Lemarque



Francis Carco (1886-1958)


Les fiacres

Les fiacres jaunes de l'Urbaine
Peuvent bien cesser d'exister
S'ils ne sont plus, ils ont été

Et je crois les voir trottiner
En descendant tout d'une haleine
De Montmartre à la Madeleine
Ou la sinistre Trinité

Sans prendre garde au paysage
Pouvu qu'on ne fût pas pressé
Et qu'on tînt les rideaux baissés
Ils nous faisaient faire un voyage
Où quelquefois dans un virage
Tout était à recommencer

Le cocher qu'était un complice
Et les agents fermant les yeux
N'y voyaient aucune malice
C'était le temps des amoureux



Du même auteur :
Au pied des tours de Notre-Dame
Bohème
Chanson Tendre
Complainte
Il pleut
Le doux caboulot
Les fiacres
Nuits d'hiver
Rengaine
Ton ombre

Hugo - Paroles sur la dune



Ecouter la version chantée
composée et interprétée
par Kirjuhel
- Diffusé par DEEZER -




Victor Hugo - (1802-1885)


Paroles sur la dune

Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau,
Que mes tâches sont terminées ;
Maintenant que voici que je touche au tombeau
Par les deuils et par les années,

Et qu'au fond de ce ciel que mon essor rêva,
Je vois fuir, vers l'ombre entraînées,
Comme le tourbillon du passé qui s'en va,
Tant de belles heures sonnées ;

Maintenant que je dis : - Un jour, nous triomphons ;
Le lendemain, tout est mensonge ! -
Je suis triste, et je marche au bord des flots profonds,
Courbé comme celui qui songe.

Je regarde, au-dessus du mont et du vallon,
Et des mers sans fin remuées,
S'envoler sous le bec du vautour aquilon,
Toute la toison des nuées ;

J'entends le vent dans l'air, la mer sur le récif,
L'homme liant la gerbe mûre ;
J'écoute, et je confronte en mon esprit pensif
Ce qui parle à ce qui murmure ;

Et je reste parfois couché sans me lever
Sur l'herbe rare de la dune,
Jusqu'à l'heure où l'on voit apparaître et rêver
Les yeux sinistres de la lune.

Elle monte, elle jette un long rayon dormant
A l'espace, au mystère, au gouffre ;
Et nous nous regardons tous les deux fixement,
Elle qui brille et moi qui souffre.

Où donc s'en sont allés mes jours évanouis ?
Est-il quelqu'un qui me connaisse ?
Ai-je encor quelque chose en mes yeux éblouis,
De la clarté de ma jeunesse ?

Tout s'est-il envolé ? Je suis seul, je suis las ;
J'appelle sans qu'on me réponde ;
Ô vents ! ô flots ! ne suis-je aussi qu'un souffle, hélas !
Hélas ! ne suis-je aussi qu'une onde ?

Ne verrai-je plus rien de tout ce que j'aimais ?
Au-dedans de moi le soir tombe.
Ô terre, dont la brume efface les sommets,
Suis-je le spectre, et toi la tombe ?

Ai-je donc vidé tout, vie, amour, joie, espoir ?
J'attends, je demande, j'implore ;
Je penche tour à tour mes urnes pour avoir
De chacune une goutte encore !

Comme le souvenir est voisin du remord !
Comme à pleurer tout nous ramène !
Et que je te sens froide en te touchant, ô mort,
Noir verrou de la porte humaine !

Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
Et l'onde aux plis infranchissables ;
L'été rit, et l'on voit sur le bord de la mer
Fleurir le chardon bleu des sables.


Aragon - Au bout de mon âge


Ecouter sur DEEZER
Composé et interprété
par Jean Ferrat




Louis Aragon - (1897-1982)


Au bout de mon âge

Au bout de mon âge
Qu'aurai-je trouvé
Vivre est un village
Où j'ai mal rêvé


Je me sens pareil
Au premier lourdaud
Qu'encore émerveille
Le chant des oiseaux
Les gens de ma sorte
Il en est beaucoup
Savent-ils qu'ils portent
Une pierre au cou

Pour eux les miroirs
C'est le plus souvent
Sans même s'y voir
Qu'ils passent devant
Ils n'ont pas le sens
De ce qu'est leur vie
C'est une innocence
Que je leur envie

Tant pour le plaisir
Que la poésie
Je croyais choisir
Et j'étais choisi
Je me croyais libre
Sur un fil d'acier
Quand tout équilibre
Vient du balancier

Il m'a fallu naître
Et mourir s'en suit
J'étais fait pour n'être
Que ce que je suis
Une saison d'homme
Entre deux marées
Quelque chose comme
Un chant égaré


Charles Cros - L'archet



Ecouter sur DEEZER
Compositeur : Claude Debussy
Interprète : Natalie Dessay




Charles Cros - (1842-1888)


L'archet

Elle avait de beaux cheveux, blonds
Comme une moisson d’août, si longs
Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.

Elle avait une voix étrange,
Musicale, de fée ou d’ange,
Des yeux verts sous leur noire frange.

Lui, ne craignait pas de rival,
Quand il traversait mont ou val,
En l’emportant sur son cheval.

Car, pour tous ceux de la contrée,
Altière elle s’était montrée,
Jusqu’au jour qu’il l’eut rencontrée.

L’amour la prit si fort au cœur,
Que pour un sourire moqueur,
Il lui vint un mal de langueur.

Et dans ses dernières caresses :
« Fais un archet avec mes tresses,
Pour charmer tes autres maîtresses. »

Puis, dans un long baiser nerveux,
Elle mourut. Suivant ses vœux,
Il fit l’archet de ses cheveux.

Comme un aveugle qui marmonne,
Sur un violon de Crémone
Il jouait, demandant l’aumône.

Tous avaient d’enivrants frissons
À l’écouter. Car dans ces sons
Vivaient la morte et ses chansons.

Le roi, charmé, fit sa fortune.
Lui, sut plaire à la reine brune
Et l’enlever au clair de lune.

Mais, chaque fois qu’il y touchait
Pour plaire à la reine, l’archet
Tristement le lui reprochait.

Au son du funèbre langage,
Ils moururent à mi-voyage.
Et la morte reprit son gage.

Elle reprit ses cheveux, blonds
Comme une moisson d’août, si longs
Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.


Aznavour - Sa jeunesse



Ecouter la version
interprétée par Charles Aznavour
Composition : Charles Aznavour
- Diffusé par DEEZER -

Ecouter la version
interprétée par Michèle Arnaud
Composition : Charles Aznavour
- Diffusé par DEEZER -



Charles Aznavour (1924 - 2018)


Sa jeunesse

Lorsque l'on tient
Entre ses mains
Cette richesse
Avoir vingt ans
Des lendemains
Pleins de promesses
Quand l'amour sur nous se penche
Pour nous offrir ses nuits blanches

Lorsque l'on voit
Loin devant soi
Rire la vie
Brodée d'espoir
Riche de joies
Et de folies
Il faut boire jusqu'à l'ivresse
Sa jeunesse

Car tous les instants
De nos vingt ans
Nous sont comptés
Et jamais plus
Le temps perdu
Ne nous fait face
Il passe

Souvent en vain
On tend les mains
Et l'on regrette
Il est trop tard
Sur son chemin
Rien ne l'arrête
On ne peut garder sans cesse
Sa jeunesse

Avant que de sourire et nous quittons l'enfance
Avant que de savoir la jeunesse s'enfuit
Cela semble si court que l'on est tout surpris
Qu'avant que le comprendre on quitte l'existence

Souvent en vain
On tend les mains
Et l'on regrette
Il est trop tard
Sur son chemin
Rien ne l'arrête
On ne peut garder sans cesse
Sa jeunesse...



Du même auteur :
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Hier encore
Sa jeunesse