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Hugo - Demain dès l'aube


La version Guitare et chant de Pierre Bensusan sur YOUTUBE

Ecouter Sur DEEZER
Interprétation : Gerard Berliner
avec l'Orchestre Philharmonique de Budapest



Victor HUGO - Les Contemplations


Demain, dès l'aube

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et, quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

3 septembre 1847.





Victor HUGO - Les Contemplations


A Villequier

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;


Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m'entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre
Elle dort pour jamais ;


Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l'immensité ;


Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive
Par votre volonté.
L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,
Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;
L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.
L'homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.


Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :
C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;
J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,
Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l'homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,
Eclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j'avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j'ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,
Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l'esprit la sérénité sombre
Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m'écoutait !


Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,
Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,
L'instant, pleurs superflus !
Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,
Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Considérez que c'est une chose bien triste
De le voir qui s'en va !



Partant de l'illustre texte où Victor Hugo parle d'une visite à la tombe de sa fille Léopoldine, le compositeur/guitariste Pierre Bensusan et l'auteur/compositeur Gerard Berliner ont ajouté plusieurs strophes du poème "à Villequier" issu des Contemplations.
Les choix "Bensusan" sont en bleu clair et les choix "Berliner" en bleu foncé.



Une version moderne
Interprétation : Amaia Riouspeyrous
Composition :
- Diffusé par DEEZER -

Poèmes sur la mort



Jean Cocteau - La mort n'agit pas elle-même

La mort n'agit pas elle-même
Elle a partout des spadassins
Des bourreaux et des assasins
Pour s'approprier ce qu'elle aime


François Villon - Mort

Mort, j’appelle de ta rigueur,
Qui m’as ma maîtresse ravie,


La Fontaine - La Mort et le Bûcheron

Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,


Camille Goemans - La Mort

Elle entre et va sans regarder personne
Tout droit vers l’homme qui l’a choisie
Elle lui dit de la suivre tout de suite
Et lui se lève et obéit
Et lui qui était là n’y est plus


René Guy Cadou - L'alphabet de la mort

O mort parle plus bas on pourrait nous entendre
Approche-toi encore et parle avec les doigts
Le geste que tu fais dénoue les liens de cendres
Et ces larmes qui font la force de ma voix


Charles Baudelaire - La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.


Charles Baudelaire - La mort des artistes

Combien faut-il de fois secouer mes grelots
Et baiser ton front bas, morne caricature ?
Pour piquer dans le but, de mystique nature,
Combien, ô mon carquois, perdre de javelots ?


Charles Baudelaire - La mort des pauvres

C'est la Mort qui console, hélas! et qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir;


Divers auteurs - Enterrements


Marceline Desbordes-Valmore - Le rêve du mousse


Ecouter sur DEEZER
Composition : Pauline Duchambge
Interprétation : Françoise Masset



Marceline Desbordes-Valmore - (1786-1859)


Le rêve du mousse


Le texte chanté est en bleu

Dans le port de Marseille
Un courageux enfant
Comme une humide abeille
Fut poussé par le vent
Tombé de la tartane
Qui s'envole sans lui
Il frappe à sa cabane
Dont l'humble phare a lui
- "Qui m'éveille à telle heure?"
Dit la vieille qui pleure
Son mousse errant sur l'eau
- "C'est moi moi ma mère! Oh!
Que le réveil est beau!

L'air était froid ma mère
0h! comme il était froid!
La brise était amère
Sur la flotte du roi
Mais au fond de mon âme
Dans des flots de soleil
Marseille aux yeux de flamme
RéchaufÏait mon sommeil
Lorsqu une blanche fée
De vos voiles coiffée
M'appelle au fond de l'eau
Mais bonjour ma mère! Oh!
Que mon rêve était beau!

Viens m'a dit votre image
L'eau seule est entre nous
Trop vite ton jeune âge
A quitté mes genoux
Viens que je berce encore
Tes rêves de printemps
Les flots en font éclore
Qui nous calment longtemps
Et mon âme étonnée
Se réveille entraînée
Par les baisers de l'eau
Mais bonjour ma mère! Oh!
Que mon rêve était beau!


La flotte aux grandes ombres
En silence glissa
Avec ses ailes sombres
Mon vaisseau s'effaça
Sous sa lampe pieuse
Sans cesser de courir
La lune curieuse
Me regardait mourir
Je nÏavais pas de plainte
Trois fois ma force éteinte
S'évanouit dans l'eau
Mais bonjour ma mère! Oh!
Que mon rêve était beau!

C'en était fait du mousse
Mère sans votre voix
Sa clameur forte et douce
Me réveilla trois fois
Sous les vagues profondes
En vain nageait la mort
Vos doux bras sur les ondes
Me poussaient vers le port
Et votre âme en prière
Semait une lumière
Entre le ciel et l'eau
C'est moi! moi ma mère! 0h!
Que le réveil est beau!


Baudelaire - Les Litanies de Satan


                                La version chantée du groupe Anakarsis


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Georges Chelon
Composition : Georges Chelon




Charles Baudelaire - (1821-1867)


Les Litanies de Satan

Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Ô Prince de l'exil, à qui l'on a fait tort
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
Guérisseur familier des angoisses humaines,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
Enseignes par l'amour le goût du Paradis,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Ô toi qui de la Mort, ta vieille et forte amante,
Engendras l'Espérance, -- une folle charmante!

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
Qui damne tout un peuple autour d'un échafaud.

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont l'oeil clair connaît les profonds arsenaux
Où dort enseveli le peuple des métaux,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont la large main cache les précipices
Au somnambule errant au bord des édifices,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os
De l'ivrogne attardé foulé par les chevaux,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, pour consoler l'homme frêle qui souffre,
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui poses ta marque, ô complice subtil,
Sur le front du Crésus impitoyable et vil,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui mets dans les yeux et dans le coeur des filles
Le culte de la plaie et l'amour des guenilles,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
Confesseur des pendus et des conspirateurs,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

Père adoptif de ceux qu'en sa noire colère
Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère!

PRIÈRE

Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs
Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l'Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence!
Fais que mon âme un jour, sous l'Arbre de Science,
Près de toi se repose, à l'heure où sur ton front
Comme un Temple nouveau ses rameaux s'épandront!




Baudelaire - A une Madone


                                La version chantée du groupe Anakarsis


Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Richard Ankri
Composition : Richard Ankri





Charles Baudelaire - (1821-1867)


A une Madone

Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t'admire,
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.

Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant,
Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Georges Chelon
Composition : Georges Chelon

Baudelaire - La pipe


                                Composé et interprété par Léo Ferré

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Georges Chelon
Composition : Georges Chelon




Charles Baudelaire - (1821-1867)


La pipe

Je suis la pipe d’un auteur ;
On voit, à contempler ma mine
D’Abyssinienne ou de Cafrine,
Que mon maître est un grand fumeur.

Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.

J’enlace et je berce son âme
Dans le réseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche en feu,

Et je roule un puissant dictame
Qui charme son coeur et guérit
De ses fatigues son esprit.




           Composition : Léo Ferré - Arrangement et interprétation : Michel Orion

Baudelaire - Le revenant


                                Composé et interprété par Léo Ferré

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Richard Ankri
Composition : Richard Ankri





Charles Baudelaire - (1821-1867)


Le revenant

Comme les anges à l’oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit,

Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d’une fosse rampant.

Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Où jusqu’au soir il fera froid.

Comme d’autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l’effroi.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Georges Chelon
Composition : Georges Chelon

Baudelaire - Paysage


                                Composé et interprété par Georges Chelon

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Richard Ankri
Composition : Richard Ankri





Charles Baudelaire - (1821-1867)


Paysage

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.

Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.


Bzaudelaire - Brumes et pluies


                                Composé et interprété par Léo Ferré

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Georges Chelon
Composition : Georges Chelon





Charles Baudelaire - (1821-1867)


Brumes et pluies

Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.




Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Léo Ferré
Composition : Léo Ferré

Lucienne Desnoues - A force d'insister

-
                        Composé et interprété par Hélène Martin

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Hélène Martin
Composition : Hélène Martin




Lucienne Desnoues - (1921-2004)


A force d'insister

A force d'insister
À force de reprendre
L'écoute de ce concerto
À force d'imposer
Cette musique tendre
Aux vents nets qui se lèvent tôt

À force de forcer
L'espace à se soumettre
Aux volontés de tant d'archets
À force de lancer
Au large des fenêtres
Cet appel qui tant le touchait

À force de larguer
Sur les friches intenses
Le jeune allegro qu'il aimait
Et l'andante pesant
Comme un siècle en partance
Qu'il doit aimer plus que jamais

À force d'obséder
La chaleur qui s'étale
Et de dépêcher des échos
Vers sa tombe bien sèche
Et bien horizontale
Sous les cyprès bien verticaux

Quand le regard du jour
Dans les combes se glace
Et que la lampe ressourit
Nous le verrions, il entrerait
Il prendrait place
Nous serions à peine surpris



Du même auteur :
A force d'insister
Fêtes fixes, fêtes mobiles
L'enclos
Le bol de café

Aragon - Les mots m'ont pris par la main


                        Composé et interprété par Hélène Martin

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Hélène Martin
Composition : Hélène Martin




Louis Aragon - (1897-1982)


Le roman inachevé


Les mots m'ont pris par la main


Autre titre : "Voilà"

...
Voilà Cela commence comme cela les mots vous mènent
On perd de vue les toits on perd de vue la terre
On suit inexplicablement le chemin des oiseaux


Aragon - Chanson du miroir déserté


                        Composé et interprété par Hélène Martin

Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Hélène Martin
Composition : Hélène Martin




Louis Aragon - (1897-1982)

Elsa


Chanson du miroir déserté

Où es-tu plaisir de ma nuit
Ma fugitive passagère
Ma reine aux cheveux de fougère
Avec tes yeux couleur de pluie

J’attends la minute où tu passes
Comme la terre le printemps
Et l’eau dormante de l’étang
La rame glissant sur sa face

Dans mon cadre profond et sombre
Je t’offre mes regards secrets
Approche-toi plus près plus près
Pour occuper toute mon ombre

Envahis-moi comme une armée
Prends mes plaines prends mes collines
Les parcs les palais les salines
Les soirs les songes les fumées

Montre-moi comme tu es belle
Autant qu’un meurtre et qu’un complot
Mieux que la bouche formant l’o
Plus qu’un peuple qui se rebelle

Sur les marais comme à l’affût
Un passage de sauvagines
Et battant ce que j’imagine
Anéantis ce que tu fus

Reviens visage à mon visage
Mets droit tes grands yeux dans tes yeux
Rends-moi les nuages des cieux
Rends-moi la vue et tes mirages


Verlaine - Donc, ce sera par un clair jour d'été


     Composition : Gabriel Fauré - Interprétation : Dietrich Fischer-Dieskau

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


Donc, ce sera par un clair jour d'été

Donc, ce sera par un clair jour d'été ;
Le grand soleil, complice de ma joie,
Fera, parmi le satin et la soie,
Plus belle encor votre chère beauté ;

Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
Frissonnera somptueux à longs plis
Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
L'émotion du bonheur et l'attente ;

Et quand le soir viendra, l'air sera doux
Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
Et les regards paisibles des étoiles
Bienveillamment souriront aux époux.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré

Verlaine - Une Sainte en son auréole


     Composition : Gabriel Fauré - Interprétation : Dietrich Fischer-Dieskau

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Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


Une Sainte en son auréole

Une Sainte en son auréole,
Une Châtelaine en sa tour,
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d’amour ;

La note d’or que fait entendre
Le cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d’autrefois ;

Avec cela le charme insigne
D’un frais sourire triomphant
Eclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant ;

Des Aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien :
Je vois, j’entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré

Baudelaire - La servante au grand coeur


                                Composé et interprété par Léo Ferré

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Interprétation : Richard Ankri
Composition : Richard Ankri
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Interprétation : Georges Chelon
Composition : Georges Chelon





Charles Baudelaire - (1821-1867)


La servante au grand coeur

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?




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Interprétation : Léo Ferré
Composition : Léo Ferré

Guillaume de Machaut - Dame, ne regardez pas



Ecouter la version chantée
Interprétation : Liber Ensemble
Composition : Guillaume de Machaut
- Diffusé par DEEZER -




Guillaume de Machaut - (vers 1300-1377)


Dame, ne regardez pas

Dame, ne regardez pas
A vostre valour
Ne à moy, se je sui bas,
Mais loial Amour
Resgardez, qui par douçour
M'adonne d'un amoureus dart,
Par vostre dous plaisant regart.

Dame, faite à droit compas,
Je n'aim ne aour
Fors vous car tuit mi solas,
Mi ris et me plour,
Mi bien, mi mal, mi vigour,
Tout ce me vient, se Diex me gart,
Par vostre dous plaisant regart.

Dont je sui si en vos las
Qu'adès par savour
Humblement sans estre las
Recoy ma dolour.
Las! et vos cuers n'a tenrour
De l'ardure qui le mien art
Par vostre dous plaisant regart.



Du même auteur :
Dame, ne regardez pas
De Fortune me dois plaindre et louer
Douce dame jolie
J'aime mieux languir
Ma fin est mon commencement
Mort suis si je ne vous vois
Phyton le Mervilleus serpent
Plus dure qu'un dyamant
Riches d'amour et mendians d'amie
Rose, liz, printemps, verdure
Tres douce dame que j'aour

Verlaine - J’ai presque peur, en vérité


        Interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau - Composition de Gabriel Fauré

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


J’ai presque peur, en vérité

J’ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m’a pris l’âme l’autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur tout à vous,
Mon coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;

Et je tremble, pardonnez-moi
D’aussi franchement vous le dire,
A penser qu’un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu’il vous suffirait d’un geste.
D’une parole ou d’un clin d’oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L’avenir dût-il m’être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu’à travers un immense espoir,
Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t’aime !


Armand Silvestre - Aurore


        Interprétation : Barnra Bonney - Composition : Gabriel Fauré

Ecouter la version chantée
Interprétation : Renée Doria
Composition : Gabriel Fauré
- Diffusé par DEEZER -




Armand Silvestre - (1837-1901)


Aurore

Des jardins de la nuit s'envolent les étoiles,
Abeilles d'or qu'attire un invisible miel,
Et l'aube, au loin tendant la candeur de ses toiles,
Trame de fils d'argent le manteau bleu du ciel.

Du jardin de mon coeur qu'un rêve lent enivre
S'envolent mes désirs sur les pas du matin,
Comme un essaim léger qu'à l'horizon de cuivre,
Appelle un chant plaintif, éternel et lointain.

Ils volent à tes pieds, astres chassés des nues,
Exilés du ciel d'or où fleurit ta beauté
Et, cherchant jusqu'à toi des routes inconnues,
Mêlent au jour naissant leur mourante clarté.



        Interprétation : Gérard Souzay - Composition : Gabriel Fauré




Du même auteur :
Aurore
Automne
Le plus doux chemin
Le ramier
Le secret
Le voyageur
Madrigal
Noël d'amour
Noël païen
Pensée de printemps
Tristesse
Voici que les grands lys

Queneau - Exercices de style - Botanique


        Interprétation : Les grandes Gueules - Composition : Bruno Lecossois

Ecouter la version chantée
Interprétation : Les grandes Gueules
Composition : Bruno Lecossois
- Diffusé par DEEZER -




Raymond Queneau - (1903-1976)


Exercices de style - Botanique


Scenario :
Le narrateur rencontre dans un bus bondé de la ligne S un jeune homme au long cou, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Ce jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Plus tard, le narrateur revoit ce jeune homme en train de discuter avec un ami. Celui-ci lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.

Queneau a écrit quatre-vingt-dix-neuf variations de cette brève histoire dans quatre-vingt-dix-neuf styles différents. Voici le style "Botanique" :




Après avoir fait le poireau sous un tournesol merveilleusement épanoui je me greffai sur une citrouille en route vers le champ Perret. Là je déterre une courge dont la tige était montée en graine et le citron surmonté d'une capsule entourée d'une liane. Ce cornichon se met à enguirlander un navet qui piétinait ses plates-bandes et lui écrasait ses oignons. Mais, des dattes! fuyant une récolte de châtaignes et de marrons, il alla se planter en un terrain vierge.

Plus tard je le revis devant la serre des banlieusards. Il envisageait une bouture de pois chiche en haut de sa corolle.






Du même auteur :
Adieu
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Bien placés, bien choisis
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Exercices de style - Alexandrins
Exercices de style - Botanique
Exercices de style - Ode
Exercices de style - Sonnet
Il pleut
L'écolier
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Saint-Ouen's blues
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Tant de sueur humaine