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Victor Hugo - La belle s'appelait



Ecouter la version chantée
Composé et interprété
par Alain Lecompte
- Diffusé par DEEZER -




Victor Hugo - (1802-1885)


La belle s'appelait

Gabonus est seul,
Son chien couché à ses pieds...
Les parties chantées sont en bleu



La belle s'appelait mademoiselle Amable.
Elle était combustible et j'étais inflammable.

Un treize, je la vis passer sur le Pont-Nuit ;
Les Grâces étaient trois, les Muses étaient neuf ;
Et c'est là ce qui fait sacré le nombre douze,
Et treize fatal. Donc, un treize, une andalouse
De Pantin, telles sont les rencontres qu'on a,
Amable, d'un regard charmant, m'assassina.
Duel, duo. Sous l'œil paternel des édiles,
Il naît sur le Pont-Neuf beaucoup de ces idylles.
Je la qualifiai d'ange, un mois à peu près.
Bref, je me demandais un jour si je romprais,

Quand, par un doux soleil d'avril, entre deux pluies,
Je reçus ce billet de l'ange : « Tu m'ennuies.
Bonsoir. » — Ce qui me fit furieux. D'autant plus
Que c'est elle, parbleu, qui m'ennuyait

Je plus

Ensuite, éperdument, à je ne sais plus quelle
Déesse qu'entourait une étrange séquelle,
Des poètes, des gueux, des grecs, des chambellans
De l'atout, noir démon qui hante les brelans,
Gens qui s'enrichissaient dans l'aventure épique
Du roi de cœur floué par la dame de pique,
Disant de l'amour : fi ! disant de l'honneur : peuh !
Mais trichant. — J'adorai cette drôlesse un peu.
Puis je fus planté là pour un prince valaque.
Je fis la connaissance après d'un chef de claque
Qui me fit pénétrer dans les arts, et j'obtins
Par lui d'être admis presque au rang des cabotins,
Et l'honneur d'approcher parfois les cabotines
En qualité d'esclave adorant leurs bottines ;
Une, Lise, accepta mon cœur sous ses talons ;
Le temps qu'un perroquet grimpe trois échelons,
Je fus vainqueur, je fus heureux, et je fus bête ;
Trois progrès. Mais, hélas ! la fémme est la tempête.
Lise en colère un jour chassa tous ses laquais ;

Dont moi.

Comme un roman déchiré sur les quais,
J'avais déjà perdu plus d'un de mes chapitres ;
J'étais sorti des grecs, j'étais sorti des pitres,
Mes amantes n'étaient qu'un vague souvenir ;
Tout à coup je sentis en moi tout rajeunir

Comme si le soleil empourprait ma fenêtre,
Et mes illusions les plus roses renaître
En voyant une fille au confessionnal ;
Le gamin Cupidon dans mon vieux cœur banal
Fit sa rentrée avec trompettes et fanfares.

Ah ! quand donc mettra-t-on sur la femme des phares !
Dans l'église où du mal meurt la contagion,
Chez les prêtres ; au coin de la religion,
Entre deux saints de pierre, un apôtre, un prophète,
Apercevant dans l'ombre une fille parfaite,
Je fis cette sottise énorme de l'aimer ;
Elle m'incendia sans pourtant s'allumer ;

J'eus l'âpre enivrement des flammes méprisées ;
Elle me permettait d'errer sous ses croisées ;
Rien de plus. Je perdis gaîté, raison, humour ;
Je fus toute une année imbécile d'amour.
Ah ! lorsqu'elle émiettait sa prière, autour d'elle,
Certes, comme un essaim d'oiseaux, à tire-d'aile,
Les chérubins venaient, et lui disaient : ma sœur !
Quand elle s'enfermait avec son confesseur,

Je me la figurais penchant sur le calvaire
Ses mains jointes, ses yeux vierges, son front sévère,
Son profil chaste, fait pour Greuze ou pour Lancret.
Un beau jour, par un trou de serrure indiscret,
Au lieu du Golgotha je contemplai l'Olympe ;
Moi qui n'eusse du doigt osé toucher sa guimpe,
Je la vis toute nue aux bras de son abbé.

Marie était Vénus, Agnès était Hébé.
Ceci me mit en fuite, et j'en fus longtemps blême.

Pourtant j'avais toujours dans l'esprit ce problème :
Trouver un cœur qui fût le compagnon du mien.
Je me fis voyageur, chercheur, bohémien,
Nomade, et j'explorai les mers, les flots, les îles.

Un jour je débarquai dans un pays sans villes,
Sans hommes presque, un lieu charmant ; et j'eus l'émoi,
Comme j'étais rêveur, que soudain vînt à moi,
Dans l'état de nature, une femme inconnue.
Je m'écriai, voyant qu'elle était toute nue :.
Ah ! celle-ci du moins avoue ! — Et, très flatté :
De quel puits sortez-vous, lui dis-je, ô Vérité ?
Elle vint, puis s'enfuit, puis. revint, et Végèce.
Eût moins bien manœuvré que cette sauvagesse,
Si bien qu'à la façon dont elle m'aborda,
Je vis qu'Otaïti ressemblait à Bréda.
Je la civilisai. Mais, ciel bleu ! que de choses
Il fallut lui donner ! jupons blancs, chapeaux roses,
Robes, manteaux, satins, velours, bijoux de prix !
La sauvage, au rebours des femmes de Paris,
Commence toute nue et finit fort vêtue.
L'homme fait la poupée et Dieu fit la statue ;
Toute la femme tient dans ces quelques mots-là.
La chair sert de prétexte à notre falbala.
L'île était un éden tiède et toujours en fête ;
J'étais Adam, mon Ève était belle et bien faite ;
Or ce chef-d'œuvre avait un singe pour amant ;
J'étais de temps en temps regardé fixement,
À travers les rameaux en fleurs, par un gorille.
Sept pieds de haut, des dents de tigre, un œil qui brille,
Peste ! je m'évadai du paradis. —

Depuis,
Cherchant les amours, comme un lierre les appuis,
J'ai fait tous les essais possibles je rature
Une aventure en moi par une autre aventure ;
J'aimai,-me figurant qu'aimer n'a jamais nui,
Celle-ci par plaisir, celle-là par ennui,
L'une pour sa chanson, l'autre pour sa richesse,
L'autre parce qu'étant vieille, elle était duchesse,

L'autre pour ses amants, l'autre pour son mari ;
J'adorai Berthe, Anna, Mousqueton, Colibri,
Jeannette, Olympia. — Donc j'ai connu les femmes,
J'en ai connu les cœurs, j'en ai connu les âmes,
Le haut, le bas, le vrai, le faux, le mal, le bien ;
Et la conclusion ; la voici : Viens, mon chien !