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Verlaine - Donc, ce sera par un clair jour d'été


     Composition : Gabriel Fauré - Interprétation : Dietrich Fischer-Dieskau

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


Donc, ce sera par un clair jour d'été

Donc, ce sera par un clair jour d'été ;
Le grand soleil, complice de ma joie,
Fera, parmi le satin et la soie,
Plus belle encor votre chère beauté ;

Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
Frissonnera somptueux à longs plis
Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
L'émotion du bonheur et l'attente ;

Et quand le soir viendra, l'air sera doux
Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
Et les regards paisibles des étoiles
Bienveillamment souriront aux époux.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré

Verlaine - Une Sainte en son auréole


     Composition : Gabriel Fauré - Interprétation : Dietrich Fischer-Dieskau

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


Une Sainte en son auréole

Une Sainte en son auréole,
Une Châtelaine en sa tour,
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d’amour ;

La note d’or que fait entendre
Le cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d’autrefois ;

Avec cela le charme insigne
D’un frais sourire triomphant
Eclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant ;

Des Aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien :
Je vois, j’entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré

Verlaine - J’ai presque peur, en vérité


        Interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau - Composition de Gabriel Fauré

Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


J’ai presque peur, en vérité

J’ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m’a pris l’âme l’autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur tout à vous,
Mon coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;

Et je tremble, pardonnez-moi
D’aussi franchement vous le dire,
A penser qu’un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu’il vous suffirait d’un geste.
D’une parole ou d’un clin d’oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L’avenir dût-il m’être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu’à travers un immense espoir,
Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t’aime !


Verlaine - Kaléidoscope


Ecouter sur DEEZER
Interprété par Marc Robine
Composé par Hélène Triomphe





Paul Verlaine - (1844-1896)

Jadis et naguère

Kaléidoscope

Dans une rue, au coeur d'une ville de rêve
Ce sera comme quand on a déjà vécu :
Un instant à la fois très vague et très aigu...
Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !

Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu'autrefois

Dans cette rue, au coeur de la ville magique
Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
Où les cafés auront des chats sur les dressoirs
Et que traverseront des bandes de musique.

Ce sera si fatal qu'on en croira mourir :
Des larmes ruisselant douces le long des joues,
Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
Des invocations à la mort de venir,

Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
Les bruits aigres des bals publics arriveront,
Et des veuves avec du cuivre après leur front,
Paysannes, fendront la foule des traînées

Qui flânent là, causant avec d'affreux moutards
Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
Cependant qu'à deux pas, dans des senteurs d'urine,
Quelque fête publique enverra des pétards.

Ce sera comme quand on rêve et qu'on s'éveille,
Et que l'on se rendort et que l'on rêve encor
De la même féerie et du même décor,
L'été, dans l'herbe, au bruit moiré d'un vol d'abeille.



Verlaine - L'hiver a cessé


Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Suzanne Danco
Composition de Gabriel Fauré




Paul Verlaine - (1844-1896)

La bonne chanson


L'hiver a cessé

L’hiver a cessé : la lumière est tiède
Et danse, du sol au firmament clair.
Il faut que le coeur le plus triste cède
A l’immense joie éparse dans l’air.

Même ce Paris maussade et malade
Semble faire accueil aux jeunes soleils,
Et comme pour une immense accolade
Tend les mille bras de ses toits vermeils.

J’ai depuis un an le printemps dans l’âme
Et le vert retour du doux floréal,
Ainsi qu’une flamme entoure une flamme,
Met de l’idéal sur mon idéal.

Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne
L’immuable azur où rit mon amour.
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.

Que vienne l’été ! que vienne encore
L’automne et l’hiver ! Et chaque saison
Me sera charmante, ô Toi que décore
Cette fantaisie et cette raison !



Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Gérard Souzay
Composition de Gabriel Fauré
Ecouter sur DEEZER
Interprétation de Camille Maurane
Composition de Gabriel Fauré

Verlaine - Chanson pour elles


Ecouter sur DEEZER
Interprètes : Les Grandes Gueules
Compositeur : Bruno Lecossois




Paul Verlaine - (1844-1896)

Chair


Chanson pour elles

Ils me disent que tu es blonde
Et que toute blonde est perfide,
Même ils ajoutent "comme l'onde ".
Je me ris de leur discours vide !
Tes yeux sont les plus beaux du monde
Et de ton sein je suis avide.

Ils me disent que tu es brune,
Qu'une brune a des yeux de braise
Et qu'un coeur qui cherche fortune
S'y brûle... Ô la bonne foutaise !
Ronde et fraîche comme la lune,
Vive ta gorge aux bouts de fraise !

Ils me disent de toi, châtaine :
Elle est fade, et rousse trop rose.
J'encague cette turlutaine,
Et de toi j'aime toute chose
De la chevelure, fontaine
D'ébène ou d'or (et dis, ô pose-
Les sur mon coeur), aux pieds de reine.


Verlaine - Le chevalier Malheur


Version "Chanson française"
composée et interprétée
par Marc Robine
- Diffusé par DEEZER -
Version classique
Compositeur : Ernest Chausson
Interprète : Jean-Francois Gardeil
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)

Sagesse


Le chevalier Malheur

Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,
Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.

Le sang de mon vieux coeur n'a fait qu'un jet vermeil,
Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.

L'ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche
Et mon vieux coeur est mort dans un frisson farouche.

Alors le chevalier Malheur s'est rapproché,
Il a mis pied à terre et sa main m'a touché.

Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure
Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure.

Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer
Un coeur me renaissait, tout un coeur pur et fier

Et voici que, fervent d'une candeur divine,
Tout un coeur jeune et bon battit dans ma poitrine !

Or je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,
Comme un homme qui voit des visions de Dieu.

Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,
En s'éloignant, me fit un signe de la tête

Et me cria (j'entends encore cette voix) :
"Au moins, prudence ! Car c'est bon pour une fois."



Version classique
Compositeur : Ernest Chausson
Interprète : Marie Nicole lemieux
- Diffusé par DEEZER -

Verlaine - Je devine, à travers un murmure


                     La version chantée du groupe "Les discrets"

La version moderne
du Groupe Chlore
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)

Romances sans paroles / Ariettes oubliées


Je devine, à travers un murmure

Je devine, à travers un murmure,
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes,
Amour pâle, une aurore future !

Et mon âme et mon coeur en délires
Ne sont plus qu'une espèce d'oeil double
Où tremblote à travers un jour trouble
L'ariette, hélas ! de toutes lyres !

O mourir de cette mort seulette
Que s'en vont, cher amour qui t'épeures,
Balançant jeunes et vieilles heures !
O mourir de cette escarpolette !



La version classique
Compositeur : Federico Ibarra
Interprète : Maria Alejandres
- Diffusé par DEEZER -

Verlaine - La ronde des prisonniers


                        Vicent Van Gogh - La ronde des prisonniers

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Sébastien Bou
Composition : Charles Bordes
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


La ronde des prisonniers

La cour se fleurit de souci
Comme le front
De tous ceux-ci
Qui vont en rond
En flageolant sur leur fémur
Débilité
Le long du mur
Fou de clarté.

Tournez, Samsons sans Dalila,
Sans Philistin,
Tournez bien la
Meule au destin.
Vaincu risible de la loi,
Mouds tour à tour
Ton coeur, ta foi
Et ton amour !

Ils vont! et leurs pauvres souliers
Font un bruit sec,
Humiliés,
La pipe au bec.
Pas un mot ou bien le cachot,
Pas un soupir,
Il fait si chaud
Qu'on croit mourir.

J'en suis de ce cirque effaré,
Soumis d'ailleurs
Et préparé
À tous malheurs.
Et pourquoi si j'ai contristé
Ton voeu têtu,
Société,
Me choierais-tu ?

Allons, frères, bons vieux voleurs,
Doux vagabonds,
Filous en fleur,
Mes chers, mes bons,
Fumons philosophiquement,
Promenons-nous
Paisiblement :
Rien faire est doux.


Verlaine - Crépuscule du soir mystique



Ecouter la version chantée
Interprétation : Lauralyn Kolb
Composition : Regine Poldowski
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Crépuscule du soir mystique

Le Souvenir avec le Crépuscule
Rougeoie et tremble à l'ardent horizon
De l'Espérance en flamme qui recule
Et s'agrandit ainsi qu'une cloison
Mystérieuse où mainte floraison
- Dahlia, lys, tulipe et renoncule -
S'élance autour d'un treillis, et circule
Parmi la maladive exhalaison
De parfums lourds et chauds, dont le poison
- Dahlia, lys, tulipe et renoncule -
Noyant mes sens, mon âme et ma raison
Mêle, dans une immense pâmoison,
Le Souvenir avec le Crépuscule.



Ecouter sur DEEZER
Interprétation : Elizabeth Farnum
Composition : Kaikhosru Sorabji

Verlaine - Marine


                William Turner - Yacht Approaching the Coast

Ecouter la version chantée
Interprétation : Mireille Delunsch
Composition : Louis Vierne
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Marine

L'Océan sonore
Palpite sous l'oeil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair,

Et que chaque lame,
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu'au firmament,
Où l'ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.


Verlaine - Toute grâce et toutes nuances


        Auguste Renoir - Jeune femme au crochet

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Marc Versini
Composition : Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Toute grâce et toutes nuances

Toute grâce et toutes nuances
Dans l'éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d'un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Eveiller le désir étrange
D'un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu'un oiseau-mouche n'y tiendrait,
Captive sans espoir de fuite,
Le coeur pris par elle en secret.

L'intelligence vient chez elle
En aide à l'âme noble ; elle est
Pure autant que spirituelle :
Ce qu'elle a dit, il le fallait

Et si la sottise l'amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu'à l'amitié,

Jusqu'à l'amour - qui sait ? peut-être,
A l'égard d'un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L'audacieux ! un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise !
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,
Du doux mal qu'on souffre en aimant.


Verlaine - Le chien de Jean de Nivelle


 Compositeur : Julien Joubert - Intterprétation : Ensemble Romances sans Paroles

La version RAP
du Groupe Chlore
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Le chien de Jean de Nivelle

C'est le chien de Jean de Nivelle
Qui mord sous l'œil même du guet
Le chat de la mère Michel ;
François-les-bas-bleus s'en égaie.

La Lune à l'écrivain public
Dispense sa lumière obscure
Où Médor avec Angélique
Verdissent sur le pauvre mur.

Et voici venir La Ramée
Sacrant en bon soldat du Roy.
Sous son habit blanc mal famé,
Son cœur ne se tient pas de joie,

Car la boulangère... — Elle ? — Oui dam !
Bernant Lustucru, son vieil homme,
A tantôt couronné sa flamme...
Enfants, Dominus vobiscum !

Place ! en sa longue robe bleue
Toute en satin qui fait frou-frou,
C'est une impure, palsembleu !
Dans sa chaise qu'il faut qu'on loue

Fût-on philosophe ou grigou,
Car tant d'or s'y relève en bosse
Que ce luxe insolent bafoue
Tout le papier de monsieur Loss !

Arrière ! robin crotté ! place,
Petit courtaud, petit abbé,
Petit poète jamais las
De la rime non attrapée !

Voici que la nuit vraie arrive...
Cependant jamais fatigué
D'être inattentif et naïf
François-les-bas-bleus s'en égaie.


Verlaine - Le paysage dans le cadre des portières


        Léonor Fini - Le voyage en train

Ecouter la version chantée
Interprétation : Jean-Marc Versini
Composition : Jean-Marc Versini
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Le paysage dans le cadre
des portières

Le paysage dans le cadre des portières
Court furieusement, et des plaines entières
Avec de l'eau, des blés, des arbres et du ciel
Vont s'engouffrant parmi le tourbillon cruel
Où tombent les poteaux minces du télégraphe
Dont les fils ont l'allure étrange d'un paraphe.

Une odeur de charbon qui brûle et d'eau qui bout,
Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout
Desquelles hurleraient mille géants qu'on fouette ;
Et tout à coup des cris prolongés de chouette.

- Que me fait tout cela, puisque j'ai dans les yeux
La blanche vision qui fait mon coeur joyeux,
Puisque la douce voix pour moi murmure encore,
Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore
Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,
Au rythme du wagon brutal, suavement.


Verlaine - Dansons la gigue!


 La version Jazz de Patricia Barber - Interprétation du poème après 1 min 52


sur DEEZER
Interprétation :
James Ollivier
Composition :
James Ollivier

sur DEEZER
Interprétation :
Jean-Marc versini
Composition :
Jean-Marc versini

sur DEEZER
Interprétation :
Jean-Sébastien Bou
Composition :
Charles Bordes



Paul Verlaine - (1844-1896)


Dansons la gigue!

Titre original : Streets

Dansons la gigue!

J'aimais surtout ses jolis yeux
Plus clairs que l'étoile des cieux,
J'aimais ses yeux malicieux.

Dansons la gigue!

Elle avait des façons vraiment
De désoler un pauvre amant,
Que c'en était vraiment charmant!

Dansons la gigue!

Mais je trouve encore meilleur
Le baiser de sa bouche en fleur
Depuis qu'elle est morte à mon coeur.

Dansons la gigue!

Je me souviens, je me souviens
Des heures et des entretiens,
Et c'est le meilleur de mes biens.

Dansons la gigue!



Ecouter la version chantée
Interprétation : Stella Doufexis
Composition : Charles Martin Loeffler
- Diffusé par DEEZER -

Verlaine - Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses


 Compositeur : Julien Joubert - Intterprétation : Ensemble Romances sans Paroles

L'interprétation moderne
du Groupe Chlore
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses

Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses :
De cette façon nous serons bien heureuses
Et si notre vie a des instants moroses,
Du moins nous serons, n'est-ce pas, deux pleureuses,

O que nous mêlions, âmes soeurs que nous sommes,
A nos voeux confus la douceur puérile
De cheminer loin des femmes et des hommes,
Dans le frais oubli de ce qui nous exile !

Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles
Eprises de rien et de tout étonnées
Qui s'en vont pâlir sous les chastes charmilles
Sans même savoir qu'elles sont pardonnées.


Verlaine - Le piano que baise une main frêle


 Compositeur : Julien Joubert - Intterprétation : Ensemble Romances sans Paroles

Ecouter la version classique
Interprétation : Jean Sebastien Bou
Composition : Charles Bordes
- Diffusé par DEEZER -
L'interprétation moderne
du Groupe Chlore
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Le piano que baise une main frêle

Le piano que baise une main frêle
Luit dans le soir rose et gris vaguement,
Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile
Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
Rôde discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain
Qui lentement dorlote mon pauvre être ?
Que voudrais-tu de moi, doux chant badin ?
Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain
Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
Ouverte un peu sur le petit jardin ?


Verlaine - Grotesques



Ecouter la version chantée
Interprétation : Michel Vivoux
Composition : Serge Renard
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)


Grotesques

Leurs jambes pour toutes montures,
Pour tous biens l'or de leurs regards,
Par le chemin des aventures
Ils vont haillonneux et hagards.

Le sage, indigné, les harangue ;
Le sot plaint ces fous hasardeux ;
Les enfants leur tirent la langue
Et les filles se moquent d'eux.

C'est qu'odieux et ridicules,
Et maléfiques en effet,
Ils ont l'air, sur les crépuscules,
D'un mauvais rêve que l'on fait ;

C'est que, sur leurs aigres guitares
Crispant la main des libertés,
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés ;

C'est enfin que dans leurs prunelles
Rit et pleure - fastidieux -
L'amour des choses éternelles,
Des vieux morts et des anciens dieux !

Donc, allez, vagabonds sans trêves,
Errez, funestes et maudits,
Le long des gouffres et des grèves,
Sous l'oeil fermé des paradis !

La nature à l'homme s'allie
Pour châtier comme il le faut
L'orgueilleuse mélancolie
Qui vous fait marcher le front haut,

Et, vengeant sur vous le blasphème
Des vastes espoirs véhéments,
Meurtrit votre front anathème
Au choc rude des éléments.

Les juins brûlent et les décembres
Gèlent votre chair jusqu'aux os,
Et la fièvre envahit vos membres,
Qui se déchirent aux roseaux.

Tout vous repousse et tout vous navre,
Et quand la mort viendra pour vous,
Maigre et froide, votre cadavre
Sera dédaigné par les loups !


Verlaine - A Germain Nouveau


                                    Germain Nouveau
Ecouter sur DEEZER
Composé et Interprété
par Marc Robine



Paul Verlaine - (1844-1896)

À Germain Nouveau

Ce fut à Londres, ville où l’Anglaise domine,
Que nous nous sommes vus pour la première fois,
Et, dans King’s Cross mêlant ferrailles, pas et voix,
Reconnus dès l’abord sur notre bonne mine.

Puis, la soif nous creusant à fond comme une mine,
De nous précipiter, dès libres des convois,
Vers des bars attractifs comme les vieilles fois,
Où de longues misses plus blanches que l’hermine

Font couler l’ale et le bitter dans l’étain clair
Et le cristal chanteur et léger comme l’air,
— Et de boire sans soif à l’amitié future !

Notre toast a tenu sa promesse. Voici
Que, vieillis quelque peu depuis cette aventure,
Nous n’avons ni le cœur ni le coude transi.


Verlaine - Birds in the night


                        Composé et interprété par Léo Ferré

Ecouter la version chantée
Interprétation : Léo Ferré
Composition : Léo Ferré
- Diffusé par DEEZER -
Ecouter la version chantée
Interprétation : Sapho
Composition : Léo Ferré
- Diffusé par DEEZER -



Paul Verlaine - (1844-1896)

Romances sans paroles


Birds in the night

Autre titre : Je vous vois encor
Le texte chanté est en bleu


Vous n'avez pas eu toute patience,
Cela se comprend par malheur, de reste.
Vous êtes si jeune ! et l'insouciance,
C'est le lot amer de l'âge céleste !

Vous n'avez pas eu toute la douceur,
Cela par malheur d'ailleurs se comprend ;
Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,
Que votre coeur doit être indifférent !

Aussi me voici plein de pardons chastes,
Non, certes ! joyeux, mais très calme, en somme,
Bien que je déplore, en ces mois néfastes,
D'être, grâce à vous, le moins heureux homme.

Et vous voyez bien que j'avais raison,
Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
Que vos yeux, foyer de mes vieux espoirs,
Ne couvaient plus rien que la trahison.

Vous juriez alors que c'était mensonge
Et votre regard qui mentait lui-même
Flambait comme un feu mourant qu'on prolonge,
Et de votre voix vous disiez : " je t'aime ! "

Hélas ! on se prend toujours au désir
Qu'on a d'être heureux malgré la saison...
Mais ce fut un jour plein d'amer plaisir,
Quand je m'aperçus que j'avais raison !

Aussi bien pourquoi me mettrais-je à geindre ?
Vous ne m'aimiez pas, l'affaire est conclue,
Et, ne voulant pas qu'on ose me plaindre,
Je souffrirai d'une âme résolue.

Oui, je souffrirai car je vous aimais !
Mais je souffrirai comme un bon soldat
Blessé, qui s'en va dormir à jamais,
Plein d'amour pour quelque pays ingrat.

Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
Encor que de vous vienne ma souffrance,
N'êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
Aussi jeune, aussi folle que la France ?

Or, je ne veux pas, - le puis-je d'abord ?
Plonger dans ceci mes regards mouillés.
Pourtant mon amour que vous croyez mort
A peut-être enfin les yeux dessillés.

Mon amour qui n'est que ressouvenance,
Quoique sous vos coups il saigne et qu'il pleure
Encore et qu'il doive, à ce que je pense,
Souffrir longtemps jusqu'à ce qu'il en meure,

Peut-être a raison de croire entrevoir
En vous un remords qui n'est pas banal,
Et d'entendre dire, en son désespoir,
À votre mémoire : ah ! fi ! que c'est mal !

Je vous vois encor. J'entr'ouvris la porte.
Vous étiez au lit comme fatiguée.
Mais, ô corps léger que l'amour emporte,
Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

Ô quels baisers, quels enlacements fous !
J'en riais moi-même à travers mes pleurs.
Certes, ces instants seront entre tous,
Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.

Je ne veux revoir de votre sourire
Et de vos bons yeux en cette occurrence
Et de vous, enfin, qu'il faudrait maudire,
Et du piège exquis, rien que l'apparence.

Je vous vois encor ! En robe d'été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n'aviez plus l'humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts.

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette
Et c'était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée ! Et c'est pour cela
Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,
En mon souvenir qui vous cajola,
L'éclair de côté que coulait votre oeil.


Par instants je suis le pauvre navire
Qui court démâté parmi la tempête,
Et ne voyant pas Notre-Dame luire
Pour l'engouffrement en priant s'apprête.

Par instants je meurs la mort du pécheur
Qui se sait damné s'il n'est confessé,
Et, perdant l'espoir de nul confesseur,
Se tord dans l'Enfer qu'il a devancé.

Ô mais ! par instants, j'ai l'extase rouge
Du premier chrétien, sous la dent rapace,
Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
Un poil de sa chair, un nerf de sa face